FRANCOPHONIE


La francophonie est avant tout une réalité linguistique. Cinquième langue la plus parlée dans le monde (274 millions de locuteurs), le français bénéficie de la croissance démographique de l'Afrique. L'idéal de la Francophonie est celui de la diversité culturelle, de la dignité humaine et de l'intensification de la coopération entre hommes et femmes de toutes origines. Disons-le clairement, cet idéal ne fait pas bon ménage avec la xénophobie, le racisme et le repli sur soi. De même, la francophonie n'est pas un instrument de puissance de la France comme le pensent d'aucuns mais un levier collectif de développement et d'influence dans un monde marqué par une concurrence linguistique, culturelle et économique croissante. 

 

La Francophonie est, à mon sens, un espace de projets ainsi qu'une ouverture sur le monde et sa diversité linguistique et culturelle. Investi depuis plusieurs années dans les mouvements francophones de jeunesse, je souhaite apporter ma pierre à cette construction originale au cœur de laquelle vibre l'idée de coopération entre hommes et femmes de toutes latitudes.

Les Francophones dans le monde

Sur les 274 millions de Francophones susmentionnés, 212 millions de personnes font un usage quotidien de la langue française. 54,7% des francophones vivent en Afrique, 36,4% en Europe, 7,6% dans la zone Amérique et Caraïbes et 1,3% en Asie et au Moyen-Orient. La répartition mondiale des francophones favorise de fait les échanges interculturels, la circulation des idées et les regroupements d’intérêts à l’échelle internationale. Le français est ainsi la 4e langue d’Internet, la 3e langue des affaires, la 2e langue d’information internationale et la 2e langue de travail dans les organisations internationales. De plus, on dénombre 116 à 125 millions d’apprenants du français. 2e langue la plus apprise dans le monde, le français est une des seules langues à être enseignée dans tous les pays

Relancer la francophonie en Europe

Déjeuner à la résidence de l'ambassadeur de Belgique, 26 mars 2018

J'ai été invité, ainsi que la vice-présidente de Francophonie sans frontières, Marie-Astrid Berry, le 26 mars 2018, à un déjeuner à la résidence de l'ambassadeur de Belgique en France, S.E.M. Vincent Mertens de Wilmars. Ce fut l'occasion d'exposer et de débattre de mes propositions pour la francophonie, d'appréhender ensemble la nouvelle politique de la France en la matière et d'envisager des pistes de réflexion et d'action pour soutenir la francophonie européenne, dont la Belgique est assurément un acteur-clé. Etaient également présents à ce déjeuner des membres du Groupe des ambassadeurs francophones à Paris (Sénégal, Québec, France, Wallonie-Bruxelles, Arménie). Je remercie vivement Monsieur l'Ambassadeur pour son aimable invitation.  


"Investir l'espace numérique pour défendre la diversité"

mon intervention sur TV5MONDE


Lors de la journée internationale de la francophonie, le 20 mars 2018, j'ai été invité sur le plateau de 64' Le monde en Français pour commenter le fait du jour, à savoir le plan du président Emmanuel Macron pour la langue française, et présenter quelques unes de mes propositions inscrites dans mon étude L'élan de la francophonie, notamment la création d'un Netflix en langue française. 

Débat : Est-ce à la France de défendre la francophonie ?

MON témoignage DANS LA CROIX


 Recueillis par Marie Verdier, le 20/3/2018 à 06h25 
 
À l’occasion de la Journée internationale de la francophonie, Emmanuel Macron doit présenter, ce mardi 20 mars, sa stratégie pour une « nouvelle francophonie ». Dans son « plan d’ensemble pour le français et le plurilinguisme dans le monde », le soutien à l’éducation, notamment en Afrique, devrait avoir une place de choix, continent qui devrait connaître la plus forte croissance du nombre de locuteurs en français, si le défi en matière d’éducation y est relevé.
 

Adlène Meddi, Journaliste et écrivain algérien, ex-rédacteur en chef d’El Watan week-end

 

« La francophonie n’est pas la France. Elle est née de la volonté des nouvelles indépendances. Mais il semble que la France ait beaucoup de mal à s’en apercevoir. De nouvelles annonces venues de Paris sont ressenties comme un énième avatar de l’ethnocentrisme français, avec la langue au service de son « soft power » politique. Le jour où des annonces pour l’avenir de la francophonie seront faites, non pas depuis Paris, mais à Beyrouth, Dakar ou Tunis, alors on commencera à comprendre que la politique française en la matière a changé. Les symboles sont forts. Pourquoi l’organisation internationale de la francophonie a-t-elle pour siège Paris ? Comment la France peut-elle être crédible sur le terrain de la diversité linguistique, du plurilinguisme associé au français, alors qu’elle a férocement lutté contre la diversité des langues sur son territoire, contre le breton, le basque, le corse, l’occitan, etc. ?

 

Le discours idéologisé en France sur le français qui serait une langue émancipatrice, promouvant l’égalité hommes-femmes, libérant les peuples s’apparente à un remake de la mission civilisatrice de la colonisation. Quand je viens en France, combien de fois me dit-on « vous parlez bien français ! », mais le français est une pratique quotidienne dans de nombreux pays et sans connotation idéologique. Les locuteurs sont décomplexés dans leur rapport au français ?

 

La France n’est plus l’épicentre de la culture francophone. Comparée à l’édition anglosaxonne, l’édition francophone est fragile. Pourtant à l’intérieur de ce petit espace, les quelques grandes maisons d’éditions parisiennes trustent le marché. Elles exercent une sorte de monopole et fonctionnent selon leur agenda hexagonal. Lorsqu’elles négocient les droits des auteurs francophones, elles font une véritable « OPA » et nuisent aux maisons d’édition d’origine. Ainsi par exemple ici en Algérie, il est très difficile de récupérer les droits de grands auteurs comme Kateb Yacine. Et les littératures émergentes ne peuvent pas franchir le barrage de ces maisons d’édition. Cet effet d’entonnoir appauvrit considérablement le champ éditorial francophone pourtant riche et varié. La création d’un fonds pour l’aide au rachat des droits au profit des maisons maghrébines ou africaines est un premier pas positif, mais il reste très ténu. Dans un autre registre, les lycées internationaux qui enseignent en français restent réservés aux élites des différents pays. Ces exemples montrent bien qu’il n’y a pas eu jusqu’à présent de volonté politique de partage et d’ouverture autour de la langue française. Or la francophonie est multiple. Elle est un espace d’échange culturel qui requiert une politique beaucoup plus collaborative. La pluralité du français, langue mondialisée est une chance extraordinaire. Y compris pour la France. Dans ce contexte, elle a, à l’évidence, un rôle à jouer. »

Benjamin Boutin,

Auteur du rapport « L’élan de la francophonie »

 

« Que la France prenne les rênes de la francophonie serait totalement désastreux. Longtemps une idée franco-française et autocentrée de la francophonie a prévalu. Or il n’y a pas une France au centre entourée d’une périphérie francophone. La francophonie est intrinsèquement polycentrique, tel un archipel planétaire. Et elle n’est pas que du ressort des États, mais aussi des acteurs économiques, des universités, des médias, etc.

 

Ce n’est que dans ce contexte, et après un véritable aggiornamento de la pensée, que la France peut avoir un rôle à jouer en son sein. Cela suppose que la France joue collectif et qu’elle s’affranchisse de l’idée de la langue bras armé de sa diplomatie et de sa politique économique. En effet, quel intérêt auraient les autres pays à soutenir une politique au service de la France ? Bien sûr une langue en partage facilite les échanges économiques, pas seulement entre la France et les pays du Sud renvoyant à l’idée de la Françafrique, mais aussi entre Québécois et Africains ou entre Africains entre eux.

 

La première des missions devrait consister à promouvoir la francophonie sur le sol français où elle est au mieux délaissée, si ce n’est méprisée, et à la faire entrer dans les écoles, les universités et les institutions. Tout au long de ma scolarité, je n’ai pas eu un seul cours sur l’histoire de la langue française et la francophonie, sur ses pères fondateurs, sa diversité, etc. Science Po a décliné un projet de cours sur la francophonie, arguant du fait qu’elle reçoit des étudiants de plus de 80 pays, sans avoir conscience qu’il s’agit d’une langue mondiale. L’Académie française se soucie de normer la langue, une langue mondiale, par ses seuls membres français. Elle fait évidemment partie des institutions qui devraient s’ouvrir aux grands esprits de la francophonie, avec des académiciens de tous les continents chargés d’enrichir la langue française.

 

C’est aussi sur le sol européen, là où la France a une influence et un rayonnement naturel, qu’elle devrait œuvrer au maintien et au développement du français, et pas seulement au sein des instances européennes. Plusieurs pays européens comptent plus d’un million de francophones. Les jeunes devraient pouvoir bouger au sein de cet espace, via la création d’un centre de la francophonie européenne. Sans jamais perdre de vue la focale du multilatéralisme. Mais il est clair qu’il n’y aura pas de francophonie unie sans mobilité en son sein, sans une mobilité des étudiants, des enseignants, des acteurs économiques, des artistes, etc. La France est particulièrement attendue sur cet enjeu de l’augmentation et la facilitation de la mobilité temporaire légale. »


Une nouvelle dynamique politique pour la Francophonie

Conférence sur la francophonie à Villers-Cotterêts, 19 mars 2018

A l’initiative du député Jacques Krabal, Secrétaire général de l’assemblée parlementaire de la francophonie, une conférence sur la francophonie a été organisée le lundi 19 mars à Villers-Cotterêts en présence de François de Rugy, président de l’Assemblée Nationale française, de Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Europe et des affaires étrangères et de nombreux ambassadeurs de pays francophones. J'ai été invité à m'exprimer à une table-ronde aux côtés de Marianne Beseme, secrétaire générale de l'OFQJ, de Marie-Béatrice Levaux, conseillère au CESE et de Loïc Depecker, délégué à la langue française et aux langues de France, particulièrement sur l'importance de la mobilité et sur l'identité dans la francophonie. Cette table-ronde était animée par la journaliste Demet Korkmaz. Des Cotteréziens de tous âges étaient présents et impliqués dans cette journée riche en idées. Notre délégation a ensuite visité le Château de Villers-Cotterêts, à la veille des déclarations du Président de la République Emmanuel Macron sur l’avenir de cet édifice.

Donner un nouvel élan à la francophonie

Conférence à la Fondation pour l'innovation politique, 6 mars 2018

La Fondation pour l’innovation politique a organisé le mardi 6 mars 2018 la conférence « Donner un nouvel élan à la Francophonie ». Cet évènement s’inscrit dans la réflexion sur le rôle de la France au sein de la Francophonie et l’avenir de la langue française. À cette occasion, j'ai présenté mon étude publiée par la Fondation et divisée en deux parties : L’élan de la francophonie, Une communauté de langue et de destin (1) et L’élan de la francophonie : Pour une ambition française (2). Sont également intervenus Thierry Cornillet, député européen et fondateur de l’Association Internationale des Régions Francophones, Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti, auteurs de l’ouvrage …Et le monde parlera français.

 

En employant une métaphore marine, j’ai évoqué la coopération, le dialogue et la médiation comme principaux outils de navigation de la francophonie, ce navire capable de relier des communautés humaines parfois isolées, comme dans un archipel. Évoquant les principaux défis à l’horizon, j’ai rappelé la nécessité d’éviter le tourbillon du monolinguisme et de renforcer la cohésion et la motivation de l’équipage. A travers une série de quinze propositions destinées à mener une politique francophone plus audacieuse, j’ai appelé la francophonie institutionnelle à se recentrer autour de deux cœurs d’action : le soutien à la langue française(notamment par l’éducation, la formation et les médias), d’une part ; la promotion de la paix, du développement et de la diversité, d’autre part. Dans la sphère numérique, cette diversité linguistique et culturelle est en péril. Pour raviver la fierté d’être francophone ; de créer, d’entreprendre et d’échanger en français, l’action de promotion de la francophonie peut s’appuyer sur douze siècles de création collective et sur des succès partagés.

  


Quelle stratégie pour l'avenir de la francophonie?

COLLOQUE INTERNATIONAL - 9 mars 2016 à Montréal

 

Ce colloque est le fruit de plusieurs mois de travail. En tant que président du comité organisateur, je remercie toutes celles et tous ceux qui se sont impliqués pour sa réussite. Les discussions ont porté sur les priorités et stratégies de la francophonie, la carte et le territoire, la paix et la sécurité, ainsi que sur la création et les médias. Une trentaine d'intervenants de haut niveau s'y sont exprimés devant près de 200 personnes.

 

Mon édito dans le programme du colloque :

 

Le Président Abdou Diouf considère que « la langue française est notre bien commun. En tant que francophones, nous n’en partageons pas seulement l’usage. Nous partageons aussi la responsabilité de son évolution ». Dans cette optique, ce colloque se veut une occasion privilégiée d’engager une réflexion prospective sur la francophonie civile et institutionnelle. « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible », disait Antoine de Saint-Exupéry. Je forme ainsi le vœu que cette journée de réflexion aboutisse à une stratégie permettant de prévoir, de prioriser et de planifier des actions, afin d’orienter la francophonie vers un avenir souhaitable.


Les prochaines décennies verront s’accroitre la concurrence mondiale des langues, des normes et des systèmes de valeurs. Dans ce contexte, la francophonie doit mettre toutes les chances de son côté en faisant le pari de la créativité, de la mobilité, du regain de formation et d’information, de l’interconnexion des réseaux et de l’influence normative. La francophonie est une communauté de langue et de destin, complémentaire des unions régionales, au sein de laquelle de multiples solidarités se tissent. Le grand dessein francophone, au-delà de la défense de la langue française, consiste à promouvoir la diversité des expressions linguistiques et, par là même, des manières de voir le monde, de le raconter et de le réinventer. Il s’agit donc de garantir les conditions du foisonnement de l’esprit humain, dans toutes ses déclinaisons polyphoniques. Oui, la diversité linguistique est gage de paix et de créativité. Elle est aussi utile aux grands équilibres de la culture que la diversité biologique l’est à ceux de la nature.


Soyez assurés que nous nous efforcerons de porter les conclusions des travaux de ce jour à la connaissance des décideurs, notamment au XVIe Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Antananarivo en novembre prochain. Car enfin, la francophonie n’est pas seulement un sujet de colloque, c’est surtout un combat à mener, un idéal à porter, une cause à défendre et à incarner. Déterminant sera notre engagement collectif pour favoriser l’avenir de la langue française et l’épanouissement de ses locuteurs dans les prochaines années. En définitive, l’avenir de la francophonie se prépare maintenant et avec vous !

les actes audiovisuels du colloque




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Programme du colloque Quelle stratégie pour l'avenir de la Francophonie?
Colloque 9 mars francophonie programme.p
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L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF)

Avant même la formation d’une Francophonie interétatique, plusieurs initiatives de la société civile ont donné corps à l’idée qu'il pouvait exister une « francophonie » - mot inventé par le géographe français Onésime Reclus en 1880.

 

Des associations ont lancé la construction francophone, de façon sectorielle (écrivains, journalistes, universitaires, etc.). Dès la fin des années 1880, le phénomène associatif francophone prend de l’ampleur : en 1884, des Alliances françaises - pour l’enseignement du français - s’établissent en Amérique du Sud. En 1926 naît l’Association des écrivains de langue française (ADELF). En 1950, l’Union internationale des journalistes de la presse de langue française est fondée par un journaliste canadien, Dostaler O’Leary. En 1961, le québécois Jean-Marc Léger installe à Montréal l’Association des universités partiellement et entièrement de langue française (AUPELF), embryon de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Plus tard, d’autres professions libérales comme les médecins, leur emboîteront le pas. Ces associations ont pavé la voie à la francophonie des réseaux et à l'émergence de l’objet de différenciation identitaire « francophone ».


Dans les années 1960, plusieurs responsables de pays nouvellement indépendants – Léopold Sédar Senghor au Sénégal, Habib Bourguiba en Tunisie, Hamani Diori au Niger et Norodom Sihanouk au Cambodge – plaident pour que la communauté francophone se dote d’institutions intergouvernementales. Dans cet élan, la naissance institutionnelle de la Francophonie a lieu avec le traité intergouvernemental signé en 1970 à Niamey, portant création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT).

 

L'ACCT est l'ancêtre institutionnel de l’Organisation internationale de la Francophonie qui compte aujourd'hui 80 États et gouvernements membres ou observateurs. Parmi eux, 54 États et gouvernements sont membres, 3 sont membres associés et 23 sont observateurs. Forte d'un réseau de 4 représentations permanentes (Addis-Abeba, Bruxelles, Genève, New-York), de 6 bureaux régionaux (Antananarivo, Bucarest, Haïti, Hanoï, Libreville, Lomé) et de deux instituts spécialisés (Institut de la Francophonie pour l'éducation et la formation à Dakar et Institut de la Francophonie pour le développement durable à Québec), l'OIF a son siège principal à Paris. Elle mène des actions politiques et de coopération dans les domaines suivants :

  • Langue française, diversité linguistique et culturelle
  • Paix, démocratie et droits de l'Homme
  • Éducation et formation
  • Développement durable et solidarité

L'OIF accorde une attention particulière aux jeunes et aux femmes. Il faut dire que 60% de la population des pays francophones a moins de 30 ans. Le volontariat international de la francophonie offre par exemple aux jeunes âgés de 21 à 34 ans la possibilité d'effectuer une expérience de mobilité professionnelle de 12 mois au sein de la Francophonie. Les Jeux de la Francophonie rassemblent quant à eux tous les quatre ans 3000 jeunes issus des cinq continents pour des épreuves sportives et culturelles.

 

Le Secrétaire général est la clef de voûte du dispositif institutionnel de la Francophonie. Il est responsable du secrétariat des sessions des instances de la Francophonie ; il préside le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) et il siège de droit à la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF). Le Secrétaire générale est élu pour quatre ans (renouvelables) par les chefs d’État et de gouvernement. L'actuelle Secrétaire générale est S.E. Madame Michaëlle Jean, ancienne Gouverneure générale du Canada.

 

La journée internationale de la francophonie est le 20 mars et donne lieu à de très nombreuses manifestations à travers le monde.

 

 

La Francophonie à l'ONU

 

Les 80 États et gouvernements membres ou observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) représentent un tiers des États-membres de l'Organisation des Nations unies. De plus, 40% des Casques bleus sont déployés dans l'espace francophone. Un effort important est déployé par la représentation permanente de l'OIF à l'ONU (photo ci-contre) pour promouvoir l'usage de la langue française dans ces missions de maintien de la paix, ainsi que les valeurs de la francophonie à l'ONU. Le groupe des ambassadeurs et ambassadrices francophones à l'ONU constitue pour cela un important relai d'influence.

En visite à la Représentation permanente de l'OIF auprès des Nations Unies
En visite à la Représentation permanente de l'OIF auprès des Nations Unies

La Francophonie parlementaire

L’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) a été instaurée en 1967 sous le nom d’Association internationale des parlementaires de langue française ; elle réunit aujourd’hui des délégations de parlementaires issus de 65 parlements ou organisations parlementaires associées et de 18 parlements observateurs. Cette assemblée des cinq continents, qu’Abdou Diouf a qualifié de « vigie de la démocratie au sein du monde francophone », trouve sa cohésion autour de la colonne vertébrale du français. Ainsi que l’a déclaré Bruno Bourg-Broc, ancien président délégué de la section française de l’APF, «rassemblant à l’origine des parlementaires amoureux de la langue française […], elle s’est muée peu à peu en une instance militant en faveur du respect des droits de l’homme dans les pays de la francophonie et pour une juste mise en pratique de la démocratie parlementaire ».

 


J'ai participé le 1er mars 2017 à l'Hôtel du Parlement du Québec au colloque organisé par la chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires intitulé Les parlements dans l'environnement international.  En effet, les parlements entretiennent des relations interparlementaires bilatérales et multilatérales. La diplomatie parlementaire est une réalité certes moins médiatisée que la diplomatie gouvernementale mais dont l'utilité n'est pour autant pas négligeable. J'ai pu m'en apercevoir lorsque j'ai mené une étude sur l'action diplomatique de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, en 2013.

 

A l'occasion du colloque du 1er mars, un panel était consacré aux 50 ans de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). Mme Juliette Champagne a retracé l'histoire de la contribution du parlement québécois à cette organisation. Mme Louise Harel, qui a été l'unique présidente féminine de l'APF, a expliqué comment une volonté politique forte avait permis la création du Réseau des femmes parlementaires de la Francophonie. Mme Harel a également évoqué les sanctions que les parlements pouvaient encourir s'ils sortaient de l’État de droit. Selon elle, l'un des chantiers sur lesquels devrait travailler l'APF devrait être la lutte contre l'évasion fiscale.  M. Clément Duhaime a pour sa part brossé les relations entre l'APF et l'OIF, fondées sur un principe d'exigence et de gestion des résultats. Cette exigence impose parfois de prendre des décisions difficiles comme la suspension d'un membre de la famille. L'APF joue un rôle discret mais important pour la consolidation de la démocratie. Elle a participé à des centaines de programmes de coopération, de missions électorales, de sortie de crise et de renforcement des compétences parlementaires. Selon lui, seule la convergence des contenus et des institutions francophones peut permettre à la Francophonie d'être plus visible et plus influente. 

Rencontres marquantes

Abdou Diouf

 

J'ai eu le privilège de rencontrer en 2013 S. E. Monsieur Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, ancien Premier Ministre et successeur de Léopold Sédar Senghor à la présidence de la République du Sénégal. Cet homme de grande stature, à la fois pleinement Africain et pleinement universel, a été le visage de la Francophonie politique pendant douze ans. Il savait imposer e respect aux autres chefs d’États et était apprécié pour ses qualités de médiateur, mises au service de la paix, de la stabilité et de la démocratie en Afrique et dans le monde. 

Jean-Louis Roy

 

Historien, diplomate, écrivain originaire de la Beauce, Jean-Louis Roy a été directeur du quotidien Le Devoir et délégué général du Québec à Paris, avant d'être choisi par les chefs d’États et de gouvernements pour diriger l'ACCT de 1990 à 1998. Aujourd'hui dirigeant de Partenariat International, il m'impressionne par sa hauteur de vue et ses capacités relationnelles. Voyageur du monde, cosmopolite, il est un fin connaisseur des réalités contemporaines de la Chine et de l'Afrique. De surcroît, il s'est beaucoup investi pour les droits et libertés de la personne humaine. Jean-Louis Roy est un homme engagé aux qualités rares !

Clément Duhaime

 

Il représente à mes yeux ce que la société et l’État québécois sont capables d'engendrer de meilleur. Serviteur de l’État mais avant tout de la dignité humaine, remarquable diplomate et ancien administrateur (numéro 2) de l'Organisation internationale de la Francophonie, Clément Duhaime est une ressource rare, tant par son brio intellectuel, sa capacité de synthèse et d'entraînement que par ses qualités humaines. J'ai une admiration et une estime sans borne à son égard. Nous lui sommes gré de tous les efforts qu'il a mis en œuvre pour faire grandir la Francophonie et les valeurs de fraternité, de justice et de paix qui lui sont consubstantielles.

Monique Cormier

 

Vice-rectrice associée à la langue française et à la Francophonie, Monique Cormier gère la politique linguistique de l'Université de Montréal et valorise la langue française sur le campus. Elle joue un rôle décisif dans le positionnement de l'Université de Montréal parmi les plus importantes institutions francophones d'enseignement supérieur dans le monde. Titulaire d'un doctorat en traduction de l'Université Sorbonne Nouvelle–Paris 3, elle est une enseignante-chercheuse et une gestionnaire de grand talent, reconnue internationalement pour ses travaux en terminologie et en métalexicographie. Sa carrière a été couronnée par la plus haute distinction du gouvernement du Québec, soit le Prix Georges-Émile-Lapalme. Elle est chevalière dans l’Ordre national du Québec et dans l’Ordre des Palmes académiques de France.

Faire de la Francophonie une économie-monde

Mon article DU 10 juillet 2013


Le postulat de départ est simple : dans la mondialisation, les Francophones seront plus forts ensemble, plus forts ensemble économiquement. États et gouvernements, blocs régionaux et organisations communautaires, acteurs institutionnels et financiers, collectivités locales et entreprises, doivent unir leurs efforts pour définir le périmètre d'une "Aire économique francophone" (AEF). L'enjeu serait de mettre en réseau les différents opérateurs économiques ayant la langue française en partage et de leur fournir un cadre conceptuel pour faciliter leurs échanges.

 

Une économie-monde en devenir

 

Ce cadre conceptuel existe déjà. Il a été élaboré par un immense intellectuel français, grammairien des civilisations, penseur de la "dynamique du capitalisme". En 1979, dans son ouvrage Civilisation matérielle, Economie et Capitalisme, Fernand Braudel forge le concept d' "économie-monde", "fragment de l'univers, morceau de la planète économiquement autonome, capable pour l'essentiel de se suffire à lui-même et auquel ses liaisons et ses échanges intérieurs confèrent une certaine unité organique" .

 

La Francophonie représente une économie-monde en devenir. Les critères de distinction braudéliens sont réunis : elle forme une aire géoéconomique aux limites stables, un écosystème politique, économique, linguistique et culturel, comme la Méditerranée à l'époque de Philippe II.

 

Un réseau de "métropoles économiques francophones"

 

Le monde francophone est polarisé autour d'une "ville-monde", Paris, 12 millions d'habitants, de plusieurs métropoles économiques régionales comme Kinshasa (9,7 millions d'habitants), Alger (6,4), Hanoï (6,3), Abidjan (6,1), Montréal (3,9), Dakar (3,2), Bruxelles (2,1) et de métropoles économiques sous-régionale comme Tunis, Lyon, Beyrouth, Rabat ou Marseille, peuplées chacune environ de 2 millions d'habitants.

 

A leur échelle, ces centres urbains centralisent et répartissent "les informations, les marchandises, les capitaux, les crédits, les hommes, les ordres", comme l'écrivait Fernand Braudel. Carrefours d'échanges commerciaux, intellectuels et médiatiques (produisant des informations en français et les distribuant via différents canaux dans leur sphère d'influence), ces métropoles économiques francophones (MEF) devraient être mieux reliées entre elles par des liaisons aéroportuaires et numériques densifiées, de façon à optimiser la circulation des hommes, des biens, des services et des capitaux dans l'Aire économique francophone.

 

Des espaces continentaux et ultramarins en dialogue

 

La Francophonie ne forme pas un bloc géographiquement uni à l'échelle de la planète. Ses composantes sont, pourrait-on dire, dessoudées. Le français est parlé (comme langue maternelle, administrative ou mineure) dans plusieurs zones continentales : la zone "Europe", la zone "Afrique centrale de l'Ouest", la zone "Amérique du Nord" et la zone "Asie-Pacifique", auxquelles s'ajoutent les collectivités françaises ultramarines.

 

Ce sont ces zones qui, impliquées dans un projet de coopération macroéconomique global, pourraient former une véritable économie-monde francophone. Tous les leviers de coopération devraient être actionnés : co-localisation de projets productifs, mutualisations de ressources, création des sociétés d'investissements à l'échelle de la Francophonie, agrégation de PME francophones innovantes, montage de circuits performants d'import/export, Erasmus francophone, passeport de la Francophonie économique, etc..

 

Selon Adam Smith, c'est la division du travail qui, en décuplant la force productive, est la cause de la richesse des nations . L'interdépendance économique entre les différentes zones continentales et ultramarines francophones "productivement spécialisées" est de nature à générer de la valeur économique partagée.

 

La langue française comme liant

 

Le liant de ce grand dessein francophone de prospérité commune est naturellement la langue française, langue de culture et de diplomatie, mais aussi langue entrepreneuriale d'avenir, parlée par 60% par des jeunes de moins de trente ans, apprise par 100 millions d'élèves chaque jour et troisième langue la plus utilisée sur Internet. Partager une langue est un facilitateur transactionnel puissant. La langue française, magnifique monnaie-d'échange humains, pourrait devenir l'axe fluide et lumineux d'une interdépendance économique solidaire entre ses centaines de millions de locuteurs.

 

L'Aire économique francophone, démographiquement très dynamique, espace coopératif d'une économie-monde en devenir, pourrait être doté d'une "Organisation de coopération économique francophone" (OCEF), ainsi que d'une monnaie virtuelle facilitant les échanges et d'un corpus de normes juridiques et techniques communes.

 

Cette démarche constructive pourrait faire de la Francophonie une terre de croissance où les Francophones africains, européens, asiatiques, américains et océaniens œuvreraient à un développement mutuel bien compris pour améliorer la compétitivité des régions économiques francophones avancées et lutter contre la pauvreté des régions francophones moins avancées.

 

Ce pacte "gagnant-gagnant" réveillerait les "énergies dormantes" de la Francophonie qu'exaltait Léopold Sédar Senghor, et lui donnerait un nouveau souffle.

Remise d'un avis sur la Francophonie numérique

J'ai eu l'occasion de remettre à M. Jacques Chagnon, député de Westmount Saint-Louis, président de l'Assemblée nationale du Québec, un avis écrit sur le plan de la présidence de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, en prévision de son mandat de président pour la période 2017-2019. La réflexion préliminaire portait principalement sur le rôle des parlementaires pour la mise en œuvre de la stratégie numérique de la Francophonie.

Sans entrer dans le détail de mon avis, j'ai préconisé un certain nombre d'axes stratégiques (cyber-démocratie, cyber-sécurité, contenus francophones...) et formulé des propositions opérationnelles ainsi que des partenariats. J'ai suggéré par exemple que l'AUF s'engage en faveur d'une Charte de l’Internet démocratique et lance une Initiative parlementaire francophone pour la régulation de l'Internet qui puisse être portée devant les instances internationales compétentes.


Universités francophones et développement économique

Le nouveau Recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) - réseau mondial comprenant 800 universités partiellement ou entièrement de langue française - est un économiste. Ex-recteur de l’Académie d’Aix-Marseille et ex-conseiller ministériel, Jean-Paul de Gaudemar s’est exprimé le 10 mars 2016 à la tribune du CORIM, le Conseil des relations internationales de Montréal.

 

Invité à la table d’honneur, j’ai pris note de sa volonté de « reconstruire la chaîne entre l’apprentissage et l’emploi ». Car nos universités sont non seulement des institutions de formation et de recherche, de production et de transmission du savoir, mais aussi des « opérateurs de développement économique ».

 

D’après le nouveau Recteur, l’employabilité des diplômés est un sujet qu’il convient de prendre à bras le corps, en organisant la rencontre entre l’Université et le marché du travail. Il propose notamment que davantage de professeurs aillent découvrir l’entreprise et que davantage d’entrepreneurs viennent donner des cours à l’université.

 

Fait inquiétant en Afrique, mais aussi en Europe, dans la Caraïbe et ailleurs dans le monde, la dynamique universitaire s’est déployée en parallèle de la dynamique socio-économique. L’Université et le marché du travail ne sont pas suffisamment connectés. C’est, d’après Jean-Paul de Gaudemar, une « aporie » susceptible de mener à de grandes tensions sociales dans les prochaines années.

 

L’enjeu est donc de construire une relation durable entre les mondes économique et universitaire, en mariant l’universalité et la localité. En effet, l’université a changé d’échelle. D’abord réservée à une élite très minoritaire, elle s’est peu à peu démocratisée et ouverte à tous, ce qui change considérablement la donne.

 

« Il faut inventer l’Université du XXIe siècle, à partir d’un modèle pédagogique datant du XIIIe siècle »

 



Le numérique, qui permet de rejoindre par ses flux un grand nombre de d’apprenants, est la clef pour inventer ce nouveau modèle. Dans cette optique, l’Agence universitaire de la Francophonie se prépare à doter son site Internet d’un « meta-portail », sorte de campus numérique, proposant des cours théoriques, mais aussi de véritables formations numériques, dont un grand nombre en accès libre.  Les universités jouent un rôle essentiel pour enrichir la matière grise, développer et transférer des technologies. L’acquisition de langues, dans le respect de la diversité des langues maternelles, est importante intellectuellement et économiquement, dans la mesure où les êtres parlant une même langue échangent beaucoup plus. En somme, Jean-Paul de Gaudemar estime que « la langue est la monnaie des échanges humains ».

Liens

Site de l’AUF : www.auf.org

Site du CORIM : www.corim.qc.ca