Diplômé de Sciences Po Aix, de l'Université Paris Saclay et de l’École nationale d'administration publique du Québec, Benjamin Boutin est président-fondateur de Francophonie sans frontières, directeur exécutif de France-Canada et collaborateur parlementaire. Il a travaillé à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne, au Ministère de la Défense, à l’Assemblée nationale de France et du Québec ainsi qu’à Radio-Canada.

 

Chercheur associé à l’Institut Prospective et Sécurité en Europe, professeur invité au Centre d’études diplomatiques et internationales d’Haïti ainsi qu'à l’École des nouveaux métiers de la communication, il organise et anime des cours, des séminaires, des conférences, des ateliers, des tables-rondes, des colloques et il intervient dans les médias. Ses domaines d'expertise sont la francophonie, la géopolitique et la coopération.

 

Très tôt engagé dans la sphère associative, ayant été membre du bureau de la Conférence Olivaint et participant aux programmes d'échange du Comité d’action politique France-Québec et de l'Office franco-québécois pour la jeunesse, Benjamin Boutin a été auditeur à l’Institut des Hautes études de Défense nationale (en 2012), colauréat du concours étudiant du Cercle des économistes (en 2013 et 2014), jeune leader coopératif au Sommet international des coopératives (en 2014 et 2016), administrateur de la relève de l’Institut de la Gouvernance (en 2015) et il a assuré la vice-présidence de l’Association étudiante de l’École nationale d’administration publique (en 2015 et 2016), du Réseau des diplômés en administration internationale (en 2016 et 2017) puis de la Fédération France-Québec / francophonie (en 2019 et 2020).

 

Il est également l'auteur d'une soixantaine d’articles publiés par la Revue Défense Nationale, La Tribune, Radio-Canada, L'Express, Le Point, Le Devoir, La Croix et La Nation. Il est le co-auteur des ouvrages Les Lois de la Guerre (2016, éditions LGDJ) et Les Secrets du Droit (2015, L’Harmattan) et a publié avec la Fondation pour l'innovation politique L'élan de la francophonie (2018), une étude en deux livrets.

Publications


  • Ouvrages collectifs

« L’œuf du serpent ou l’intérêt de la prospective pour prévenir les conflits », Goedert (Nathalie) dir., Les lois de la guerre, Paris, Institut Varenne, 2016

« Le Secret du Roi, illustration de l’accointance du pouvoir avec le secret », Goedert (Nathalie) dir., Les secrets du droit, Paris, L’Harmattan, 2014

  • Livrets

L’élan de la francophonie, Une communauté de langue et de destin (1), Fondapol, mars 2018

L’élan de la francophonie, Pour une ambition française (2), Fondapol, mars 2018

  •  Revues

« Il est temps de construire l'indépendance stratégique européenne », Revue Défense Nationale, 6 mai 2020

« L'Afrique, ce cœur battant de la francophonie économique », Revue diplomatique, n°8, janvier 2020

« La Défense de l’Europe par elle-même », Revue Défense Nationale, 14 décembre 2013

  • Tribunes

« Nous, francophones, que voulons-nous faire ensemble? », avec Duhaime (Clément) et Djossa (Esther), Le Devoir, Le Point, SenePlus, 20 mars 2019

« Québec-France : un lien indéfectible », avec Beaudoin (Louise), Le Devoir, 28 janvier 2019

« Pour un Office francophone de la jeunesse », avec Beaudoin (Louise), Le Devoir, 17 mars 2017

« Trois clefs d’entrée dans la nouvelle éconologie », Le Huffington Post, 11 décembre 2015

« Pour un nouveau modèle socio-économique : le coopératisme », La Tribune, 7 octobre 2014

« L’investissement coopératif révolutionnera-t-il la finance ? », Labyrinthe, 6 mai 2014

« Faire de la Francophonie une économie monde », La Tribune, 10 juillet 2013

  • Articles de presse

Pour Radio-Canada, une vingtaine d’articles, dont « Projet Montréal aura un nouveau chef le 4 décembre », 12 mai 2016 ; « Réélus en Ecosse, les indépendantistes se cherchent des alliés », 6 mai 2016 ; « Le rêve européen du pape François », 6 mai 2016 ; « Le président argentin s’oppose à la loi anti-licenciements », 19 mai 2016...

 

Pour le journal La Croix, une vingtaine d’articles, dont « Le jubilé de la relation franco-québécoise », 12 janvier 2018 ; « A Londres, le rafistolage gouvernemental de Theresa May », 9 janvier 2018 ; « A Cuba, l’Union européenne réaffirme sa diplomatie d’ouverture », 3 janvier 2018 ; « Par – 40°C,  Attache ta tuque ! », 29 décembre 2017 ; « Le Pakistan commémore l’assassinat de Benazir Bhutto », 27 décembre 2017...

  •  Articles de magazines en ligne ou imprimés

« 5, 4, 3, 2, 1... Partez ! », L'Express réussir, n°45 S'installer au Canada, les clefs du succès, 7 juin 2018

« ‘‘Les secteurs d’avenir’’ au cœur des échanges France-Québec », L’Outarde libérée, 8 mars 2018

« Les maires francophones font le Paris du climat et des JO 2024 », L’Outarde libérée, 26 juin 2017

« Conversation avec Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec » (entrevue vidéo), L’Outarde libérée, 4 mai 2017

« Jean-Paul de Gaudemar au Corim : Construire une relation durable entre les mondes économique et universitaire », L’Outarde libérée, 14 mars 2016

Presse


Entrevue, mai 2020

Les perspectives stratégiques d’une coopération économique francophone

Entrevue publiée le 15 Mai 2020

 

 


Centre Algérien de Diplomatie Economique : Bonjour Monsieur Boutin, avant d’entamer le fond de l’interview, pourriez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs ?

 

Benjamin Boutin : Originaire de la rive nord de la Méditerranée, dont j’ai appréhendé la profondeur historique, sociologique et géopolitique à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence de 2007 à 2012, je me suis beaucoup investi ces dernières années pour développer la francophonie associative et concourir à sa dimension parlementaire en travaillant auprès du secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, Jacques Krabal.

 

Responsable associatif engagé pour la francophonie depuis mes plus jeunes années, j’ai fondé avec Marie-Astrid Berry en 2017 l’ONG Francophonie sans frontières qui agit dans différentes sphères afin de promouvoir la francophonie et favoriser les projets interculturels en langue française. Je suis également professeur de géopolitique, directeur exécutif de l’Association nationale France-Canada, vice-président stratégie de la Fédération France-Québec / francophonie et chercheur associé à l’Institut Prospective et Sécurité en Europe.

 

Diplômé de Sciences Po Aix, de l’Université Paris-Saclay et de l’École nationale d’administration publique de Montréal, j’ai également suivi un programme d’administrateurs de la relève afin de siéger à des conseils d’administration ainsi que deux séminaires à l’IHEDN. Professionnellement, j’ai effectué diverses expériences dans le champ de la diplomatie, de la défense, de la coopération, de l’information, de la politique et de l’économie sociale. J’ai un parcours résolument pluridisciplinaire. 

 

CADE : Pourriez-vous nous présenter Francophonie Sans Frontières (FSF), ses objectifs et son positionnement par rapport à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ?

 

Benjamin Boutin : Francophonie sans frontières (FSF) est une organisation non-gouvernementale qui vit grâce à l’action de ses bénévoles. Elle est représentée dans une vingtaine de pays par des équipiers et des correspondants. Nos trois principales équipes se situent en Côte d’Ivoire, au Québec et en France. Nous avons également des équipes en cours de constitution dans d’autres pays, notamment sur le continent africain. Notre but est de constituer une communauté francophone soudée et solidaire qui interagit et coopère grâce à la mobilité (entravée en ce moment) et aux technologies de l’information et de la communication. Nous organisons des événements (conférences, visites de lieux emblématiques), des projets plus structurants (comme le projet Horizon 2030 centré sur l’employabilité des jeunes francophones et le développement durable) et des partages d’idées et d’expériences à travers notre site, nos réseaux sociaux et les médias.

 

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est quant à elle une institution internationale cinquantenaire qui fonctionne sur un mode intergouvernemental. 88 États et gouvernements en font partie, sous divers statuts (membre, membre associé, observateur). L’OIF est en quelque sorte le vaisseau-amiral de la Francophonie institutionnelle (qu’on a coutume d’écrire avec un F majuscule), mais il ne faut pas oublier l’autre institution francophone majeure qu’est l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (qui rassemble un nombre équivalents de parlements-membres) et les opérateurs du Sommet de la Francophonie que sont l’Agence universitaire de la Francophonie, l’Association internationale des maires francophones, l’Université Senghor d’Alexandrie et TV5MONDE.

 

Francophonie sans frontières est une grande association transversale qui crée du lien et qui agit en complément des actions impulsées par les structures institutionnelles. Beaucoup de francophones ont envie de participer à la construction d’une francophonie mondiale plus solidaire et agissante. Il y a de la place pour tout le monde et les enjeux sont grands : l’éducation, la culture, le numérique, l’influence normative, le développement économique durable, la santé, le partage d’information, etc. Notre association est d’ailleurs aux côtés de l’OIF pour faire connaître la grande consultation de la jeunesse francophone qui est actuellement menée par la direction de la jeunesse avec qui nous entretenons des rapports réguliers et féconds. J’ai personnellement été désigné par l’OIF comme ambassadeur de ce projet d’envergure mondiale lancé le 13 mai 2020 à l’occasion du cinquantenaire de la Francophonie. L’objectif est d’associer les jeunes à la construction de l’avenir de la francophonie. Ils seront invités à partager leurs attentes et propositions, ainsi qu’à raconter la francophonie telle qu’ils la vivent aujourd’hui ou l’imaginent demain.

 

CADE : Concernant la francophonie et l’économie. En 2017, un Observatoire de la Francophonie Économique a été créé, quels sont ses objectifs et ses orientations stratégiques ?

 

Benjamin Boutin : Il se trouve que j’ai assisté au lancement de l’Observatoire de la Francophonie économique en 2017 à la Conférence de Montréal. Il s’agit d’un organisme axé sur la recherche liée aux enjeux de la francophonie économique. Grâce à la collecte et l’analyse des données relatives à la situation de l’espace économique francophone, cet observatoire alimente les réflexions économiques tout en constituant un réseau international d’économistes francophones.

 

Des chercheurs postdoctorants et doctorants, issus des départements de sciences économiques du continent africain, sont également accueillis en stage. C’est en effet en Afrique francophone que les premières activités de l’Observatoire se déroulent et elles sont centrées sur les thématiques cruciales que sont les infrastructures et l’électrification, le renforcement de l’entrepreneuriat chez les jeunes et les femmes ou bien encore les échanges au sein des grands groupes industriels. J’encourage le Centre Algérien de Diplomatie Économique à se mettre en rapport avec l’Observatoire.

 

CADE : De votre point de vue, quelles sont les perspectives stratégiques liées à la coopération économique francophone ? Et, quel pourrait être le rôle de Francophonie Sans Frontières dans cette approche économique ?

 

Benjamin Boutin : Gardons d’abord à l’esprit le fait que la francophonie économique est une réalité de facto, sans même l’intervention des institutions. Et que chaque acteur économique peut y concourir. Je l’avais souligné en juillet 2013 dans une tribune intitulée « Faire de la francophonie une économie-monde », un an avant la parution du rapport de Jacques Attali sur le sujet. Ce rapport mérite d’ailleurs d’être consulté pour qui s’intéresse au sujet. Dans son rapport, le prospectiviste a présenté 53 propositions visant à faire de l’appartenance à la Francophonie un atout économique pour le XXIe siècle.

 

La coopération économique francophone est un sujet fort vaste. Parler français est aujourd’hui un atout pour faire des affaires avec différentes aires géographiques du Sud comme du Nord, de l’Est comme de l’Ouest. Et le Maghreb se trouve au carrefour de ces aires économiques complémentaires. Ce serait probablement l’une des régions idoines pour accueillir le Davos de la francophonie que j’appelle de mes vœux depuis mars 2018, c’est à dire un forum des affaires en français de dimension mondiale.

 

Ma vision de la francophonie économique fait la part belle au développement durable. Sans durabilité, nos écosystèmes économiques sont appelés à s’effondrer. Projets de développement et projets écologiques doivent aller de pair, par exemple pour électrification et le reverdissement de certaines régions gagnées par la déforestation. Avec Clément Duhaime et Esther Djossa, nous avons appelé à la mise sur pied de cohortes intergénérationnelles impliquées dans la lutte contre cette déforestation et cette érosion de la biodiversité, inspirés par un cultivateur burkinabè, Yacouba Sawadogo, est parvenu à planter seul une forêt de trente hectares dans la région sèche de Ouahigouya au Burkina Faso  [voir ce Lien] C’est pour ce type de projets que les capacités de mobilisation de Francophonie sans frontières pourraient être employées à bon escient, si des bailleurs de fonds nous faisaient confiance.

 

CADE : L’Algérie n’est pas membre de la francophonie. A votre avis pourquoi ? Quelles sont les différents atouts de la francophonie qui peuvent motiver une demande d’adhésion ?

 

Benjamin Boutin : L’Algérie n’est pas membre de la Francophonie institutionnelle avec un F majuscule mais je considère qu’elle fait partie, si ses habitants le souhaitent, de la grande communauté internationale des francophones plurilingues. N’oublions pas que la majorité des francophones aujourd’hui sur la planète parlent plusieurs langues et les manient selon les contextes. C’est le cas au Maghreb avec l’arabe (qui est aussi une grande langue internationale, comme l’a souligné récemment Jack Lang) ou encore au Sénégal, pays fondateur de la Francophonie, et dans de nombreux pays subsahariens. C’est également le cas en Haïti par exemple. Cette diversité culturelle et linguistique est une richesse. C’est un trésor que nous avons en chacun de nous.

 

Beaucoup de responsables regrettent l’absence des représentants algériens à la table de la coopération intergouvernementale francophone. L’OIF, l’APF et les opérateurs de la Francophonie sont des structures de coopération attractives et reconnues dans leurs domaines (universitaire, parlementaire, médiatique, municipal…). Faire partie de la Francophonie n’est pas un engagement exclusif ou excluant. Au contraire, de nombreux pays francophones font partie de l’Union africaine, de l’Union européenne et même du Commonwealth. Le monde d’aujourd’hui a besoin d’un surcroît de coopération internationale. Et la Francophonie dans sa dimension intergouvernementale, parlementaire, universitaire, associative, etc., constitue un forum de dialogue, d’action commune et de partage d’expérience.

 

CADE : Enfin, le prochain sommet de la francophonie se tiendra cette année en Tunisie, quelles seront ses thématiques ? et par quoi il se distinguera des autres sommets ?

 

Benjamin Boutin : Ce sera un sommet très particulier à plusieurs égards. Dans le contexte d’une crise sanitaire qui a entravé de manière exceptionnelle les circulations internationales, il faudra d’abord s’assurer que le sommet puisse avoir lieu en décembre tel que prévu ou qu’il soit reporté dans de bonnes conditions. L’année 2020 est symbolique parce qu’elle marque le jubilé de l’Agence culturelle et technique, l’institution intergouvernementale francophone qui a donné naissance à l’OIF. Cette agence a été fondée à Niamey en 1970 sur une logique en rupture avec les anciens rapports de la colonisation. C’est une agence qui engageait une coopération Sud-Sud mais aussi Sud-Nord et Nord-Sud. N’oublions jamais que la Francophonie a été bâtie sur de nouvelles bases, assainies, humanistes, celles posées par Léopold Sédar Senghor au premier chef. Il faut célébrer cet héritage et faire le bilan de cinquante ans d’action, sans omettre une réflexion sur l’avenir. C’est pour cela que la consultation intitulée Francophonie de l’avenir qui se déroulera du 13 mai au 17 juillet et qui sollicitera l’intelligence collective de la jeunesse francophone a toute son importance. Ses résultats seront un socle pour envisager l’action future. Ils seront dévoilés au XVIIIe Sommet, qui est toujours un sommet des chefs d’État et de gouvernement. Je souhaite pour ma part que la société civile y soit associée et que la célébration des liens interculturels qui nous unissent touche le cœur de l’ensemble des francophones et des francophiles.

Entretien réalisé par l’équipe du Centre Algérien de Diplomatie Economique


Radio-télévision ivoirienne, août 2019



Le français dans le monde, février 2019



TV5MONDE, 20 mars 2018

Lors de la journée internationale de la francophonie, le 20 mars 2018, j'ai été invité sur le plateau de 64' Le monde en Français pour commenter le fait du jour, à savoir le plan du président Emmanuel Macron pour la langue française, et présenter quelques unes de mes propositions inscrites dans mon étude L'élan de la francophonie, notamment la création d'un Netflix en langue française.



Europe 1, 20 mars 2018

Quelle place dans le monde pour la langue française en 2050 ?

 

 

Actuellement cinquième langue la plus parlée dans le monde, le français devrait être pratiqué par quelque 700 millions de personnes en 2050. En théorie, du moins.


 

"Le français sera la première langue de l’Afrique et peut-être du monde si nous savons faire dans les prochaines décennies". Ce présage plein d'optimisme, formulé par Emmanuel Macron le 28 novembre dernier lors de son discours à Ouagadougou, au Burkina Faso, repose sur une logique implacable. Sur les 274 millions de francophones à travers le monde, plus de la moitié viennent d'Afrique. Et la croissance démographique du continent est telle qu'en 2050, quelque 700 à 800 millions de personnes pourraient parler la langue de Molière. Mais encore faut-il de la volonté politique. C'est là tout l'enjeu du plan présenté par le chef de l'État mardi à l'Institut de France, à l'occasion de la Journée internationale de la francophonie.

 

Le français peut-il devenir la première langue mondiale ? Selon l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le français est actuellement la cinquième langue la plus parlée sur la planète, derrière le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe ou l’hindi, suivant les estimations prises en compte. Voilà pour aujourd'hui. Car selon une étude de la banque d'investissement Natixis, datant de septembre 2013, elle pourrait bien occuper la première place du classement à l'horizon 2050.La réalité s'avère toutefois un peu plus complexe. Le rapport détermine d'ailleurs comme francophone tous les habitants des pays dont la langue officielle est le français. Or, la République démocratique du Congo a beau être le plus grand pays francophone du monde - devant la France -, tous ses habitants ne parlent pas français, préférant souvent le lingala. A priori, Shakespeare peut donc dormir tranquille.

 

Reste que le nombre de francophones devrait tripler d'ici trente ans, et notre idiome devenir la deuxième ou troisième langue internationale. Selon l'OIF, on comptera ainsi quelque 715 millions de locuteurs du français en 2050, soit 8% de la population mondiale, contre 3% actuellement. L'institution prévoit même 760 millions de francophones en 2060. Pourquoi une telle évolution ? D'abord parce que le français est la deuxième langue la plus apprise dans le monde, y compris aux États-Unis, après l’espagnol. Mais aussi et surtout parce que la population africaine devrait passer de 800 millions d'individus en 2010 à 4,5 milliards en 2100, selon les projections de l'Institut d'études nationales démographiques (INED). En 2050, 85% des francophones à travers le monde devraient donc être africains. Compte tenu des dynamiques démographiques, le continent comptera même plus de 90% des jeunes francophones de 15 à 29 ans à cette date. Un coup de pouce bienvenu alors que le français, autrefois langue diplomatique par excellence, se trouve menacé dans les institutions internationales telles que l'Union européenne ou l'ONU.

 

En quoi la politique a-t-elle un rôle à jouer ?Ces prévisions ne seront néanmoins réalisables qu'à certaines conditions. La principale d'entre elles est que l'Afrique francophone continue d'utiliser le français dans la scolarisation des enfants au cours des prochaines années. En Afrique, "les systèmes éducatifs, bien que rencontrant des difficultés de nature quantitative et qualitative, continuent d’accorder une place privilégiée au français" mais ces pays "sont de plus en plus engagés dans une course de vitesse entre croissance démographique et scolarisation de qualité", prévenait à cet effet Abdou Diouf, ancien secrétaire général de la Francophonie (2003-2015), dans le dernier rapport de l'OIF.

 

Dans un autre, intitulé "La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable" remis en août 2014 à François Hollande, Jacques Attali se voulait encore plus cinglant dans son avertissement. "En l’absence d’infrastructures scolaires permettant de scolariser la majorité de la population, et de maintenir un enseignement du et en français, les générations africaines à venir ne parleront plus français", lançait-il alors. "Il faut que la France fasse le nécessaire en matière d'éducation, d'envoi de professeurs de français en Afrique, alors même que les budgets des instituts français baissent", souligne aussi auprès d'Europe1.fr Hervé Bourges, auteur de Pardon my French. La langue française, un enjeu du 21ème siècle et du Dictionnaire amoureux de l'Afrique.

 

Dans une tribune publiée dans La Croix mardi, Benjamin Boutin, auteur du rapport "L'Élan de la francophonie" met cependant en garde contre tout ethnocentrisme : "La francophonie est intrinsèquement polycentrique. Et elle n'est pas que du ressort des États, mais aussi des acteurs économiques, des universités, des médias, etc.", écrit-il.

 

Quel français parlera-t-on ? C'est bien connu : le français est une langue en perpétuelle évolution. Qui plus est en Afrique, où il cohabite déjà souvent avec des langues locales. C'est notamment le cas au Sénégal, avec le "francolof", au Cameroun avec le "camfranglais", ou encore en Côte d'Ivoire avec le "nouchi", qui a même amené plusieurs de ses termes dans les dictionnaires français, comme par exemple "faroter", synonyme de frimer, ou "s'enjailler", qui signifie "s'amuser, faire la fête". Les mots "ambianceur" ("personne qui aime faire la fête"), "enceinter" ("rendre enceinte"), essencerie ("station-service") ont eux aussi leur place dans la nomenclature du Petit Robert, importées par les Africains émigrés en Europe.Mais il reste "pas mal de chemin à parcourir pour que le français soit une langue plus africaine, wallonne, québécoise...

 

Pour que le français soit plus francophone", estime à l'AFP le linguiste Michel Francard, professeur émérite de l'Université catholique de Louvain, en Belgique. "Le poids du français 'africain' - mieux encore, des variétés du français en Afrique - n'est pas proportionnel à son importance démographique. Dans les représentations linguistiques, le 'français de référence' reste souvent associé aux Français de l'Hexagone : les francophones 'périphériques' souffrent d'un déficit de légitimité linguistique par rapport à eux", observe le spécialiste, qui conclut : "la situation pourrait changer avec les communautés africaines qui vivent sur le continent européen, mais à condition que celles-ci ne restent pas confinées dans un ghetto linguistique, et social".

 

Par Thibauld Mathieu


France culture, 20 mars 2018

Le français, langue étrangère

 

20/03/2018 
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C’est la Journée internationale de la francophonie, Emmanuel Macron présente aujourd’hui un « plan d’ensemble pour le français et le plurilinguisme dans le monde », avec le soutien à l’éducation, notamment en Afrique, qui devrait connaître la plus forte croissance du nombre de locuteurs en français.

 

274 millions de personnes dans le monde parlent français, d’après le Rapport de l’Observatoire de la langue française, « ce qui fait de la langue de la Franco-Marocaine Leïla Slimani, de l’Haïtien Dany Laferrière, du Congolais Alain Mabanckou ou de l’Ivoirienne Tanella Boni la cinquième la plus parlée sur la planète, et peut-être d’ici à 2050 la deuxième, si l’on se fie aux projections démographiques » souligne l’édito de Courrier international, qui consacre un dossier à l’événement. 

La première ville dans le monde où l’on parle français ne s’appelle plus Paris mais Kinshasa, avec ses 12 millions d’habitants.

La France est en train de le comprendre, la francophonie n’est plus son apanage, mais un formidable outil partagé, au service – notamment – de l’éducation, de l’économie et de la culture. » 

Francophonie

L’hebdomadaire rassemble, de l’Afrique du sud – où le français n’est plus la langue de la France – au Royaume-Uni, où les ambitions de Macron – faire du français la première langue d’Afrique et “peut-être” du monde – suscitent le doute, une sélection d’articles qui reflètent l’ambivalence à l’égard d’une Organisation de la francophonie tentaculaire, aux objectifs mal définis et trop souvent court-circuités par les intérêts de la France, notamment en Afrique. Sur le site Middle East Eye, l’écrivain algérien Adlène Meddi perçoit même des relents de néocolonialisme dans le volontarisme de Macron. Dont il estime par ailleurs qu’il ne se donne pas les moyens de ses ambitions, « alors que le gouvernement français a annulé 60 millions d’euros du programme “Diplomatie culturelle et d’influence”, fait baisser de 11 % les subventions des Alliances françaises tout en réduisant la voilure budgétaire des établissements d’enseignement du français à l’étranger ». S’il est vrai qu’en Roumanie le français reste une langue plus vivante que jamais, comme l’affirme Matei Martin dans le magazine culturel Dilema Veche, comment la France pourrait-elle « exporter » par sa langue les valeurs de la culture politique et civiques qui sont les siennes et convaincre, « alors que si elle milite, à l’extérieur, pour la diversité, elle peine tant à la défendre sur son propre territoire ? » Au Liban, en revanche, « la francophonie perd pied » comme le déplore Elie Fayad. L’éditorialiste du très francophone L’Orient-Le jour s’attriste même « du processus par lequel une nation peut, en silence, perdre petit à petit une partie de son âme. Car à côté de l’héritage arabo-levantin, duquel les Libanais n’ont guère à rougir, leurs aïeux ayant grandement contribué dès le XIXe siècle à sa renaissance et à son éclat dans les arts et les lettres, la francophonie fut aussi pendant longtemps et reste une autre manière d’être libanais, nullement en rupture avec la première. »

"Monsieur Macron, libérez la francophonie du Quai d’Orsay !" 

Le débat se poursuit dans La Croix, où Benjamin Boutin estime que la France ne doit pas prendre « les rênes de la francophonie ». L’auteur du rapport sur L’élan de la francophonie rappelle que « Longtemps une idée franco-française et autocentrée de la francophonie a prévalu. Or il n’y a pas une France au centre entourée d’une périphérie francophone. La francophonie est intrinsèquement polycentrique, tel un archipel planétaire. Et elle n’est pas que du ressort des États, mais aussi des acteurs économiques, des universités, des médias… »

« Monsieur Macron, libérez la francophonie du Quai d’Orsay ! » entonnent à l’unisson des blogueurs dans les pages idées de Libération. Habari, de RDC et Yaga du Burundi, deux plateformes qui racontent la vie quotidienne dans ces pays déchirés par des crises politiques à répétition et où le fantôme de la Françafrique rôde encore. « Nous, blogueurs congolais de Habari, si nous parlons et écrivons lingala, tshiluba, ou swahili à la maison ou dans nos quartiers, nous communiquons en français d’ouest en est de la RDC. C’est dans cette langue que, du Kasaï au Katanga, nous faisons connaître au monde une jeunesse congolaise vibrante ». Avec plus de 300 ethnies et autant de langues réparties sur quelque 2,3 millions de kilomètres carrés,

Le français est notre trait d’union, la seule langue (officielle) qui unit les Congolais sans les renvoyer à leurs origines ethniques ou tribales, sans les diviser

affirme Christian Kunda, professeur de français à l’université de Lubumbashi. 

"De l'universalité de la langue française"

« Parler français, c’est faire société », confirme sur un tout autre plan Bernard Cerquiglini, qui se réfère à la capacité historique de la langue de Rivarol à tisser des réseaux dans l’Europe des Lumières envers et contre la détestation du monarchiste à l’égard des salons éclairés. Aujourd’hui, selon le linguiste, dans l’ouvrage collectif coédité par Le1 et Philippe Rey - Le Français a-t-il perdu sa langue ? - le français est resté une langue de réseaux universitaires ouverts au plurilinguisme : l’Amérique latine, où le Brésil a dépassé la Russie pour la production scientifique, l’Inde, ou la Chine demain… La « biodiversité des savoirs », levier majeur du développement des pays émergents, s’enrichit désormais de la liberté d’expression linguistique.

Par Jacques Munier

l'Outarde libérée, 20 mars 2018

La langue française, un trait d’union à adapter aux nouvelles technologies

 

20 mars 2018

 

Par Nathalie Simon-Clerc


 

La 20ème édition de la Journée internationale de la Francophonie célébrée ce 20 mars 2018, a pour thème: « la langue française, notre trait d’union pour agir ». Plus de 1500 évènements sont organisés dans 70 pays. Selon une indiscrétion d’Europe 1 / Le JDD, le président Emmanuel Macron devrait prononcer un « discours fondateur » devant 300 élèves et étudiants des cinq continents à l’occasion de cette journée.

 

« La langue française, il faut se battre pour elle », avait déclaré le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, lors de sa visite à l’Élysée. Quant au président de la République française, Emmanuel Macron, il dit vouloir faire « de la promotion de la langue française et de la Francophonie une priorité ». Mais pour lui, la langue française s’inscrit dans le plurilinguisme et l’échange avec les autres langues. « Je ne fais pas partie des défenseurs grincheux, je suis un défenseur conquérant et ambitieux », a-t-il déclaré le 12 mars dernier en compagnie de Philippe Couillard.

 

Un plan français de promotion

 

D’ailleurs, c’est ce 20 mars que le plan français de promotion de la langue française et du plurilinguisme est annoncé à Paris. Emmanuel Macron devrait prononcer « un discours fondateur » sous la Coupole, devant 300 élèves et étudiants des cinq continents.

Selon le JDD, « Des mesures seront annoncées pour renforcer l’usage de la langue française dans les enceintes internationales, les médias, sur internet et dans le monde de l’économie et de l’innovation. » C’est vers l’Afrique, l’avenir de la Francophonie, que se concentreront les efforts notamment en éducation.

 

« Les nouvelles technologies bouleversent l’environnement linguistique »

 

Selon Benjamin Boutin, président de l’association Francophonie sans frontières et auteur de « L’élan de la Francophonie: une communauté de langue et de destin » et « L’élan de la Francophonie: pour une ambition française » (téléchargement gratuit), « Les nouvelles technologies bouleversent l’environnement linguistique et culturel mondial. Dans ce contexte, l’avenir d’une langue semble conditionné aux opportunités qu’elle offre à ses locuteurs, aux mobilités qu’elle favorise, aux innovations qu’elle véhicule. »

 

Le Québec sur grand écran

 

Du côté de la belle province, 34 films québécois seront présentés lors des 154 projections prévues à travers le monde. Ce sont 142 projections de longs métrages et 12 projections de courts métrages qui seront ainsi diffusées dans 20 pays : Allemagne, Brésil, Chine, Colombie, Côte d’Ivoire, Cuba, Espagne, États-Unis, Inde, Irlande, Islande, Italie, Japon, Mexique, Principauté d’Andorre, Royaume-Uni, Sénégal, Suède, Suisse et Vietnam. « Au Québec, nous avons un savoir-faire qui sort de l’ordinaire. En cette journée où tous les francophones célèbrent leur langue, les Québécois marqueront leur place par la projection d’œuvres cinématographiques démontrant que la culture québécoise rayonne à l’international une fois de plus. », a justifié Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie du gouvernement du Québec.

 

Le français, 5ème langue du monde

 

Le français, deuxième langue la plus apprise dans le monde, avec près de 125 millions d’élèves et environ 900 000 professeurs de français à l’étranger, est la deuxième langue d’information internationale dans les médias, la troisième langue du monde des affaires et la quatrième langue d’Internet. Partagée par 274 millions de personnes dans le monde, cinquième langue la plus parlée sur la planète, le français est, avec l’anglais, la seule langue présente sur les cinq continents.

 

Les activités du 20 mars 2018 dans le monde: http://20mars.francophonie.org/

Benjamin Boutin est l’invité du 64 minutes sur TV5 Monde ce mardi 20 mars 2018 à partir de 18h (heure de Paris)


France-Québec Mag, mars 2018

France-Québec Mag, édition de mars 2018
France-Québec Mag, édition de mars 2018


les échos, 16/17 mars 2018