UNE francophonie PLURIELLE, Inventive, joyeuse !

La francophonie est née il y a cinquante ans d’une idée simple : faire du français un outil de coopération internationale au service du développement. Aujourd'hui, les 300 millions de locuteurs et les 80 millions d'apprenants du français à travers le monde forment une communauté de langue et de destin qui n'a pas dit son dernier mot. Mais pour continuer à peser dans le monde, nous, francophones, devons être à l'initiative. Et cela commence par une question essentielle : que voulons-nous faire ensemble ?


La Fondation pour l'innovation politique a publié en libre téléchargement ainsi qu'en version imprimée (6000 exemplaires envoyés aux parlementaires, aux médias, aux cabinets ministériels, aux institutions) mon étude consacrée à l'élan de la francophonie en deux livrets (Une communauté de langue et de destin - 1 & Pour une ambition française - 2) . Une version numérique est librement accessible sur le site de la Fondapol. Cette étude présente quinze propositions destinées aux acteurs publics, privés et associatifs.

 

Livret n°1 [version numérique] Livret n° 2 [version numérique]


ENTREVUE avec NEW-VO RADIO

3 questions au francophone Benjamin Boutin

24 mars 2021


1. Pouvez-vous vous présenter ?

 

Originaire de Provence, j’ai eu la chance de voyager durant mon adolescence. Cela m’a ouvert les yeux sur d’autres réalités et forgé mon goût pour les échanges interculturels. J’ai un profil littéraire et pluridisciplinaire, mêlant l’histoire, les sciences politiques, la diplomatie, l’administration, la communication et les arts. C’est à partir de 2013 que je me suis engagé publiquement pour la francophonie. Le parrain de promotion de mon master 2 était nul autre qu’Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, ex-président de la République du Sénégal.

 

J’ai commencé à m’impliquer dans une association de jeunes francophones qui plaidait pour la diversité culturelle, linguistique et conceptuelle dans les organisations internationales, j’ai publié mon premier article sur la francophonie économique dans La Tribune et j’ai été coopté à la Conférence Olivaint, où je suis devenu responsable des débats francophones internationaux.

 

Depuis, je n’ai cessé de m’activer pour la francophonie. Après avoir vécu en Belgique et au Québec, enseigné en Haïti et tissé des liens forts avec certains pays africains, j’ai cofondé avec Marie-Astrid Berry en 2017 Francophonie sans frontières, l’ONG des francophones engagés. Notre idée était de créer une grande organisation de la société civile francophone, fondée sur le volontariat, l’amitié entre les peuples et l’éthique de la coopération. Nous voulions aussi de donner des responsabilités à tous les francophones désireux de s’engager, notamment les jeunes.

 

2. Pourquoi cette cause est importante pour vous ?

 

Elle est fondamentale à plus d’un titre. D’abord parce qu’elle contribue au dialogue des cultures qui est indispensable à la paix et à la fraternité. La langue française, cinquième langue mondiale, représente un puissant vecteur d’intercompréhension et de coopération, au service d’ambitions partagées : la paix, le développement durable, l’éducation, la démocratie et bien sûr la culture.

 

Ensuite, la francophonie s’inscrit dans le combat plus large pour la diversité linguistique et culturelle. Elle est un moyen de valoriser nos différences et, en même temps, ce qui nous relie. Au sein de notre société française, elle crée du lien social et permet de célébrer la diversité des cultures et des origines qui nous enrichit en nous ouvrant sur le monde. Les langues sont des marqueurs de civilisation et de puissants outils relationnels et créatifs. C’est notamment le cas de la langue d’Aimé Césaire, de Yanick Lahens et de Fatou Diome : elle s’est enrichie par les apports successifs de celles et de ceux qui l’ont parlée, enseignée, lue, apprise et aimée. Comme le dit Helène Carrère d’Encausse, « la francophonie est un choix du cœur » !

 

3. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez ?

 

L’un de mes anciens profs à l’École nationale d’administration publique du Québec, l’honorable Rémy Trudel, disait qu’il fallait toujours avoir au moins trois projets sur le feu. J’ai si bien suivi son conseil que j’ai décuplé ses attentes ! J’interviens en effet dans dans un grand nombre de projets, que je coordonne ou que je gère directement, comme un dialogue authentique, renouvelé et porteur de solutions sociales entre des spécialistes françaises dans différents domaines (santé, éducation, alimentation…) et leurs homologues canadiennes autochtones, un magnifique projet porté par France-Canada en partenariat avec Le Bondy Blog.

 

Que ce soit pour ce projet franco-canadien ou à travers Francophonie sans frontières (FSF), je suis heureux et fier de m’investir aux côtés de volontaires formidables, en France, au Québec, en Côte d’Ivoire et aux quatre coins de la planète ! FSF est le cadre de nombreuses actions, telles que l’organisation d’un colloque à Paris et d’une conférence à Dakar sur l’héritage politique, poétique, francophone et universaliste de Léopold Sédar Senghor. Ma volonté est que les jeunes générations s’emparent de son héritage et le perpétuent. Senghor est l’une des figures historiques que j’admire le plus, et l’un des personnages principaux d’un livre que j’ai écrit tout récemment.

 

En 2021, sur un plan collectif, je forme le vœu que nous sortions plus forts et solidaires de cette longue et pénible épreuve pandémique. Et sur un plan plus personnel, je souhaite trouver un meilleur équilibre entre mes responsabilités associatives et civiques d’un côté et la création notamment littéraire, à laquelle j’aspire. Il n’est pas toujours facile de concilier la gestion et la création. Je veux garder du temps, du souffle et de l’énergie pour imaginer, transmettre et créer.

ENTREVUE POUR LA French-African Foundation

Septembre 2021


Qui êtes-vous ?

 

Je suis Français, né en Provence, mais j'ai également beaucoup voyagé et suis ouvert sur le monde. Mon continent est l'Europe ; toutefois, j'ai développé des liens forts avec l'Amérique du Nord, les Caraïbes et l'Afrique. Pour moi, l'âge n'a que peu d'importance, ce qui compte c'est la communion des esprits et des cœurs. Je suis francophone, mais j'ai du respect pour toutes les langues et connais les vertus du plurilinguisme ! Beaucoup de personnes avec qui je coopère ont une double voire une triple culture. C'est une immense richesse ! L'identité est rarement monolithique. En réalité, que ce qui me définit davantage, ce sont les rencontres que j'ai eu la chance de faire. En premier lieu avec mes parents, mes amis et les personnes que j'admire, de toutes les nationalités. Les relations humaines sont pour moi le sel de la vie.

 

 

Ce sont aussi nos valeurs qui nous définissent : la bienveillance, la tolérance, l'amitié, la liberté, le respect, la justice, la paix, sont pour moi des valeurs cardinales. Et puis la personne que je suis aujourd'hui n'est peut-être pas celle que j'étais hier, ni celle que je serai demain. Rien n'est figé, même si nous avons tous une colonne vertébrale ! Ce qui ne changera probablement pas chez moi - et qui constitue sans doute une permanente - c'est mon goût pour la création et la coopération, mon caractère entreprenant, ma passion pour les rencontres interculturelles et les voyages, ma curiosité, l'importance que j'attache à l'amitié, à l'éthique, à la chose publique et le désir que j'ai au fond de moi d'apporter une contribution positive à notre société.

 

 

 

 

Que faites-vous ?

 

Je milite pour la diversité linguistique et culturelle, afin que les cultures dialoguent et se fécondent. La langue française crée des passerelles formidables ! A cet égard, je préside une ONG, Francophonie sans frontières, que j'ai fondée. Celle-ci me permet de coopérer avec un grand nombre de personnes engagées, dont beaucoup d'Africains. Je m'investis également dans les relations franco-québécoises et canadiennes afin de resserrer nos liens transatlantiques. Pour moi, il est important que les peuples coopèrent. La coopération européenne, internationale et économique - à travers le modèle coopératif que je promeus depuis mes jeunes années - est au cœur de mon engagement. J'attache une grande importance également à la démocratie, au système parlementaire, mais aussi à la liberté de la presse et à nos libertés en général.

 

 

Les défis qui entourent la préservation de nos libertés dans un contexte de montée en puissance technologique m'intéressent au plus haut point. Je considère que la finalité de l'action publique doit être de trouver le bon équilibre entre liberté et sûreté, épanouissement individuel et collectif, diversité des points de vue et cohésion autour de grands sujets et de certaines valeurs, autonomie et interdépendance, prospérité et équité sociale, le tout avec une attention particulière portée à la biodiversité et à l'environnement. L'énergie de tous est requise pour relever de si grands défis, dans l’intelligence et la nuance !

 

 

 

Pourquoi avez-vous postulé au programme Young Leaders de la French-African Foundation et que signifie pour vous être un Young Leader ?

 

J'adhère tout à fait aux objectifs du programme qui consistent à créer une communauté de leaders unissant la France et le continent africain, sur le plan socioéconomique. En tant que jeune leader, j'entends nouer des relations interpersonnelles de confiance avec des personnalités prometteuses africaines et par-là même créer des ponts entre la France, l'Europe, l’Afrique et plus largement la francophonie. Il ne faut pas sous-estimer l'importance de ces relations humaines pour se comprendre, agir ensemble et faciliter la coopération entre nos organisations et communautés humaines respectives.

 

 

Vous avez récemment rencontré le Ministre Délégué général à l’Entreprenariat Rapide des Femmes et des Jeunes du Sénégal. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette rencontre ?

 

Effectivement, durant les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, j'ai eu le plaisir de m'entretenir avec le ministre sénégalais Papa Amadou Sarr. Notre conversation a porté sur le soutien à l’entrepreneuriat, sur la francophonie économique, la circulation des personnes, le rôle des diasporas et les échanges internationaux.

 

 

La structure qu'il dirige au Sénégal, la Délégation générale à l’Entreprenariat Rapide des Femmes et des Jeunes du Sénégal, est intéressante parce qu'elle accompagne les entrepreneurs pour l'accès au capital, afin de leur permettre de démarrer ou de se développer. En plus de l'accompagnement financier, elle fournit un accompagnement technique, à travers des séances de mentorat et de formation professionnelle.

 

 

D'un point de vue plus personnel, avez-vous un moment marquant / un déclic dans votre vie à partager avec nous ?

 

En juillet 2019, j'ai visité une coopérative de beurre de karité à Korhogo, au nord de la Côte d'Ivoire. Ces femmes si courageuses et entreprenantes, travaillant dans des conditions difficiles afin d'obtenir un revenu pour vivre et envoyer leurs enfants à l'école, m'ont donné une leçon de vie. La qualité des personnes ne réside pas dans leurs titres. Beaucoup d'anonymes sont remarquables. Le don et le dépassement de soi sont des actes plus forts que la reconnaissance que chacun est en mesure d'attendre pour son travail et ses œuvres.

 

 

 

Quel est votre rêve pour le continent africain ? Comment comptez-vous agir pour le réaliser ?

 

Mon rêve est d'accompagner les Africains à réaliser les leurs. N'étant pas Africain, il ne me revient pas de définir ce que doit être l'avenir idéal de ce continent qui, loin d'être uniforme, est au contraire une mosaïque de peuples, de cultures, de langues, de paysages - ce qui fait d'ailleurs sa richesse.

 

 

Et ce sont justement ces traditions, ces modes de vie, ces systèmes de croyance et de valeurs, sans parler de ces écosystèmes naturels et biologiques qu'il me semble absolument fondamental de préserver, tout en créant les conditions de la prospérité économique pour accompagner les jeunes vers l'emploi, assurer aux aînés une retraite digne, faire reculer la pauvreté et la malnutrition. Cela passe par l'agriculture durable, la formalisation de l'économie (car ce sont les impôts qui permettent de financer la protection sociale et bon nombre d'infrastructures), l'investissement des acteurs privés, l'éducation, la culture, l'action écologique...

 

 

En somme, mon rêve est que l'Afrique invente son propre modèle de développement, qui pourra devenir un exemple pour le monde. Au-delà du numérique qui révolutionne les usages et facilite les affaires, c'est le modèle coopératif que j'ai envie de mettre de l'avant car il assure un développement équitable à long terme pour les communautés qui le choisissent.

 

 

Si vous aviez des leçons à tirer de votre parcours, quelles seraient-elles ?

 

J'ai eu des moments de découragement, avec le sentiment que tout était bouché. Ma vie n'a pas été un chemin semé de roses. Il m'a fallu opérer des écarts avec ma trajectoire initiale, changer de sentier sans changer de direction. La mobilité internationale a été une chance, à un moment donné. J'ai aussi testé plusieurs milieux de travail, fais des stages... S'il faut parfois ménager sa monture et prendre le temps de réfléchir à ce que l'on veut vraiment et ce que l'on est capable d’accomplir, il ne faut pas oublier que beaucoup de personnes n'ont pas ce luxe. Portons une attention particulière à nos semblables qui sont au bord du chemin. Les sorties de route, les échecs peuvent toucher tout le monde. Je n'ai pas encore eu le temps de m'y investir pleinement, mais l'action sociale contre la pauvreté et la détresse est un domaine auquel je suis sensible.

 

 

Si vous aviez un mot à partager avec la génération de 20 ans actuelle, quel serait-il ?

 

La persévérance. Si votre objectif est juste, beau, vrai, alors vous pourrez l'atteindre à coup sûr. Persévérez. Remettez dix fois le cœur à l'ouvrage. Vous y arriverez.