État des lieux de la relation France-Québec

Peu DE nations ont une relation aussi forte et fraternelle que la France et le Québec

La relation franco-québécoise est privilégiée par les liens historiques, linguistiques, culturels et politiques qui unissent nos deux peuples. Cette relation est fraternelle, vivante et vivifiante. Par cet échange politique, économique, culturel, universitaire, etc., les Français et les Québécois apprennent à mieux se connaître mutuellement, et, dans une certaine mesure, à mieux se connaître eux-mêmes. Je fais partie de ceux qui préparent l'avenir des relations exceptionnelles entre ces deux nations sœurs. L'histoire, la proximité généalogique, linguistique et culturelle, les intérêts économiques et politiques réciproques ont forgé cette relation d'une rare densité, à laquelle aucun domaine d'activité n'échappe : science, économie, administration, relations internationales, éducation, culture… Une Commission permanente de coopération franco-québécoise appuie une centaine de projets mettant à contribution des chercheurs, des entrepreneurs, des étudiants, des artistes, des responsables associatifs, des administrateurs publics, etc. Un courant d'échanges fécond relie les deux rives de l'Atlantique, qui est sans cesse vivifié par la mobilité réciproque, notamment celle des jeunes. 

entrevue a la radio tandem FM

Le  24 juin 2017, à l'occasion de la fête nationale du Québec, j'ai été invité à partager mon opinion sur l'état de la relation France-Québec. L'émission éducative Canevas, diffusée sur Radio Tandem FM, a posé le cadre de cette entrevue qui a porté principalement sur la coopération franco-québécoise et le 375e anniversaire de la fondation de Montréal.


Une relation citoyenne

L'OFQJ - LOJIQ, opérateur-clef de la coopération FR/QC

Créé il y a près de cinquante ans par les gouvernements français et québécois, l'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) est un facilitateur de mobilité qui met en œuvre des programmes d'échanges pour les jeunes (18-35 ans). Au Québec, l'OFQJ fait partie de LOJIQ - Les Offices jeunesse internationaux du Québec.

Depuis sa création en 1968, l'OFQJ a permis à plus de 170 000 participants de traverser l'Atlantique : une immense réussite ! L’OFQJ évolue et ses programmes se recentrent aujourd’hui sur le développement et le perfectionnement professionnels des jeunes. En effet, l'entrepreneuriat est souvent au cœur de ses missions de prospection, de réseautage et de partage de bonnes pratiques.

Capable de soutenir des projets qui enrichissent la formation, l’expérience professionnelle ou la pratique citoyenne des participants, l'Office joue également un rôle de conseil, d’accompagnement et d’intermédiaire entre les collectivités territoriales ainsi qu’entre les acteurs de la société civile. Il entreprend des activités de coopération franco-québécoise avec des pays tiers ou des organisations internationales. Ainsi des missions franco-québécoises peuvent s'effectuer en tandem dans des pays tiers, comme ce fut le cas au Costa Rica pour deux jeunes finissants, un Français et un Québécois, chargés d'effectuer un diagnostic touristique.  


Un réseau associatif franco-québécois en héritage

LA Fédération France-Québec / Francophonie

Créée en 1968, ouverte à tous sans distinction, l’Association France-Québec regroupe une soixantaine d’associations en régions et approche les 3500 membres « tombés en amour » avec le Québec. Le 11 décembre 2015, l’Association France-Québec a tenu à Paris une assemblée générale extraordinaire pour modifier ses statuts et devenir la Fédération France-Québec / francophonie. Faire connaître et aimer le Québec en France, développer l’amitié et les liens entre les deux pays : telle est la raison d’être du réseau-passion qu’est France-Québec.

 

Les racines communes et la langue partagée  de la France avec le Québec induisent une solidarité spécifique avec le peuple québécois. France-Québec étant une association nationale regroupant des associations régionales, elle coordonne l’ensemble des actions et des activités qui intéressent les adhérents et les régionales. Elle assure également la liaison avec plusieurs partenaires de la coopération franco-québécoise. Elle organise diverses activités comme un concours culinaire, une cabane à sucre mobile, une tournée de cinéma québécois, un prix littéraire, une dictée francophone, des conférences, etc.

le réseau Québec - France

Fondée en 1971, Québec-France compte 2000 membres répartis dans 19 associations régionales. Spécialisée dans la relation franco-québécoise de citoyens à citoyens, elle se veut utile pour intégrer socialement les Français qui émigrent au Québec grâce aux activités qu’elle organise (voyages, soupers historiques, forums, congrès, prix littéraire, Francofête, concours de slam...). Depuis 1982, l’AQF a donné l’opportunité à 4000 jeunes québécois de découvrir la France le temps d’un été avec le programme d’échange Intermunicipalités et vendanges.

 

L'association rencontre aujourd'hui des difficultés majeures et ne dispose plus des locaux dans lesquels nous avions rencontrés le 1er octobre 2014 son président (André Poulin), son directeur général (Alyre Jomphe) et son responsable des programmes jeunesse (Paul Lacasse). Certes les bénévoles qui la constituent, amoureux de l’art de vivre français, sont des témoins de notre culture commune en Amérique du Nord. Mais l'association n'a pas réussi pour l'instant à s'ouvrir aux nouvelles générations, ce que reconnaissaient d'ailleurs Messieurs Poulin, Jomphe et Lacasse. Faute de quoi, la survie de cette association est malheureusement menacée.


Le jubilé de la relation franco-québécoise

L'Office franco québécois pour la jeunesse et la Fédération France-Québec francophonie soufflent ensemble leurs 50 bougies. Les deux organisations, l’une, gouvernementale, et l’autre, non-gouvernementale, contribuent à resserrer les liens entre la France et le Québec, à rapprocher les deux rives de l’Atlantique.

 

Un jubilé intergénérationnel

 

L’Office franco québécois pour la jeunesse (OFQJ), organisme bi gouvernemental institué le 9 février 1968 par le président Charles de Gaulle et le premier ministre québécois Daniel Johnson, a accompagné depuis sa création 150 000 jeunes adultes dans leurs projets de stages, de formations, d’entrepreneuriat et d’engagement. Chaque année, 4 100 jeunes Français et Québécois de 18 à 35 ans participent à des projets soutenus par l’Office, avec le concours de 2 000 entreprises et institutions partenaires.

 

Créée le 12 janvier 1968, la Fédération France-Québec francophonie (FFQF) forme un réseau d’amitié de 60 associations régionales, qui fait feu de tout bois pour promouvoir le Québec en France à travers de nombreuses activités : dictée francophone, prix littéraire, trophées culinaires, concours de slam, programmes de stages croisés dans les villes françaises et québécoises, etc.

 

Une année de célébrations

 

L’OFQJ a lancé une programmation spéciale à l’occasion de ce jubilé (#50ansOFQJ), dont le point d’orgue sera une soirée festive et musicale, le 8 février à Paris, intitulée la « Nuit Givrée ». D’autres événements se dérouleront en 2018, un Gala de l’excellence et de l’amitié franco québécoise, un colloque sur la mobilité de la jeunesse et des rencontres lors de la visite en mars prochain du premier ministre québécois en France. La Fédération France-Québec francophonie organise jeudi 11 janvier un spectacle à l’occasion duquel le programme des festivités de l’année 2018 sera dévoilé. Une rencontre est prévue vendredi 12 janvier à la résidence de la Déléguée générale du Québec à Paris. Les sections française et québécoise de la Fédération se retrouveront à Québec en octobre prochain pour un grand congrès ayant pour thème « un réseau associatif ouvert sur le monde francophone ».

 

La jeunesse et l’innovation au cœur des échanges

 

Le Québec suscite depuis quelques années un regain d’intérêt de la part des jeunes Français. Chaque année, environ 50 000 traversent l’Atlantique pour étudier, effectuer un stage ou une mission professionnelle. Sur place, ils se créent des réseaux, des amitiés, élargissent leurs références et leurs opportunités. Vivre une expérience internationale constitue pour eux un facteur de progression personnel et professionnel. Pour autant, en France comme au Québec, ils font face à des obstacles, notamment culturels. « C’est une belle leçon de vie. Il faut apprendre à s’adapter, à s’interroger sur nos façons de faire et nos habitudes », témoigne Émilie Bélanger, stagiaire québécoise. « L’OFQJ développe notre imaginaire de la diversité et nous permet de lier des partenariats solides, s’enthousiasme Maxime Daeninck, responsable de France-Amériques Jeunes. L’Office nous a fait confiance dès le début pour soutenir notre projet de débats francophones internationaux ».

 

Les échanges franco québécois sont générateurs d’innovations. Ainsi, en participant à un échange universitaire en Corse avec l’OFQJ, le Québécois Dragan Tutic a-t-il eu l’idée de concevoir des modules de dessalement alimentés par la force des vagues. De retour au Québec, son idée a germé en projet – sur lequel onze étudiants de l’université de Sherbrooke ont planché – puis en entreprise, partie à la conquête des marchés internationaux.

 

La relation France-Québec à l’ère de la maturité

 

L’OFQJ et la FFQF témoignent de l’élan associatif et politique d’une certaine époque, celle des années 1960, à partir de laquelle la relation franco québécoise a été véritablement tissée. « Nous partions de presque rien », rappelle l’ex-ambassadeur Bernard Dorin, qui prépara la visite historique du président français au Québec en 1967. « Notre relation bilatérale pâtissait d’une grande inertie. Le général de Gaulle a balayé tous les obstacles », témoigne-t-il. « Après de Gaulle, il y a eu une phase de déclin, puis une remontée. Aujourd’hui, je suis optimiste ». Après cinquante ans d’une « relation directe et privilégiée », la France et le Québec sont amenés à renouveler leur coopération. « Les enjeux sont nombreux, estime Georges Poirier, directeur de France-Québec Mag. La démographie, le handicap, le numérique, la promotion conjointe de la langue française… Nous sommes des alliés naturels, sur des continents différents, riches d’approches distinctes, mais avec des enjeux communs ».

 

L’engouement des jeunes français pour le Québec ne cesse de renouveler le capital d’expériences partagées entre la France et le Québec. À l’inverse, l’engouement des jeunes Québécois pour la France est plus mesuré, du fait de l’attraction qu’exercent les États-Unis et les puissances émergentes mais aussi à cause du coût du logement dans l’ancienne « mère patrie ».« La France ne fait plus rêver les jeunes Québécois. Elle n’est pas devenue pour autant une terre étrangère, mais un pays à découvrir comme un autre », regrette Louise Beaudoin, ancienne ministre du Québec. Si le Québec accueille 15 000 étudiants français chaque année, on recense à peine 1 000 étudiants québécois dans l’Hexagone. Ce désintérêt relatif n’est cependant pas une fatalité. L’amélioration de la situation économique française, celle des conditions d’accueil des Québécois par des politiques de logement universitaire volontaristes et des programmes de bourses, peut en partie corriger la situation.

 

Et demain ?

 

Il revient maintenant aux deux partenaires d’écrire une nouvelle page de leur histoire. De continuer la pédagogie pour approfondir la connaissance mutuelle de leurs réalités contemporaines. De penser ensemble les grandes questions de société. De défendre leurs valeurs et de constituer un moteur pour la francophonie. Cette relation hors-norme, nourrie par des échanges soutenus (universitaires, scientifiques, culturels…) depuis 50 ans, se projette vers l’avenir. Une relève se mobilise. L’histoire et la langue ne suffisent pas. Il faut aussi le désir de poursuivre ensemble une aventure de solidarité.

 

Article de Benjamin Boutin paru dans le journal La Croix, le 12 janvier 2018.

Soirée d'anniversaire de l'OFQJ au Quai d'Orsay

Focus sur l'action internationale du Québec

Avec Madame Christine St-Pierre, ministre des relations internationales et de la francophonie du Québec
Avec Madame Christine St-Pierre, ministre des relations internationales et de la francophonie du Québec

Depuis que le vice-premier ministre Paul Gérin-Lajoie a acté le prolongement international des compétences internes du Québec en 1965, cet État fédéré de 8,1 millions d'habitants a démontré qu'il pouvait exercer une influence sur la scène mondiale. En particulier, il a su mobiliser la communauté internationale pour faire adopter à l'UNESCO en 2005 la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

 

Le Québec exprime ses positions dans les forums internationaux lorsque ses compétences (culture, santé, éducation, environnement...) sont concernées. Il est aussi en droit de participer à l'élaboration des positions canadiennes dans les négociations internationales. Les accords de commerce, par exemple, touchent certains champs de responsabilité du gouvernement québécois, tels que les marchés publics, les normes du travail, les services, la formation ou les équivalences professionnelles.

 

Dans le domaine de l'environnement, le Québec a joué un rôle majeur à la COP 21 pour rassembler les entités infra-étatiques, les régions et les États fédérés autour d'objectifs communs. En 2014, il s'est montré pionnier en créant le plus grand marché du carbone transfrontalier en Amérique du Nord. En outre, le Québec entretient des relations bilatérales avec 18 pays. Celles, privilégiées, avec la France, ont atteint un degré de densité incomparable. Le gouvernement prend appui sur sa Délégation générale à Bruxelles pour nouer des contacts étroits avec les institutions européennes. Les États-Unis, le Japon et le Mexique sont également des partenaires de longue date. Le gouvernement dispose aussi d'un représentant en Chine. Au total, le réseau diplomatique québécois compte 31 représentations à l'étranger. 

La fête du Québec à Paris

 

Chaque 24 juin, le cœur du Québec bat aussi à Paris. La Délégation générale du Québec à Paris organise pour les Québécois résidant dans la capitale et pour tous les amis du Québec une grande fête populaire qui transforme de 18h30 à 22h la tranquille rue Pergolèse du XVIe arrondissement en un lieu de réjouissance. Au menu, des animations, des concerts, un petit marché de produits québécois (avec de la bière québécoise et de la poutine) et beaucoup d'enthousiasme et de bonne humeur.

 

Lien vers le site de la DG Qc à Paris

Conversation avec Bernard Landry, ancien Premier ministre

C'est à Verchères, sur la rive Sud du fleuve Saint-Laurent, dans sa très belle maison patrimoniale, que M. Bernard Landry, Premier ministre du Québec de 2001 à 2003 nous a reçu avec Nathalie Simon-Clerc pour converser sur le passé, le présent et l'avenir.

Le passé se rappelle à nous en 2017 par plusieurs grands anniversaires : les 60 ans du traité de Rome, de la visite du Général de Gaulle au Québec, de l'Expo 67 et de la signature de la première entente internationale du Québec ; les 50 ans de la création du Ministère des relations internationales du Québec ; les 40 ans de la Charte de la langue française. Le présent nous interpelle aussi, dans le contexte de l'élection de Donald Trump, de la montée des populismes, de la remise en cause du libre-échange et des présidentielles françaises. L'avenir, enfin, doit se construire pour permettre à la relation France-Québec d'aller plus loin, à la Francophonie - notamment celle des Amériques et du continent africain - de s'épanouir sans entraves et à la nation québécoise de trouver enfin un point d'équilibre entre forces politiques antagonistes pour faire valoir sa langue, sa culture et sa singularité dans le monde.


Une relation historique et généalogique

La visite du Général de Gaulle au Québec

 

 

Diplômé de l’IEP de Paris, major de sa promotion à l’ENA, cinq fois ambassadeur de France, directeur au ministère des Affaires étrangères, officier de l’Ordre national du Québec, Bernard Dorin est un ardent défenseur de la Francophonie. C'est lui qui a préparé la visite et a accompagné le président Charles de Gaulle au Québec en 1967. Le 3 décembre 2013 à la Délégation générale du Québec à Paris, il a livré un témoignage précieux sur ce voyage historique. J'y étais. 

Bernard Dorin a organisé ce déplacement historique en étroite concertation avec le président de Gaulle. Il lui communiquait chaque semaine un compte-rendu sur la situation au Québec. A partir de la mi-juin, le Général le faisait appeler dans son bureau élyséen. Pour la planification de son trajet, il dit : "je veux voir des gens!" (exit donc le trajet de nuit prévu sur le St Laurent avec des feux de joie). Il voulut prendre la route construite par Louis XV sur la rive gauche du fleuve et il traversa des villages où il vit tous les habitants en liesse. L'excitation était à son combre lorsqu'il arriva à Montréal. 

 

Le discours au balcon : "Vive le Québec libre !"

 

Le discours de Charles de Gaulle au balcon de l'Hôtel de Ville de Montréal est l'un des trois grands discours prononcés par le Général hors de France, avec ceux de Libreville et de Phnom Penh. Trois discours sur la liberté et l'identité. Opportuniste - au bon sens du terme -, de Gaulle savait saisir l'occasion. Il était dans l'Histoire et la faisait. A Montréal, il ne s'est pas laissé comme on a pu le dire, emporter par l'émotion. Sa formule "Vive le Québec libre" était calculée, selon Dorin. Il a eu l'intuition que le Québec était une nation et qu' "à toute nation doit correspondre un État", comme il se plaisait à dire. "C'est la prolongation de notre destin national", a-t-il confié à Dorin. Six à sept millions de francophones en Amérique, ils sont d'autant plus précieux qu'ils sont rares, a-t-il ajouté. 

 

France-Québec, une histoire de famille

A la rencontre des Boutin d'Amérique, à Neuville, le 11 septembre 2015
A la rencontre des Boutin d'Amérique, à Neuville, le 11 septembre 2015

De nombreuses familles françaises et québécoises partagent des histoires croisées. C'est le cas de la mienne...

Antoine Boutin arriva en 1663 au fort St Louis de Québec en compagnie du gouverneur de Nouvelle France. Il confonda la Seigneurie de Neuville, située à une marée de Québec (à l’époque le fleuve est la seule route majeure). Marié à Geneviève Gaudin il y a 350 ans, il eut trois fils et deux filles, responsables d’une grande progéniture. A sa mort, Geneviève se remaria avec Jean Béland, l’ancêtre de Claude Béland.


 Carte de l'anse des Boutin, fleuve St Laurent
Carte de l'anse des Boutin, fleuve St Laurent

Le troisième fils d’Antoine, prénommé Guillaume, descendit le Mississippi et alla fonder la Louisiane en 1702 avec Pierre Lemoyne d’Iberville. On retrouve également des descendants de Boutin à Saint-Domingue.  L’Association des Boutin d’Amérique estime à 25 000 les descendants de cette lignée, répartis dans toute l’Amérique. La province canadienne de Saskatchewan est habitée par de nombreux Boutin venus du Québec au début du XXe siècle. La Nouvelle Angleterre, ainsi que le Michigan et le Minnesota sont également peuplés d’un grand nombre de Boutin (dont le patronyme fut quelquefois modifié en Bolton, Bowden, Boutain, Boughtin…) qui ont, pour la plupart, des ancêtres originaires du Québec.Il est fascinant de mesurer, à travers sa propre histoire familiale, la densité des liens franco-québécois.

hommage au PROFESSEUR louis SABOURIN

Les amis du Professeur Sabourin réunis le 1er décembre 2015

J'ai eu l'honneur de rendre hommage le 1er décembre 2015 à un homme d'exception qui a dépensé sans compter son énergie au service de la coopération internationale dans le domaine de l'éducation. Ce frère jumeau de Paul Gérin-Lajoie a réuni ses amis à l'ENAP pour son départ en retraite et il m'a été donné la possibilité de lui rendre hommage. Voici mon discours. 

 

Il est des hasards de calendrier qui sont heureux. Aujourd’hui, mardi 1er décembre, est la journée internationale de la générosité. C’est une occasion appropriée d’exprimer notre gratitude et de rendre hommage à un homme qui est à la fois généreux dans ses idées, dans ses actes, dans sa manière de transmettre son savoir et, plus généralement, dans ses rapports avec autrui. La générosité est un mot-clef, qui revient sans cesse dans les témoignages de ses collègues, étudiants et amis. Ils sont nombreux à avoir profité de son enseignement de grande qualité et de ses bons conseils. Chacun souligne les qualités remarquables de pédagogue du Professeur Sabourin, apte à expliquer des enjeux complexes avec clarté et intelligibilité et – ce qui est plus rare encore – à transmettre le goût du savoir et du dépassement de soi. Proche de ses étudiants, qu’il a formés sur plusieurs continents et sur plusieurs générations, il reste durablement inscrit dans les cœurs et les esprits. Créateur de vocations, il a inspiré des carrières et incité des femmes et des hommes à suivre la voie de leur talent. Attentif à leur devenir, il a été fier d’eux. Aujourd’hui, nous sommes fiers de lui. Comme l’énonçait Aristote, « L’homme est autant le père de ses actes que de ses enfants ». Vous l’aurez compris, le Professeur Sabourin a eu une prolifique descendance !

 

Fidèle à ce précepte d’Henri Bergson: « il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action », Louis Sabourin a pensé le système politique canadien, le fédéralisme, la coopération et le développement, les relations et les organisations internationales. Son illustre carrière professorale, notamment investie à l’Université d’Ottawa, en Sorbonne et à l’École nationale d’Administration publique, ainsi que sa contribution académique remarquable, forcent l’admiration. Il n’a jamais cessé d’enseigner et de publier. Libre penseur, influenceur, il a également occupé d’éminentes fonctions internationales, la plus prestigieuse étant sans doute la présidence du Centre de développement de l’Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE), de 1977 à 1982. Homme de terrain, il a réalisé de multiples projets, notamment de coopération et de formation. Semeur d’idées, de projets, de programmes, d’organisations mais aussi d’amitiés, son existence a donné beaucoup de fruits. Une carrière féconde, une ambition bien placée, qui l’a mené à vingt-neuf ans à devenir le plus jeune doyen de l’Université d’Ottawa, à l’ère de la Révolution tranquille. Pionnier des études internationales, il a structuré des programmes, en particulier le programme d’administration internationale de l’ENAP, où il a également fondé le Groupe d’étude, de recherche et de formation internationales.

Avec le professeur Louis Sabourin à Paris au restaurant Chartier
Avec le professeur Louis Sabourin à Paris au restaurant Chartier

Le "Félix Leclerc de l'international"

 

Outre les prodiges de sa capacité de conviction et de sa force tranquille, la leçon que son brillant parcours nous inspire est que l’exemplarité d’un seul homme peut avoir une grande incidence dans son milieu et dans le monde. Louis Sabourin a marqué l’histoire de l’institution universitaire, du Québec et des relations internationales. Bâtisseur du Québec, il a contribué à sa projection hors de ses frontières.

 

L’homme de chez nous et citoyen du monde, que René Lévesque a eu la clairvoyance de solliciter pour doter le Québec d’une filière de formation en études internationales, a si bien réussi sa mission que certains le qualifient de « Félix Leclerc de l’international au Québec », formule empruntée à Pierre Lemonde, Président-directeur général du Conseil des relations internationales de Montréal, un organisme que Louis Sabourin a fondé il y a trente ans. Ce Félix Leclerc a fait non seulement le tour de l’île, mais aussi le tour du monde.

 

Témoin et acteur de la construction francophone

 

Il a su accompagner l’épanouissement du Québec sur la scène internationale, en même temps qu’il a participé aux premiers développements de la Francophonie institutionnelle, qui a d’ailleurs été l’un des cadres majeurs de cet épanouissement. L’Institut de Coopération internationale qu’il a fondé fut, selon les témoignages, une sorte de Francophonie à échelle réduite et une pépinière de vocations internationales. L’institut compte, parmi ses diplômés, des Africains, des Asiatiques, des Américains et des Caribéens devenus des personnalités de premier plan dans leurs pays, aussi bien dans les milieux politiques, administratifs qu’universitaires. Au début des années 1970, le Professeur Sabourin a concouru à la fondation de l’École internationale de Bordeaux, sous les auspices de l’Agence de Coopération culturelle et technique (ACCT), embryon de l’Organisation internationale de la Francophonie. Il en a assuré la présidence du conseil pendant une vingtaine d’années. Il a contribué également à la création de l’ENA du Bénin et d’autres institutions à travers le monde. J’aurai l’occasion de souligner la contribution du Professeur Sabourin lors du grand colloque que j’organiserai en mars à l’ENAP sur l’avenir de la Francophonie.

 

Pèlerin de la paix par la coopération et l'éducation

 

Cet internationaliste reconnu, conseiller de plusieurs organisations internationales, infatigable serviteur de la paix - par les biais de la coopération, de la connaissance et du développement – est aussi membre de l’Académie pontificale des sciences sociales, créée par Jean-Paul II et mérite indubitablement l’attribution de cette béatitude selon Saint Matthieu : « Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu »… Pèlerin laïc de la planète, il est allé au contact de ses nombreuses cultures, religions, traditions, et en a retiré des principes de tolérance universelle. Comme l’écrivait Mark Twain, « le voyage est fatal pour les préjugés, la bigoterie et l’étroitesse d’esprit ». Grand voyageur, Louis Sabourin a creusé des sillons d’intercompréhension et de coopération ; « sans le respect des autres, dit-il, on ne va nulle part ». Homme de goût et de culture, il est décrit par ses proches comme un bon vivant, appréciant les bons vins, la gastronomie, le cinéma… Une philosophie de vie comparable à celle d’un Stéphane Hessel, qui déclarait que « la vie d’un être humain consiste à prendre connaissance de tout, à être au contact de tout, et à en tirer quelque chose de surdéterminant qui n’est plus du visible mais de l’invisible ». Oui, Professeur, vous aviez, dès vos premières années, des facilités intellectuelles qui vous ont permis de viser un peu plus haut, un peu plus loin. De là, et de votre sens de l’initiative et de la persévérance, viennent notre admiration. Mais votre réussite n’aurait pas eu une telle dimension sans vos qualités humaines. De là vient notre estime. Ces qualités humaines, l’empathie, la bienveillance, l’intégrité, la dignité, l’authenticité, ainsi que votre attachement aux valeurs familiales et solidaires québécoises, font de vous un honnête homme. Vous êtes au fond ce que la société québécoise est capable de produire de meilleur. Vous incarnez aussi cette valeur de coopération qui est dans les gènes du peuple québécois.

 

En conclusion, alors que vous vous apprêtez à prendre votre retraite sans nostalgie – car vous avez toujours regardé de l’avant – et même s’il est difficile de vous imaginer vous arrêter, votre vie vous appartient et vous avez toujours su la mener en bon capitaine. Nouveaux projets familiaux, artistiques, gastronomiques, pédagogiques… Qui sait ? C’est par la fin que tout commence !