Hommage à léopold sédar senghor


Académicien, poète et président du Sénégal pendant vingt ans, Léopold Sédar Senghor a, toute sa vie, cherché à jeter des ponts entre l’Occident et ses racines africaines, selon Yves Thréard. A l'occasion de la vingtième commémoration de son rappel à Dieu, j'ai voulu lui rendre hommage en décrétant l'Année Senghor de Francophonie sans frontières, en impulsant et participant à diverses manifestations autour de sa vie et de son œuvre. L'hommage et l'action continuent !

Table-ronde à Limoges, le 14 janvier 2022

Hommage à sa pensée, à son message de paix et de dialogue entre les cultures par Christophe Verger, délégué général France de la Fondation Senghor.

 

 


Déjeuner avec Moustapha Niasse, Jacques Krabal et l'équipe de l'APF, le 21 décembre 2021

Fructueux déjeuner de travail de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) avec le Président de l'Assemblée nationale du Sénégal et ancien proche collaborateur de Senghor, Moustapha Niasse. Outre l'évocation de souvenirs liés au grand homme, des échanges conviviaux et efficaces pour préparer l'avenir de la coopération interparlementaire francophone, en particulier son volet numérique !


Allocution spéciale, le 20 décembre 2021

A Verson, sa dernière demeure terrestre

Visites et conférences, les 17 et 18 décembre 2021


En quoi la figure de Léopold Senghor peut-elle éclairer notre époque?

Émission de Radio Notre Dame, 7 décembre 2021

🎙️Sur les ondes de Radio Notre Dame 100.7 avec Jean-Pierre Langellier et Laurent Lemire pour évoquer la mémoire et l'héritage de Léopold Sédar Senghor, père de la #Francophonie moderne, poète, homme d'État, académicien, homme complet !
⏩Pour écouter l'émission : https://lnkd.in/d9FfBCFq
Plus que jamais, la pensée de #Senghor doit vivre ! 🕊️


soirée hommage du CERCLE Richelieu-Senghor à Paris

Le Cercle Richelieu Senghor a organisé une magnifique soirée hommage au Poète-Président Léopold Sédar Senghor au Sénat le 9 novembre, autour du poète et ami de Senghor Mohamed Aziza ! Étaient notamment présents Odile Voin, Marie Béatrice Levaux, Claire Deronzier, Gaël de Maisonneuve, Rayed Chaïbi, Yves Montenay, Imma Tor ou encore Jean-Pierre Langellier. Des témoignages vibrants, des moments de convivialité, de mémoire, de poésie... et la volonté partagée de transmettre l'héritage protéiforme de Senghor aux nouvelles générations sénégalaises, françaises, francophones, sans frontières ! Je remercie Alban Bogeat, président du Cercle, de m'avoir donné la parole et toute son équipe pour ce bel hommage !


léopold sédar senghor, une pensée pour demain

Colloque-événement à l'Université Panthéon-Sorbonne, le 5 novembre 2021

C'est à un événement exceptionnel que Francophonie sans frontières a l'honneur de vous convier : une journée (9h-18h) consacrée à la vie et à l’œuvre de Léopold Sédar Senghor, qui fut à la fois grand poète, habile homme d’État, artisan de la dignité humaine, architecte de la Francophonie et bâtisseur d'Universel. L'événement du 5 novembre 2021 à la Sorbonne sera plus qu'un colloque ; il sera un moment fort de transmission, de création et de partage : lectures de poèmes, joute oratoire, un morceau de musique et dévoilement d'une œuvre inédite viendront le ponctuer.


Depuis 2006, qui a vu le monde entier célébrer Léopold Sédar Senghor à peine cinq ans après son décès, de nombreuses études sur l'homme et l'œuvre ont paru : cette grande activité intellectuelle montre clairement la vitalité de sa pensée. L'année 2021, qui marque le vingtième anniversaire de sa disparition, semble donc une bonne occasion de réactiver l'héritage senghorien à destination des plus jeunes générations qui vivent dans un monde encore marqué par la pensée du Poète-président. C'est pourquoi, le 5 novembre 2021, de 9h à 18h, l'ONG Francophonie sans frontières organise dans la salle 06 de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, un colloque-événement intitulé « Léopold Sédar Senghor, une pensée pour demain ». Dans ce cadre, elle veut mettre en pratique l'intuition qu'exprimait Senghor en 1962 : « La Francophonie, c'est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre : cette symbiose des « énergies dormantes » de tous les continents, de

toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire ».

 

De nombreuses personnalités (universitaires, ambassadeurs, membres de l'Institut de France, parlementaires...) prendront ainsi la parole pour évoquer la vie, l'œuvre et la postérité du Poète-président : l'homme d'Etat, le poète, le théoricien de la négritude. Chacun viendra raconter ''son'' Senghor, qu'il l'ait connu personnellement ou longuement étudié son œuvre ou son action, et illustrera ainsi le propos très juste de Valéry Giscard d'Estaing : « Sa vie et sa personnalité sont extrêmement complexes. On ne peut espérer les approcher qu’en les abordant à partir d’angles différents. Et les observations qu’on

est ainsi conduit à faire se recoupent, se modifient, et se corrigent entre elles. »

 

Mais cet événement fera aussi entendre la voix des plus jeunes : des lycéens du Lycée International de l'Est Parisien, de Noisy-le-Grand, et du lycée Le Corbusier d'Aubervilliers viendront lire et commenter des poèmes de Senghor et se prêteront à une joute oratoire et à une saynète. Cela sera également l’occasion de dévoiler une tenue-hommage à Léopold Sédar Senghor élaborée par le président de Francophonie sans frontières, Benjamin Boutin, l’artiste burkinabé-malien Ousmane Ouedraogo et l’artiste Sarah Walbaum, en partenariat avec l’association Made in Francophonie.

 


Néanmoins, ce colloque n'est pas un acte isolé : il s’inscrit au contraire dans l’Année Senghor de Francophonie sans frontières qui se traduit par de nombreux événements et la diffusion d’une série de chroniques radiophoniques « Senghor, une vie pour l’Afrique et la langue française », sur l'idée originale d'Anthony Glaise. En outre, une grande conférence à Dakar est prévue le 18 décembre 2021 au Musée des Civilisations noires et viendra conclure cette Année Senghor : ce dernier événement se fera en partenariat avec la Fondation Senghor.

 

Le colloque « Léopold Sédar Senghor, une pensée pour demain », placé sous le haut-patronage de l'Académie française, bénéficie du soutien de la Délégation génération à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) du ministère de la Culture. Il est aussi soutenu par de nombreux partenaires qui ont bien voulu se joindre à Francophonie sans frontières : l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, la Banque populaire, le média ''Opinion internationale'' et l'ADIFLOR.


Co-Création d'un vêtement hommage au poète-président

HOMMAGE & CRÉATION 🌟 En 2021, la pensée du poète-président sénégalais Léopold Sédar Senghor est toujours vivante et vibrante. Vingt ans après sa disparition, j'ai voulu lui rendre hommage de différentes manières : de façon académique en organisant avec Anthony Glaise et l'équipe de Francophonie sans frontières un colloque en Sorbonne (le 5 novembre) et une grande conférence à Dakar (le 18 décembre), mais aussi de façon artistique, en proposant à Ousmane Ouedraogo de co-imaginer et de co-créer ensemble un vêtement-hommage, qui se déclinera en une tenue masculine et une tenue féminine.

🔶 Rejoints dans l'aventure par la très talentueuse Sarah Walbaum - qui métamorphose des chutes de vitraux en parures de verre, en collaboration avec l'Atelier Simon-Marq, ce projet bénéficie de l'énergie et du soutien d'une équipe volontaire et engagée, menée de main de maître par François de Beaulieu.

✴ Aussi étonnant que cela puisse paraître, le vêtement - comme tout médium artistique - peut être porteur de sens, de symboles, de valeurs. Ici, chaque détail est pensé pour traduire dans la matière le parcours exceptionnel et interculturel de Senghor, mais aussi ses rêves, ses idéaux, au premier rang desquels figurent le métissage culturel et le dialogue entre les civilisations.


LA MODE RENCONTRE L’HISTOIRE…

un projet qui a commencé au mois d'août??
C’était le 5 novembre à la Sorbonne : un projet de métissage culturel inspiré de Léopold Sédar Senghor, initié par Benjamin Boutin devenu un défi de co-création avec lui, sarah walbaum et moi-même
(accompagnés par Francois de Beaulieu, Made in Francophonie ) puis enfin réalité avec 2 tenues-manifeste portées, incarnées par 2 égéries d’exception : Fatou Ndiaye et Jean-Charles Druck
Des tissus exceptionnels, contribution de Ali Rakib,
Et des tisserands des 4 coins du monde (Soie d'Afghanistan, Coton Bio du Mali et Burkina, Sénégal , Le Chanvre de France VirgoCoop…) et des petites mains essentielles ont donné vie à ces 2 tenues emblématiques.
Heureux d’avoir mis mon talent , mon savoir-faire et mon équipe au service du métissage culturel. Merci à Benjamin Boutin ,et sarah walbaum pour cette belle aventure
Un Grand Merci à France 3 Lorraine Champagne Ardenne
pour cet étonnant article :
https://lnkd.in/dBUE82hm


👑 Ce projet, aussi étonnant qu'innovant, bénéficie du savoir-faire de tisserands du Sénégal, patrie de Léopold Sédar Senghor où des coopératives de femmes tissent du coton bio, mais aussi de VirgoCoop en Occitanie qui travaille le chanvre français, l’un des textiles les plus écologiques de la planète. Des textiles rares issus de la fleur de lotus, du bananier, de la soie du Bengale s’y sont ajoutés grâce à Ali Rakib. Des soieries spécialement tissées en Afghanistan pour notre création sont parvenues à Reims quelques jours seulement avant la chute de Kaboul... 💮 On le voit, il ne s'agit pas simplement de tissus mais de liens tissés entre les cultures du monde. Un projet qui nous a été inspiré par Senghor, chantre de la Négritude, de la Francophonie et plus largement de la civilisation de l'Universel.

🚨 Ces tenues-manifeste seront présentées en avant-première le 5 novembre en Sorbonne, portées par deux personnalités métissées aux parcours remarquables : Fatou Ndiaye et Jean-Charles Druck, sous l’œil de nos deux formidables photographes (crédit photos ci-dessous), Adrien Scat et mon cher ami Laurent de Gaulle.

 

🔰 Sachez que ce projet est ouvert aux partenariats dans le but de faire circuler ces œuvres dans l'espace francophone.


Senghor, une vie pour l'AFRIQUE ET LA LANGUE FRANçAISE

Série de chroniques radiophoniques, sur une idée d'Anthony Glaise, réalisée et diffusée par Radio Francophonie sans frontières, septembre-novembre 2021



Année Senghor - Message de Nicolas Simel Ndiaye, fondateur de l'Afrique des idées

Nicolas Simel Ndiaye est le cofondateur du cercle de réflexion L'Afrique des Idées et travaille chez Deloitte en tant que conseiller auprès de gouvernements africains et d'organisations internationales, en particulier sur la croissance économique et le développement du secteur privé. Il témoigne : "Jusqu'à présent, j'ai passé la moitié de ma vie au Sénégal où je suis né et où j'ai grandi jusqu'à l'obtention de mon baccalauréat et j'ai passé la seconde moitié en France où j'ai fait ma prépa au Lycée Louis le Grand, avant de rejoindre HEC Paris et Sciences Po, puis de me lancer dans une carrière dans le secteur du conseil.

Aujourd'hui, je partage mon temps entre la France où je vis et l'Afrique de l'Ouest où se situent la plupart des projets que je dirige. J'essaie donc de combiner le meilleur des deux mondes, en étant guidée par deux principes hérités de Léopold Sédar Senghor : d'une part l'enracinement dans la culture africaine / sénégalaise et d'autre part l'ouverture sur le monde."


De Jean de La Fontaine à Léopold Sédar Senghor : Diversité est ma devise, l'universalité notre horizon

Table-ronde à l'Assemblée nationale de France organisée par Jacques Krabal, SGP de l'APF

Le Secrétaire général parlementaire de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie a souhaité organiser un débat sur le thème : "De Jean de La Fontaine à Léopold Sédar Senghor : Diversité est ma devise, l'universalité notre horizon". Animé par Ivan Kabacoff, présentateur de Destination francophonie sur TV5MONDE, le débat a réuni Hamidou Sall, poète et écrivain, ancien conseiller spécial d’Abdou Diouf, Romuald Fonkoua, professeur de littérature francophone à l’Université Paris-Sorbonne et Patrick Dandrey, professeur à la faculté des Lettres de l’Université Paris-Sorbonne et Président des Amis de Jean de La Fontaine. Les échanges furent passionnants !


Senghor, l’homme complet

Article pour Opinion internationale, 8 septembre 2021

Illustration de Christian Quesnel

 

À l’occasion des vingt-ans de la disparition de Léopold Sédar Senghor, le président de Francophonie sans frontières (FSF) livre son admiration pour le poète-président. Organisés par FSF, un colloque le 5 novembre à Paris en Sorbonne ainsi qu’une grande conférence le 18 décembre au Musée des civilisations noires de Dakar, en partenariat avec la Fondation Senghor, auront lieu pour souligner l’actualité de sa pensée.

 

Il a laissé de son passage sur Terre une empreinte singulière. Sa pensée et son action demeurent contemporaines ; elles ont creusé un sillon que ni l’érosion du temps ni la corruption des idées n’altèrent. Je veux parler de Léopold Sédar Senghor. Un homme complet et complexe qui nous a transmis un héritage politique, poétique et philosophique dont il nous revient de remettre les clefs, sans délai, aux nouvelles générations.

 

 

Le Prince-philosophe de la Négritude

 

Né en 1906 et mort en 2001, Senghor a traversé le XXe siècle des guerres, des idéologies et des émancipations en traçant sa propre voie humaniste.

 

À la manière d’un « Bergson africain », le natif de Joal voulait « agir en homme de pensée et penser en homme d’action ». Tombé en politique par accident mais non par hasard compte-tenu de ses capacités, ce chevalier des causes nobles et justes a sillonné le champ des possibles. Grammairien, poète, professeur, essayiste, député, maire, ministre, président de la République, Senghor a embrassé la vie en faisant chatoyer toutes les facettes de son génie.

 

Mû par une pensée de la totalité dont l’ambition ultime était l’humanisation de la Terre (Diagne, 2007), il se fit le chantre de la Négritude. Celle-ci était à la fois révolte – contre l’aliénation -, affirmation – de la dignité des Noirs et de leur culture -, ancrage – dans l’Africanité millénaire – et ouverture au monde et à sa diversité.

 

La doctrine éparse et pluridisciplinaire qu’il élabora tout au long de sa vie, au prix de « cent et cent manifestes, articles, rapports, essais, discours, adresses et autres écrits de circonstance » (Guibert, 2006) porte le cachet de l’humanisme. Un humanisme qui marie la culture sérère aux lettres gréco-latines, l’africanité à la francité.

 

Des bancs de l’Assemblée constituante au palais présidentiel de Dakar, Senghor a incarné l’idéal platonicien du prince-philosophe, repris à la Renaissance par Érasme, pour qui « les États ne sauraient jamais être heureux qu’en mettant les philosophes aux commandes, ou bien en faisant que ceux à qui il a été donné de gouverner embrassent la philosophie » (1516).

 

Certes, la philosophie ne l’a pas immunisé contre certains maux politiques. Mais elle lui a permis de traverser bien des turbulences et de surmonter des oppositions pour réaliser la plupart de ses grands desseins. Son souci permanent d’unité dans la pluralité, de symbiose des énergies dormantes, Senghor l’a mis non seulement dans la gouverne de son pays, le Sénégal, mais aussi dans l’édification d’une communauté internationale, la Francophonie.

 

 

L’architecte de la Francophonie

 

Aimé Césaire pensait que « Senghor, c’est l’Afrique en elle-même telle que l’éternité la pense, c’est l’Afrique éternelle avec sa noblesse, avec sa dignité, avec son histoire ; l’Afrique avec son humanité, sa philosophie, sa sagesse… » (1994). En réalité, le Sénégalo-Français était un métis culturel, intercesseur entre l’Afrique et l’Europe, médiateur entre les civilisations. Son rêve de fraternité internationale, de partage de bonnes pratiques au service de l’éducation et du développement l’a amené à exhumer « cet outil merveilleux » trouvé « dans les décombres du régime colonial » (1962), la langue française, pour en faire le principe organisateur d’une nouvelle coopération entre les peuples.  

 

Cette francophonie, dont le géographe Onésime Reclus avait inventé le concept sociolinguistique et géographique, Senghor l’a transfigurée en une réalité politique, aux lendemains des indépendances. Il lui a conféré sa majuscule institutionnelle, inter-parlementaire et inter-gouvernementale, avec l’aide d’autres pionniers comme le tunisien Habib Bourguiba, le québécois Jean-Marc Léger, le cambodgien Norodom Sihanouk, le nigérien Hamani Diori. Cette œuvre collective, à laquelle de nombreux militants ont apporté leur pierre depuis le suisse Auguste Viatte, le wallon Joseph Boly ou encore le français Xavier Deniau, demeure l’un des plus beaux héritage de Léopold Sédar Senghor.  

 

 

Le poète de l’âme noire aux fulgurances claires

 

« Quand retombe le sable sur les dunes du cœur » (Senghor, 1945) reste l’étoile cueillie au firmament de la rime. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de ma vie, disait Senghor, ce serait ma poésie ! À l’Occident de l’Afrique et de la France, le poète-président a créé une œuvre sensible et symbiotique, à l’image de son être.

 

De la noble et vieille langue de Villon, il a fait vibrer les cordes. Musique, rythme, percussions des sens et des images, associations d’idées nouvelles, visionnaires, avant-gardistes. Et toujours l’ancrage de ce chant profond, sorti de ses entrailles, dans son Royaume d’enfance.

 

La transmutation poétique senghorienne des mots convoque les contes éternels du griot de sa maison, les chants gymniques de sa culture sérère, la puissance évocatrice de la Négritude et parfois, l’esprit de rectitude, de concision et de mesure de la francité. Dans cet « entre-deux langues »  – wolof et français – s’opère l’incantation de la poésie de Senghor. Chapeau l’artiste ! « Il a mis à jour une ontologie par laquelle l’être est rythme […] De cette ontologie, il a montré que les arts africains constituaient le langage » (Diagne, 2007).

 

 

La foi des synthèses

 

Senghor, c’était un regard, une voix, un esprit, des mains qui modèlent. S’il ne méprisait aucunement la matière et savait en apprécier les fruits, c’est la spiritualité qui irriguait et semblait renouveler son sang. Ce disciple de Pierre Teilhard de Chardin – qu’il citait volontiers – devait, à l’origine, devenir prêtre. Le petit séminariste de Ngasobil avait cependant un caractère indocile qui a contrarié la vocation sacerdotale. Pour autant, il s’est appuyé toute sa vie sur la foi. D’aucuns diront qu’il cherchait peut-être à sublimer ses contradictions, d’autres, à goûter « avec une conscience accrue, la forte et calme ivresse d’une vision dont [il] n’arriv[ait] pas à épuiser la cohérence et les harmonies » (Teilhard, 1961).

 

Toujours est-il qu’à la suite du Père jésuite, Senghor rêve d’une « civilisation de l’Universel ». Celle-ci peut se comprendre comme la Synthèse prochaine du métissage culturel, par lequel les essences se mêleraient au Tout, sans perdre leurs spécificités. Impossible n’est pas Senghor !

 

En somme, « cet homme de toutes les contradictions si magistralement assumées : catholique chef d’un pays musulman, anticolonialiste africain et premier académicien français noir, militant de la négritude et marié à une femme blanche, co-rédacteur de la constitution de la France » (Goutx, 2002) a su dépasser les clivages et hisser haut dans le ciel l’étendard de la liberté.

 

L’expérience d’une telle vie, les traces d’une pensée si riche et féconde constituent un patrimoine à transmettre sans faute aux nouvelles générations. Le legs senghorien mérite en effet d’être enseigné dans les écoles, discuté dans les agoras, pesé dans les réflexions d’avenir. Or, l’oubli, l’ignorance et le divertissement guettent parfois nos sociétés. « Que dire aux miens qui ne savent pas, qui ne savent plus, qui sont Césaire, Senghor ou Alioune Diop ? », s’interroge Abd Al Malik (2010).

 

Cette préoccupation, je la partage. Alors, je prends mon bâton de pèlerin pour dire aux enfants, aux adolescents, aux jeunes adultes et à tous ceux qui veulent l’entendre que cet homme était notre frère. Qu’il a préparé le terrain, tracé la voie, semé les fleurs que l’on peut cueillir aujourd’hui et transplanter ailleurs, un peu partout sur la planète. Et si j’osais encore, je m’adresserais ainsi à lui, directement, comme à un parent immortel que l’on tutoie : 

 

Merci, Léopold Sédar Senghor, ab imo pectore, d’avoir choisi de ne retenir que la fraternité dans le regard de tes frères aux yeux bleus. Merci d’avoir tendu la main à tant de mains tendues, d’avoir été le sage, le démocrate, le bâtisseur d’un empire de l’Esprit. Au confluent des fleuves Siné et Saloum, à toutes les tribunes, dans les stades, les hémicycles et jusqu’aux gras pâturages de la Normandie, merci d’avoir semé des lendemains meilleurs, « avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie » (Senghor, 1945).  

 

 @Benjamin_Boutin

 

Benjamin Boutin

Président de Francophonie sans frontières

 

 

Bibliographie  

 

Erasme, L’éducation du prince chrétien [ou l’art de gouverner], Paris, Les Belles Lettres, 2016 (première édition en 1516).

 

La Négritude. Césaire et Senghor, Le cercle de minuit – 09.02.1994 – 07:38 – vidéo consultable sur le site de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA).

 

Léopold Sédar Senghor, « Le français, langue de culture », in Esprit, n° 311, novembre 1962.

 

Léopold Sédar Senghor, Œuvre poétique, Paris, Editions du Seuil, 2020.

 

Philippe Verdin, Alioune Diop, le Socrate noir (Préface d’Abd Al Malik), Paris, Lethielleux, 2010.

 

Pierre Teilhard de Chardin, Hymne de l’univers, Paris, Seuil, 1961.

 

Souleymane Bachir Diagne, Léopold Sédar Senghor. L’art africain comme philosophie, Paris, Riveneuve, 2019 (première édition en 2007).