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Vœux 2020 de paix

Cette année, c'est de Jérusalem que je vous adresse mes vœux.

 

Des vœux de paix pour une région, le Proche-Orient, qui a été le théâtre, ces dernières années, de conflits abominables (Syrie, Yémen, Irak...). Ville des rois et des prophètes, maintes fois conquise et reconquise, déchirée et recousue, trois fois sainte et trois fois millénaire, carrefour des cultures et des cultes, Jérusalem cristallise les tensions communautaires. Mais ce qui rend optimiste, malgré les pages sombres d'une histoire souvent conflictuelle, c’est que s'élaborent ici, jour après jour, des stratégies de coexistence pacifique entre pratiquants des différents cultes. Un avenir de paix est donc possible.


 

 L’ELDORADO DES IDÉOLOGUES

 

Certains anthropologues avancent que ce qui nous distingue du monde animal, c'est notre faculté à créer des symboles. Jérusalem est chargée de symboles, elle en est même saturée. Et sa valeur symbolique dépasse de loin son poids économique, démographique ou géopolitique. On n’a jamais vu dans moins d'un kilomètre carré (intra-muros) une telle concentration de lieux saints, d'églises, d'institutions religieuses et de chapelles imbriquées.

 

Jérusalem est une invitation à réfléchir à l'apport des religions aussi bien qu'à leurs limites. Oui, les religions peuvent aider les femmes et les hommes à s'élever des matérialités... et en même temps, lorsqu'elles sont observées de façon trop rigoriste, elles érigent des barrières mentales et peuvent formater les esprits dans un sens contraire à la concorde.

 

Les intégristes de tous bords, hermétiques au dialogue et aux concessions, ont des comportements qui peuvent conduire à l'expression de la violence. Au lieu de se focaliser sur ce qui nous divise, d’aucuns seraient mieux inspirés de relever les convergences entre les trois monothéismes. A cet égard, il faut soutenir les démarches syncrétiques et le dialogue inter-religieux.

 

MÉDIATIONS INTERNATIONALES

 

Alors que chacun tire vers soi un pan de sa tunique sainte au risque de la déchirer, Jérusalem a besoin de médiateurs. A titre d’exemple, deux familles musulmanes sont les gardiennes séculaires du Saint-Sépulcre afin d’éviter les disputes entre communautés chrétiennes. La Jordanie administre quant à elle l’Esplanade des Mosquées (depuis un accord tacite de 1924). Et une quarantaine de communautés religieuses et de congrégations sont placées sous la protection consulaire de la France.

 

La communauté internationale a un rôle à jouer. L’État d’Israël n’est pas outillé pour résoudre seul cette équation dont il est l’une des variables. Israël a évidemment sa place à l’endroit même où le peuple hébreux bâtit son Temple monumental (dont le souvenir et les vestiges conservent une charge symbolique considérable dans le judaïsme). Toutefois, une meilleure répartition des pouvoirs et des ressources avec les résidents palestiniens est nécessaire dans l’optique d’une réelle égalité des chances.

 

Jérusalem est un endroit du monde d’une telle complexité qu’il résiste à toute tentative de simplification. Matière à décourager certaines bonnes volontés. Pourtant, il est indispensable de poursuivre les efforts diplomatiques et les bons offices pour trouver la meilleure solution aux conflits territoriaux et symboliques et offrir à Jérusalem le statut international qu’elle mérite (statut qu’elle n’a toujours pas : lire l’article du monde diplomatique sur ce sujet : www.monde-diplomatique.fr/1955/05/GARREAU/21419), conformément à sa vocation universelle, afin d’en garantir le libre accès à toutes et à tous.

 

Car Jérusalem n’appartient pas aux juifs. Elle n’appartient pas aux chrétiens. Elle n’appartient pas aux musulmans. Jérusalem appartient à tous. D’où la question fondamentale du journaliste Éric Meyer : « un lien à vocation universaliste, voire messianique, qui oblige donc à l’ouverture, l’accueil, le partage, peut-il être aussi un lieu de pouvoir politique ? ».

 

La cité fortifiée doit être gérée comme un bien commun mondial, dans un esprit de coopération. Elle doit être préservée de la confusion dangereuse entre les pouvoirs religieux et politiques. Une solution inclusive, à la fois internationale et locale, est attendue. L’historien Vincent Lemire, auteur de Jérusalem, histoire d’une ville-monde, suggère notamment d’imaginer des arrondissements (Jérusalem Est, Ouest...) dotés de fortes compétences au sein d’une municipalité mixte.

 

Et puis, la ville est menacée sur le plan urbanistique. Alors que les quartiers historiques sont de plus en plus cernés par les cimetières et les quartiers d’immeubles contemporains, il convient de préserver l’héritage, le patrimoine et l’authenticité des lieux afin d’éviter l’enlaidissement, l’uniformisation, l’artificialisation et, in fine, la perte de l’âme de la ville.