point de vue

C'était il y a 50 ans : "Vive le Québec libre !" Et maintenant ?


 

Il y a cinquante ans jour pour jour, Charles de Gaulle, Président de la République française et héros de la Résistance, prononçait un discours historique depuis le balcon de l'Hôtel de ville de Montréal, devant une foule de 15 000 Montréalaises et Montréalais en liesse.
Un geste politique et symbolique fort
Il s'agit de l'un des discours majeurs de l'homme du 18 juin sur le thème de la liberté et de l'identité, comparable par sa portée et son caractère subversif aux discours de Brazzaville du 30 janvier 1944 et de Phnom Penh du 1er septembre 1966.
Les conséquences de cette déclaration et de son fameux "Vive le Québec libre !" furent incommensurables, tant sur le plan politique intérieur québécois et canadien que sur le plan international. La province du Québec a acquis du jour au lendemain une notoriété planétaire. Et le mot Québec est apparu en mandarin !
Cette notoriété s'est amplifiée avec l'Exposition universelle concomitante à Montréal - Expo 67 - 50 ans. Les deux événements ont eu le mérite de placer le Québec sur la carte du monde. Depuis, la société québécoise a affirmé sa singularité et son identité avec force en Amérique du Nord et dans le monde.
Fort de leur expansion sur la scène culturelle et diplomatique mondiale, les Québécois ont tissé au fil des ans des liens étroits avec d'autres peuples, d'autres nations, d'autres continents. La construction de la Francophonie institutionnelle a constitué un tremplin pour amplifier cet élan. La relation France-Québec est entrée dans l'ère de la modernité et des rapports équilibrés, réciproques et solidaires.
Un héritage à porter collectivement
Aujourd'hui, il importe de faire vivre cet héritage et de le faire prospérer. Au-delà du travail indispensable des gouvernements et des administrations, en particulier de la Délégation générale du Québec à Paris et du Consulat Général de France à Québec et à Montréal, la perpétuation de l'exceptionnelle relation entre la France et le Québec dépend de la mobilisation de tous, de chaque côté de l'Atlantique. Il ne tient qu'à nous de développer des projets en commun, de partir ensemble à la conquête de nouvelles frontières scientifiques, économiques, sociales et culturelles.
Avec l'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) en France (LOJIQ - Les Offices jeunesse internationaux du Québec), dont se sont dotés les deux gouvernements dans le sillon de la visite du président de Gaulle en 1967, un outil formidable est entre nos mains pour développer de tels projets. L'intérêt croissant des étudiants et jeunes professionnels français pour le Québec est également une opportunité à saisir pour intéresser les nouvelles générations à cette relation historique et la propulser vers l'avenir. En France, les universités et les grandes écoles devraient ouvrir leurs portes aux étudiants québécois pour qu'ils viennent en plus grand nombre. La présence de Montréal Bleublanctech constitue également un levier de nouvelles coopérations franco-québécoises dans le domaine technologique et entrepreneurial. De surcroît, je plaide en faveur d'une imbrication de nos regroupements coopératifs respectifs.
Reconnaissance et engagement
Depuis plusieurs années, j'ai eu la chance de dialoguer avec des femmes et des hommes exceptionnels qui sont les véritables artisans de la relation franco-québécoise ; des personnes avec qui j'ai tissé des liens intellectuels et affectifs parfois très forts. Je pense à l'ambassadeur Bernard Dorin (assistant du général de Gaulle, il a préparé sa visite au Québec en 1967 et lui a suggéré la création de l'OFQJ), qui m'a honoré d'une invitation à son domicile pour évoquer en tête à tête l'avenir de cette relation. Je pense aussi à Bernard Landry, qui m'a reçu chez lui, au bord du Saint-Laurent, en compagnie de Nathalie Simon-Clerc pour un entretien filmé ; à Louise Beaudoin, avec qui j'ai consigné une tribune dans Le Devoir, et à tant d'autres personnalités brillantes et attachantes comme Clément Duhaime, Jean-Louis Roy, Lucien Bouchard, Nicolas Chibaeff, Michel Robitaille, Jacques Chagnon ou encore Claude Bédard. Il serait trop long de les citer tous mais je veux leur rendre hommage parce qu'ils sont les passeurs, les grands témoins et les acteurs de notre histoire partagée.
Et demain ?
Aujourd'hui, 50 ans après le discours de Charles de Gaulle, nous devons affirmer notre détermination, en France et au Québec, à poursuivre cette magnifique histoire de fraternité entre deux peuples libres et égaux. Je pense aux jeunes ( cc Stéfanie Tougas Stephane Stril Laurie Bouchard Astrithr Berry ...) qui s'y engagent au niveau économique, social et politique. Le programme d'échanges croisés du CAP-FQ - Comité d'action politique France-Québec (auquel j'ai participé à l'automne 2014) est un autre outil important pour sensibiliser les futurs décideurs au caractère mutuellement profitable de ce partenariat.
A l'heure où la compétition internationale fait rage, chérissons cet héritage et sublimons-le par notre énergie, notre volonté et nos initiatives. Ensemble, nous pouvons conjuguer et démultiplier nos forces en Europe, en Amérique et dans le monde.
Vive la relation d'amour entre la France et le Québec !