débat télévisé

Les élections fédérales canadiennes de 2015

Lors des élections fédérales canadiennes du 19 octobre 2015, les Canadiens ont eu à choisir entre Stephen Harper (Premier ministre sortant, Parti conservateur), Thomas Muclair (Nouveau parti démocratique), Elizabeth May (Parti vert), Justin Trudeau (Parti libéral) ; les Québécois pourront également voter pour les candidats du Bloc Québécois, dirigé par Gilles Duceppe. C'est ce-dernier que j'ai incarné le 23 septembre dans les studios de Radio-Canada, lors de la répétition du débat des chefs. Cette expérience m'a permis de découvrir les coulisses du radiodiffuseur public, de ressentir l’anxiété des chefs de partis devant les caméras et de mieux appréhender les enjeux du débat : croissance économique et investissements, environnement, citoyenneté, crise syrienne… Diffusé le lendemain, ce premier débat en langue française de la campagne électorale a permis de confronter les programmes des différents partis, d’avancer des promesses et de prononcer des formules « destinées à soutirer le plus de votes possibles », selon la formule de Lise Payette (Le Devoir, 25/09, A9).

M. Mulcair a promis de rouvrir la constitution dans l’optique d’abolir le Sénat, institution « archaïque et dépassée ». « On ne pourra pas rouvrir la Constitution sans parler des demandes du Québec et des Premières Nations et des autres provinces », en a profité pour ajouter M. Duceppe. Le débat a ainsi abordé la question de la souveraineté québécoise : pour que le Canada reconnaisse la sécession du Québec, Monsieur Mulcair a dit qu’il faudrait 50% + 1 de voix favorables. Monsieur Trudeau a contesté cette majorité, estimant qu’il en faudrait plus pour démanteler la fédération canadienne. Gilles Duceppe a énoncé la question du prochain référendum en ces termes : « voulez-vous que le Québec devienne un pays indépendant ? […] Avec une question aussi claire que celle-ci, je ne vois pas comment le Canada pourrait refuser de négocier », a-t-il fait valoir. M. Harper a considéré pour sa part qu’il s’agissait d’une question dépassée.

Ainsi, la promesse de Justin Trudeau d’investir massivement dans les infrastructures pour soutenir la croissance (quitte à enregistrer des déficits de 10 milliards de dollars au cours des trois premières années d’un éventuel mandat) a été jugée irresponsable par M. Harper qui s’est félicité d’avoir dégagé cette année un excédent budgétaire – après six années cumulées de déficit sous son gouvernement. Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a reproché à Stephen Harper de « cacher son bilan derrière le niqab », cette « arme de distraction massive ». À cet égard, le chef libéral a estimé que M. Harper et M. Duceppe jouaient sur la peur et la division en s’étant prononcés contre le port du voile intégral lors des cérémonies de citoyenneté voire dans l’exercice des services publics. Le chef bloquiste a rétorqué que le principe d’égalité entre les hommes et les femmes « n’est pas une distraction » et indiqué que « plus de 90% de la population québécoise se dit opposée au niqab ».


Concernant les sujets internationaux, Elizabeth May a expliqué que « la crise humanitaire, la guerre civile sont causées par Bachar al-Assad » et son régime qui a tué « huit fois plus de gens que l’Etat islamique ». Au chapitre de l’environnement, M. Trudeau a dénoncé l'inaction du Premier ministre sortant. « C’est clair qu’on doit se préparer aux négociations à Paris [pour la COP21] ; et ce n’est pas possible si vous restez, M. Harper », a renchéri la cheffe du parti vert. Concernant le projet controversé du pipeline Énergie Est, très décrié au Québec, M. Duceppe s’est montré véhément contre le double discours de M. Mulcair.

 

Suite à la proclamation des résultats le 19 octobre, Justin Trudeau (libéral) est devenu le nouveau premier ministre du Canada.