Canada - Europe



Éloge de la curiosité par Isabelle Hudon, docteure honoris causa

Cérémonie de remise des diplômes, ESG UQAM, Montréal, 8 juin 2026

À la collation des grades de l’École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal (ESG UQAM), on a assisté à un moment fort de célébration, de transmission et d'inspiration pour les diplômé(e)s : la remise d'un doctorat honoris causa à Isabelle Hudon. Une reconnaissance de son parcours exceptionnel au service de la prospérité, de la diplomatie et du leadership. En effet, Isabelle Hudon a été la première femme ambassadrice du Canada en France et à Monaco. Son engagement en faveur du rapprochement entre le Canada et l'Europe, particulièrement avec la France, a marqué les relations entre nos pays.

 

Devant les diplômé(e)s, Isabelle Hudon a livré un éloge de la curiosité. Cette qualité a été le moteur de toute sa trajectoire. Sans curiosité, elle ne se serait jamais rendue là où elle est aujourd'hui, a-t-elle affirmé. Plus encore, elle a décrit la curiosité comme l'un des éléments les plus puissants pour transformer le monde. C'est cette curiosité qui l'a amenée à explorer de nouveaux horizons, à évoluer dans des milieux variés, à confronter ses idées à d'autres visions du monde, à forger ses convictions et à révéler pleinement ses talents. C'est aussi elle qui l'a conduite à repousser les limites et à faire avancer l'ambition féminine.

 


Comme l'a souligné Pauline Marois, ancienne Première ministre du Québec et chancelière de l'UQAM présente lors de la cérémonie, Isabelle Hudon a contribué à briser plusieurs plafonds de verre et à ouvrir la voie à toute une génération de dirigeantes. Isabelle Hudon a rendu hommage à ses parents et à ses proches, rappelant avec humilité l'importance de celles et ceux qui nous accompagnent au long de notre parcours.

 

Le recteur de l'UQAM, Stéphane Pallage a pour sa part rappelé le caractère audacieux de son parcours, sa capacité à transformer les organisations qu'elle a dirigées ainsi que son engagement constant à faire progresser la place des femmes dans les sphères décisionnelles. 

 

Figure incontournable du monde des affaires et de la diplomatie, reconnue parmi les 100 femmes les plus influentes du Canada, Isabelle Hudon incarne une conception du leadership fondée sur l'audace, l'ouverture et l'engagement. Elle a d'ailleurs présidé le conseil d'administration de l'UQAM durant l'une des périodes les plus délicates de son histoire, contribuant à son rayonnement.


L'UQAM occupe une place unique dans la société québécoise. Au cœur de Montréal, métropole francophone des Amériques, elle constitue l'une des plus importantes universités francophones du monde et demeure un acteur majeur de l'émancipation intellectuelle, sociale et culturelle du Québec.

 

La leçon de vie offerte par Isabelle Hudon inspirera durablement les nouvelles diplômées et les nouveaux diplômés. Son message nous rappelle que la curiosité demeure l'une des plus belles forces pour apprendre, comprendre, innover et bâtir des ponts. Merci, Isabelle Hudon, pour cet inspirant plaidoyer en faveur de la curiosité et pour votre engagement constant au service du dialogue entre le Canada, l'Europe et la Francophonie !

 


🇨🇦🇪🇺 CANADA–UE : un partenariat stratégique

Résidence de l'Ambassadrice de Suède au Canada, Ottawa, 22 janvier 2026

Depuis plusieurs années, je parle régulièrement de la coopération France–Canada, de notre relation privilégiée avec le Québec et de nos liens forts avec d’autres provinces comme l’Ontario. Avec l’association France-Canada et le Forum de défense et de stratégie, nous avons été parmi les premiers à plaider pour un partenariat stratégique Canada–France, signé en 2024, puis élargi à l’Union européenne le 23 juin 2025, lors du Sommet UE-Canada à Bruxelles.

 

Aujourd’hui, je souhaite mettre à l’honneur un autre partenaire européen clé : la Suède. Stockholm et Ottawa jouent un rôle central dans l’Arctique. Membres du Conseil de l’Arctique, ils partagent une même vision :

 

➡️ souveraineté des États riverains ;

➡️ respect des populations, notamment autochtones ;

➡️ protection d’écosystèmes fragiles.

 

Hier, à la résidence de l’Ambassadrice de Suède au Canada, nous avons célébré cette coopération entre deux pays nordiques, amis et alliés. Le 18 novembre 2025, la Suède et le Canada ont conclu un partenariat stratégique couvrant la sécurité, l’économie, l’environnement et bien d’autres domaines.


Cette semaine à Davos, le Premier ministre canadien Mark Carney a appelé à une nouvelle alliance entre puissances moyennes, pour un monde plus équilibré et véritablement multipolaire. L’Union européenne, c’est précisément cette somme de puissances moyennes qui, lorsqu’elles sont unies, sont plus fortes ensemble. Le Canada et l’UE sont des alliés naturels, unis par des intérêts et des valeurs. C’est l’esprit du programme Personnalités d’avenir France-Canada, élargi cette année à de jeunes leaders européens.

 

Merci à Charlotta Rodhe, cheffe de mission adjointe de l’Ambassadrice de Suède au Canada, pour son accueil chaleureux et son rappel inspirant de la force de ce partenariat stratégique. Merci également à l’IPAC – Institut pour l’administration publique au Canada (Région de la capitale nationale), à sa présidente Blair Jones, à sa présidente émérite Ursula Gobel et à l’ensemble du conseil d’administration.

Femmes, paix et sécurité 2025 : de la politique à la pratique

Conférence du Ministère des Armées canadiennes, Ottawa, 30 octobre 2025

Invité par le ministère de la Défense nationale du Canada, j’ai eu l’honneur de représenter l’Association France-Canada et le Forum de Défense et de Stratégie à la Conférence « Femmes, paix et sécurité 2025 : de la politique à la pratique ». Cet événement s’inscrivait dans le cadre du 25ᵉ anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a marqué un tournant dans la reconnaissance du rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, la consolidation de la paix et la sécurité internationale.

Cette commémoration revêtait une importance particulière, en résonance avec mon mandat de président du comité Francophonie de l’Observatoire des droits humains à l’ONU - où nous œuvrons à une approche inclusive et francophone des droits humains, de la paix et de la gouvernance. La conférence a mis en avant le rôle déterminant de la société civile dans la mise en œuvre concrète de ces engagements. À ce titre, je suis particulièrement fier du programme que nous développons avec France-Canada et le Forum de Défense et de stratégie, les Personnalités d’avenir France-Canada. Ce programme rassemble une Relève engagée et paritaire que nous mobilisons et mettons en relation afin de renforcer les relations franco-canadiennes — et plus largement canado-européennes — dans les domaines de la Défense et de la diplomatie.

 

🪖 J’ai également eu l’occasion de visiter le Musée canadien de la guerre à Ottawa qui présente une fresque saisissante des grands conflits auxquels le Canada a pris part. J’ai été marqué par les témoignages recueillis, par la richesse des artefacts présentés, en particulier les maquettes préparatoires à la construction du Mémorial national du Canada à Vimy (Hauts-de-France), puissants symboles de mémoire et de résilience dans l'histoire partagée entre le Canada et la France.


Construire une relation de Défense forte entre le Canada et l'UE

Conférence à l'Ambassade de France au Canada organisée par le FDS et France-Canada, 8 mai 2025

Dans un contexte international marqué par le retour des logiques de prédation, le Canada, la France et l'Europe ont plus que jamais besoin de renforcer leur partenariat stratégique, 80 ans après la Victoire alliée du 8 mai 1945. C'était le sens de mon allocution du 8 mai 2025 à l'Ambassade de France au Canada. 

 

Cette conférence marquante a été réalisée par le Forum de Défense et de Stratégie et l'Association France-Canada - avec le soutien de l'Ambassade de France au Canada, des Forces Armées canadiennes (via le programme MINDS), du Réseau d'analyse stratégique et de nombreux partenaires. Enregistrée et diffusée par la CPAC (Cable Public Affairs Channel), elle s'est inscrite dans le cadre de notre programme de Personnalités d'avenir France-Canada sur la Défense & la diplomatie. 

Le 8 mai 2025 à l'Ambassade de France au Canada, j'ai rendu hommage aux combattants de la liberté de la Seconde Guerre Mondiale et appelé le Canada, la France et l'Union européenne à renforcer leur partenariat stratégique, dans le cadre d'une conférence organisée par le Forum de Défense et de Stratégie, l'Association nationale France-Canada et de nombreux partenaires à Ottawa, en présence de la cheffe d’État major des Armées canadiennes, de dix ambassadeurs, d’experts, de hauts responsables militaires ainsi que des personnalités d'avenir France-Canada sur les enjeux de Défense et de diplomatie.

  

Ferdinand Foch disait qu'« un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». Alors que nous avons commémoré l'année dernière le quatre-vingtième anniversaire du Débarquement, notamment à Juno Beach, sur les plages de Normandie, il nous revient aujourd'hui de célébrer la Victoire alliée, qui nous a apporté huit décennies de paix, de prospérité, de progrès.

 

Un devoir de mémoire

 

Je tiens à dire aujourd'hui que nous n'oublierons pas les 14.000 Canadiens engagés volontaires qui ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944. La campagne de libération à laquelle ils participèrent coûta la vie à 5.500 d'entre eux sont, sans oublier les soldats canadiens morts lors du raid de Dieppe, en août 1942.

 

Nous avons eu l'occasion de nous recueillir au cimetière de Bény-sur-mer, en Normandie, où reposent 2.049 de ces héros de guerre, et l'Association nationale France-Canada compte en ses rangs des personnes qui entretiennent ce souvenir, année après année, et qui soutiennent le Centre Juno Beach, depuis sa création.

 

Pour honorer ces héros, ces combattants, qu'ils fussent bien sûr Canadiens, mais aussi Britanniques, Américains, Français, Européens, Australiens, Africains, issus de l'espace francophone et du Commonwealth, le devoir de mémoire reste indispensable. Nous nous inclinons avec respect et avec gratitude devant ces combattants de la liberté. Nous n'oublions pas non plus les déportés, les prisonniers, les blessés, les résistants, toutes les personnes qui appuyèrent l'effort de guerre au service de la paix. Cette mémoire doit rester active, consciente, engagée et transmise de génération en génération.

 

Un contexte international dégradé

 

Pour nombre d'entre nous ici, nous n'avons pas vécu la guerre, directement sur notre territoire. Nous l'appréhendons à travers les livres, les films, les archives, les médias, les témoignages parfois de nos grands-parents ou arrières grands-parents, par le devoir de mémoire, disais-je, par l'école. Nos pays se sont engagés bien sûr ces dernières années dans des opérations militaires extérieures, dans le cadre de l'OTAN, de l'ONU ou de coalitions ad hoc, comme en Afghanistan.

 

Nous sommes évidemment très préoccupés par la situation en Haïti, par exemple, à Gaza, dans d'autres zones où les populations civiles sont durement frappées. Mais il est clair qu'appréhender la guerre à distance, par différentes médiations ou intermédiations, c'est bien différent du fait de la vivre, d’en ressentir l'angoisse pour soi et sa famille, d'aller sur le terrain pour combattre, d'être en guerre sur son territoire.

 

Je veux saluer le courage du peuple ukrainien, sa résistance, sa résilience. Nous sommes fiers ce soir, Monsieur l'Ambassadeur, d'avoir à nos côtés l'Ambassadrice d'Ukraine au Canada. Merci. C'est un honneur que vous nous faites d'être parmi nous.

 

Une victoire précaire

 

En ce quatre-vingtième anniversaire de la capitulation nazie, nous avons quand même le sentiment que cette victoire est fragile, très précaire, alors que nous voyons s'accumuler les menaces dans le ciel des relations internationales.

 

L'un des vainqueurs de cette Seconde Guerre mondiale est aujourd'hui un agresseur. La Russie, censée garantir la paix, la viole. Mérite-t-elle de conserver son siège au Conseil de sécurité des Nations unies ?

 

Les États-Unis d'Amérique qui se voulaient il y a peu encore les gendarmes du monde, garants d'un certain ordre, sont aujourd'hui un élément parfois perturbateur qui nous déstabilise économiquement, intellectuellement, sur le plan de nos valeurs et de notre attachement à un monde fondé sur le droit. Lorsque la première puissance de notre alliance parle même parfois d'annexer son plus proche voisin, mais aussi le territoire autonome du Groenland au sein du Royaume du Danemark, on se demande comment la situation a pu dégénérer à ce point.

 

L'une des questions que nous allons traiter ce soir est la suivante : assiste-t-on au retour des logiques de prédation sur la scène internationale ? Au-delà des causes de cette dégradation assez drastique, voire de ce changement de paradigme, émerge une question essentielle : comment nos pays qui sont responsables, qui sont aussi déshabitués à la guerre sur leur propre territoire, peuvent-ils parer à toute éventualité ?

 

Tenons-nous le pour dit : la faiblesse ne protégera pas nos populations. Le Canada et l'Europe doivent être forts ! L'Union européenne bien sûr, le Royaume-Uni également. Nous avons, des deux côtés de l'Atlantique, l'immense défi de renforcer notre autonomie stratégique, non seulement dans le domaine militaire, mais aussi économique, alimentaire, sanitaire, énergétique et autres - et le devoir aussi de protéger nos démocraties, qui peuvent faire l'objet d'attaques, notamment cybernétiques, ou de tentatives de manipulations informationnelles de nos opinions publiques.

 

L'Esprit de Défense

 

Donc, Monsieur l'Ambassadeur, vous avez parlé de l' « esprit de défense », qu’il est tout aussi important de le promouvoir que l'esprit démocratique. Cet esprit de défense doit être partagé par toute la société. C'est parfois ce qu'on appelle en France le « lien Armée-Nation », un lien qui doit être d'or entre l'armée et la nation - qui se traduit notamment par des institutions : je veux saluer le rôle de l'IHEDN, de la Commission Armée-Jeunesse et bien sûr des mécanismes de Réserve opérationnelle. Mais peut-être qu'il y aurait d'autres mécanismes à imaginer - avec le Canada d'ailleurs - comme un Erasmus militaire, davantage d'exercices entre nos armées, l'insertion croisée d'officiers dans nos armées et bien sûr du partage de renseignement, pour cheminer vers une coopération Canada-France-Europe accrue.

 

En septembre 2024, le Premier ministre canadien et le Président de la République française sont parvenus à une Déclaration commune en matière de Défense et de sécurité, sur le socle bien sûr de notre longue histoire, de nos intérêts, de nos valeurs. Et aujourd'hui, il faut en assurer la mise en œuvre et peut-être aussi aller plus loin. Nous avons la chance, nos deux associations, le Forum de Défense et de stratégie et l’Association nationale France-Canada, de contribuer à cet élan de rapprochement entre nos peuples dans le domaine militaire, en ayant été à l'initiative du programme de Personnalité d'avenir France-Canada sur les enjeux de Défense et de diplomatie. Notre but, c'est de faire émerger une nouvelle génération engagée dans ces domaines-là. Et d'ailleurs, je voudrais saluer la deuxième promotion qui est présente ce soir. Vous aurez l'occasion sans doute d'échanger avec eux. Ils sont issus à la fois de la France et du Canada et sont très engagés sur ces questions militaires et capacitaires.

 

Engager une nouvelle génération

 

Cette nouvelle génération doit prendre le flambeau, 80 ans après la Libération. Nos pays ont besoin, je crois, de chefs de file qui connaissent les enjeux de Défense, qui réfléchissent, qui impulsent, qui agissent, qui décident et qui savent se parler de part et d'autre de l'Atlantique.

 

Notre précédente promotion a été sollicitée pour produire des idées également. Et c'est ce qu'on leur demande, d'être en mode production d'idées, afin d’approfondir cette coopération. Leurs idées ont été condensées dans un numéro de la Revue Défense nationale. En réalité, c'était le premier numéro qui portait sur la relation Canada-France de Défense depuis 1939 ! Nous sommes très fiers d'avoir coordonné ce numéro avec Laurent Borzillo et Téodora Morosanu. Je vous invite à le lire.

 

Pour terminer, avant de céder la parole à Sarah-Myriam Martin-Brûlé et à Laurent Borzillo justement, je veux simplement vous dire que, plus que jamais, dans le contexte actuel, la France et le Canada ont besoin de renforcer leur partenariat stratégique, mais plus largement l'Europe.

 

Vous êtes dans la salle dix ambassades européennes représentées. Merci beaucoup d'être là ! Nous avons besoin d'ouvrir davantage ce programme aux pays européens. Vous êtes les bienvenus. Nous avons déjà d'ailleurs dans notre promotion une Portugaise et nous sommes ouverts à accueillir d'autres jeunes de l'espace euratlantique. Donc grâce à vous, nous allons mobiliser cette nouvelle génération qui est indispensable pour faire vivre et perpétuer cet esprit de défense ! Merci.

Ce discours a été précédé par le mot d'accueil de l'Ambassadeur de France au Canada, Son Excellence Michel Miraillet, et suivi d'une allocation de Laurent Borzillo puis d'une table-ronde modérée par Sarah-Myriam Marin-Brulé (professeur titulaire, Politique et études internationales, Université Bishop's) sur la sensibilisation des sociétés aux enjeux de Défense. Les panélistes étaient Geneviève Tuts (Ambassadrice de l’Union européenne au Canada), Matthias Lüttenberg (Ambassadeur d’Allemagne au Canada), Générale Jennie Carignan (cheffe d’état-major de la Défense, Forces armées canadiennes) et Thomas Juneau (professeur titulaire, Faculté des sciences sociales, Université d'Ottawa).

 


Rencontres Stratégiques à Bruxelles : Défense et Diplomatie

Délégation des Personnalités d'avenir France-Canada à Bruxelles, mars 2025

Dans le cadre du programme que nous avons co-fondé avec Laurent Borzillo (avec le concours de Teodora Morosanu) sur les enjeux de Défense et de diplomatie, nous avons conduit à Bruxelles une mission du Forum de Défense et de Stratégie (FDS) et de l'Association France-Canada au bénéfice de notre deuxième promotion de Personnalités d'Avenir France-Canada. 

 

Visite du Siège Civil de l'OTAN

 

Nous avons visité le siège civil de l'OTAN et discuté avec deux généraux, le français Richard Ringuet et le canadien Éric Laforest, qui ont une forte vision opérationnelle  aiguë et un sens du bien commun, accueillis par Tom Morin-Robinson, administrateur de programme à la division Diplomatie publique de l'Alliance transatlantique. Ces dernières années, celle-ci a connu de nombreux défis, notamment à cause des conflits en Ukraine et en Géorgie. Parfois déclarée "en état de mort cérébrale", l'OTAN retrouve des couleurs face à une Russie dont le comportement belliqueux est de plus en plus redouté. 

 

Rejointe par la Finlande, qui a renoncé à sa neutralité, ainsi que par la Suède, en raison des provocations militaires russes sous-marines ou aériennes, ces deux pays ont opéré un tournant historique. Selon Jean-Pierre Maury, directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), c'est l'attitude de la Russie qui provoque cette réaction. Il ne faut pas oublier que ces deux pays sont aussi membres de l'Union européenne et qu'il existe, comme dans l'OTAN, une clause d'assistance mutuelle dans le traité de Lisbonne (article 42, alinéa 7).

 

Échanges avec l'Ambassadrice Mathilde Félix-Paganon

 

A ce sujet, nous avons eu un échange privilégié avec l'Ambassadrice française au Comité politique et de sécurité de l'Union européenne, Mathilde Félix-Paganon. Le COPS traite de la politique étrangère et de sécurité commune, offrant aux Vingt-Sept un cadre d'action opérationnel face à des défis géopolitiques communs. Cette politique, que je suis de près depuis 15 ans, devient l'une des priorités politiques de l'UE et demande à être renforcée. Notre délégation a ainsi constaté que le COPS jouait un rôle plus technique, alors que les chefs d’État et de gouvernement s'impliquent désormais plus directement.

 

Réflexions à l'Institut Egmont

 

À l'Institut Egmont, cercle de réflexion sur les relations internationales interdisciplinaires situé à Bruxelles, notre groupe a bénéficié de l'expertise de spécialistes de l'Union européenne. Ils nous ont fait part des avancées et des défis dans la construction d'une Europe de la défense en relation avec l'OTAN. Ces dernières années ont été marquées par un certain nombre d'avancées, comme :

 

  • La publication d'un livre blanc sur la défense européenne ;
  • La nomination d'un commissaire à la défense au sein de la Commission européenne dirigée par Ursula Von der Leyen ;
  • La dérogation au pacte de stabilité pour accorder plus de fonds à la Défense et à l'armement ;
  • Les prémices d'achats en commun dans ce domaine ;
  • Les tentatives de se protéger contre les ingérences, notamment en période d'élection.

Modernisation des armées et défis européens

 

Ces dernières années, l'Allemagne a elle aussi opéré un tournant décisif en investissant 100 milliards d'euros pour moderniser son armée. Beaucoup d'interrogations portent néanmoins sur l'industrie d'armement européenne, sur la préférence à accorder aux systèmes d'armes produits en Europe et sur la contradiction qu'il y a parfois au sein de l'Union européenne de vouloir davantage d'autonomie tout en continuant à acheter principalement des armes aux Américains. Des alternatives européennes ne sont-elles pas pourtant disponibles ?

 

Propositions pour une Europe de la Défense plus forte

 

Selon moi, il faudrait aller plus loin en instaurant une préférence communautaire en matière d'armement pour renforcer notre base industrielle de Défense. Dans un contexte d'intensification de la menace, il faudrait mettre en place un Erasmus militaire au sein de l'Union européenne, comme j'ai eu l'occasion de le dire à des spécialistes ainsi qu'à la représentante de l'Union européenne au Canada. Il est indispensable de cultiver notre résilience sociale, car la société civile qui doit être prête face au risque de conflit conventionnel et non conventionnel. Les pays baltes et la Pologne s'en inquiètent très directement, et l'Europe occidentale doit aussi prendre toute la mesure de ce risque existentiel.

L'avenir de la relation entre l'Union européenne et le Canada

Rencontre avec Alain Juppé, mars 2025 à Paris : mémoire, Défense et diplomatie

« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». Cette citation de Ferdinand Foch résume bien le message qu'Alain Juppé a voulu transmettre aux Personnalités d'avenir France-Canada que nous avons réunies Laurent Borzillo, Teodora Morosanu et moi à Paris, à Brest et à Bruxelles pour des échanges sur la Défense et la diplomatie. 

 

Vision des Relations Internationales

 

Alain Juppé, ancien Premier ministre de Jacques Chirac et ancien maire de Bordeaux, a partagé sa vision des relations internationales depuis la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Grand ami du Québec et du Canada, il a également abordé l'Union européenne, la relation France-Canada et l'Otan.

 

Membre du conseil constitutionnel, il a exprimé ses convictions sur l'État de droit et la politique, qu'il considère comme un « art noble » consistant à se mettre au service des autres. Alain Juppé a salué notre initiative visant à favoriser la connaissance de nos futurs dirigeants. Face au « séisme trumpiste » et à la ploutocratie climatosceptique au pouvoir à Washington, il a souligné l'importance pour le Canada et l'Europe de rester soudés, de résister et de maintenir le cap sur la coopération politique, économique et culturelle, sans remettre en cause nos avancées écologistes.

 

Europe et amitié franco-canadienne

 

Ayant enseigné à l’École nationale d'administration publique de l'autre côté de l'Atlantique, Alain Juppé a rappelé que les Canadiens sont nos amis et les Québécois nos frères. La discussion avec cet homme d’État à la vision large a été animée par Mickaël Vallet, sénateur de Charente maritime, et moi-même. Pour Alain Juppé, il ne peut y avoir de « vassalité heureuse » aux grands empires actuels. L’Europe a les moyens de sa puissance grâce à sa :

  • Civilisation : nous avons une longue histoire, une grande richesse culturelle, et nous devons cultiver notre cohésion morale autour de l'amour de la liberté et du respect de la dignité de la personne humaine.
  • Puissance économique et commerciale : le rapport Draghi a pointé notre décrochage par rapport à l'Amérique mais a aussi mis en évidence nos atouts, à commencer par un PIB encore égal à celui de la Chine (17 % du PIB mondial, les États-Unis étant à 26 %).
  • Puissance scientifique, technique et numérique : nous avons les cerveaux, l'enjeu est de les garder.
  • Puissance militaire : l'enjeu est de trancher le lien de dépendance qui nous attache à une Amérique trumpiste.

Malheureusement, les partis et gouvernements d'extrême droite et d'extrême gauche constituent une sorte de cinquième colonne, proches de l'axe idéologique autoritaire Washington-Moscou. Cependant, l'agression trumpiste contre l'UE pourrait provoquer une prise de conscience salutaire.

 

Quelques signes encourageants nous viennent de nos partenaires, notamment canadiens. Le moment historique est peut-être venu de franchir une nouvelle étape dans la déclaration de l'indépendance européenne. La France, l'Allemagne, la Pologne, la Grande-Bretagne, l'Espagne et même l'Italie pourraient construire une base industrielle et technologique de défense commune. Rien n'est gagné, mais tout n'est pas perdu.

 

Rencontre avec Jean-Pierre Raffarin : renforcer les liens France-Canada-UE

La même semaine, nous avons eu l'honneur de rencontrer l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, président de la Fondation Prospective & Innovation. Cette rencontre a été l'occasion de réaffirmer notre attachement à un commerce mondial équitable, à la paix en Ukraine, à la préservation de l'environnement et à une coopération accrue entre le Canada, la France et l'Union européenne (UE).

  

Une relation stratégique

« S'aimer, c'est regarder ensemble dans la même direction », disait Antoine de Saint-Exupéry. Nos deux pays, liés par des liens très forts et une affection réciproque, sont moteurs dans bien des domaines : intelligence artificielle, lutte contre les infox, éducation, Francophonie... Il est temps de construire une relation stratégique plus forte, non seulement au niveau bilatéral, mais aussi par un mécanisme de participation aux réunions de haut niveau de l'UE.

  

Une Alliance solide

Selon Jean-Pierre Raffarin, dans un monde en désordre, la relation France-Canada est en ordre. Ensemble, nous sommes plus forts pour affronter les tempêtes. Il souligne que les questions de défense vont devenir des questions de politique intérieure et que l'avenir de l'Europe se joue sur sa capacité à avoir une défense commune. Cependant, à ce stade, il n'y a pas assez de relations entre nos industries de défense.

  

La Paix et la Défense

Le ciment de notre fraternité européenne a été jusqu'à présent la volonté de paix qui a surmonté la haine, notamment entre la France et l'Allemagne. Aujourd'hui, pour maintenir la paix, il faut aussi se préparer à la guerre, dans un climat mondial de violences banalisées. Entre le Canada et l'Union européenne, il est crucial d'avoir des sujets stratégiques à partager, tels que :

  • L'amélioration de la démocratie
  • Le dialogue avec les BRICS
  • L'environnement
  • La jeunesse
  • La protection de la planète
  • Le transport maritime
  • L'eau
  • L'électricité

Il est bon d'avoir une réflexion stratégique partagée entre nos dirigeants pour consolider cette amitié solide, faite d'ambition et de projets. 

 

Une relation précieuse

Cette relation est un trésor, une perle que l'histoire nous a léguée. Nous devons éviter ensemble la bipolarisation du monde et faire des pays émergents (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud) des alliés, sans oublier l'Afrique, car toutes les voix doivent contribuer à cette "multipolarisation" du monde.  Jean-Pierre Raffarin s'est souvenu de la délégation franco-québécoise qu'il avait organisée avec Jean Charest au Mexique pour donner à cette coopération une dimension économique.

 

Renforcer le Québec, ce n'est pas fragiliser le Canada. Entre la France, le Québec et le Canada, des sujets sont à évoquer et à cultiver. Par exemple, nos états-majors pourraient travailler davantage ensemble, notamment sur le Grand Nord, car nous avons des positions stratégiques proches. Entre le Canada et l'Europe, il y a certes des écarts, mais ils ne sont pas insurmontables. Il faut préparer la décennie qui vient, notamment en matière de défense et de sécurité. Nous devons être structurés et faire preuve de volonté politique. 

Repenser les alliances transatlantiques

Paris Defense and Strategy Forum, mars 2025

Dans un contexte caractérisé par de nombreuses mutations (élections américaines, nouvelle Commission européenne, fragilisation de certains pays et invasion de l’Ukraine), les alliances transatlantiques doivent être repensées pour s’adapter aux nouveaux enjeux. C’est la réflexion que nous avons engagée avec Laurent Borzillo en impulsant le programme de Personnalités d'Avenir France-Canada sur les enjeux de Défense et de diplomatie, programme co-organisé par le Forum de Défense et de Stratégie et l'Association France-Canada.

 

En mars 2025, dans le cadre du PDSF à l'Ecole militaire (Paris), nous avons coordonné sur ce thème une conférence de haut niveau dans l'amphithéâtre Foch, en présence de personnalités qualifiées :

  • Hélène Conway-Mouret : Vice-présidente de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, ancienne ministre française ;
  • Chantal Lavallée : Professeure agrégée au Collège militaire royal de Saint-Jean (Québec) ;
  • Maud Quessard : Directrice du domaine Euratlantique à l'Institut de recherche stratégique de l’École militaire ;
  • Irina-Raluca Zidaru : Directrice générale des affaires stratégiques au Ministère des affaires étrangères de Roumanie
  • Amélie Zima : Responsable du programme Sécurité européenne et transatlantique à l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI).

Dans ce contexte, l'Europe et le Canada doivent être côte-à-côte, de même que la Norvège et la Grande-Bretagne. A cet égard, Laurent Borzillo, Téodora Morosanu et moi-même avons coordonné le numéro spécial de la Revue Défense nationale paru en mars 2025 intitulé Canada-France, vers un partenariat stratégique.

Personnalités d'avenir France-Canada sur les enjeux de Défense

Paris, Brest, Montréal, Ottawa et Saint-Jean sur Richelieu, mars-mai 2024

L'Europe et le Canada ont plus que jamais besoin de resserrer leurs liens stratégiques. L'Association France-Canada et le Forum de Défense et de Stratégie y contribuent.

Ce programme de Personnalités d'avenir vise à approfondir les échanges stratégiques franco-canadiens compte tenu des défis auxquels ces deux alliés font face il vise à mettre sur pied un réseau de leaders émergents franco-canadiens nouant de réguliers contacts. Le groupe de Personnalités d'avenir prend part en 2024 à deux séjours d'étude, l’un en France (principalement à Paris et à Brest) et l’autre au Canada (Ottawa, Montréal et Saint-Jean-sur-Richelieu). Durant ces séjours, plusieurs évènements privés (ateliers en comité restreint avec des responsables politiques, militaires, diplomatiques, académiques ou industriels) et ouverts au public (colloques, conférences...) sont organisés.

 

Entre les deux séjours (prévus en mars 2024 et en mai 2024), deux ateliers en ligne permettront d'approfondir les sujets abordés. Les Personnalités d'avenir rédigerons conjointement 5 notes stratégiques formant la base d'un livre blanc. Ces notes stratégiques et politiques seront disponibles en français et en anglais.

Ce programme est né d'un échange d'idées entre Laurent Borzillo et moi. Ainsi sommes-nous fiers d’être partenaires au titre du Forum de Défense et de Stratégie (FDS) et de l’Association France-Canada. Ce programme a reçu le soutien financier de MINDS au Canada, le soutien moral du colonel Jason Galuga, attaché de Défense du Canada en France et le soutien logistique de l'Académie de défense de l'École militaire à Paris. Au sein de cette-dernière, nous avons co-organisé en mars 2024 une table-ronde sur les évolutions en cours de l'architecture sécuritaire transatlantique lors du Paris Defense and Security Forum.

 

Cette table-ronde entièrement féminine co-organisée avec WIIS France fut une preuve supplémentaire que les expertises féminines dans les études stratégiques comptent. D'autres actions actions et visites furent menées à l'Institut français des relations internationales, l'Institut des hautes études de défense nationale, la Marine Nationale à Brest (FOST et CECLANT) ou encore avec la Fondation Prospective et Innovation. Une réflexion commune sur la rédaction de notes stratégiques couvrant différents enjeux (architecture sécuritaire européenne et transatlantique, Arctique, coopérations industrielles, menaces et tensions à venir dans le monde...) est en cours, avant la tenue du deuxième volet du programme au Canada en mai.

Avec Jason Galuga, Attaché militaire du Canada en France
Avec Jason Galuga, Attaché militaire du Canada en France

Gloire à la résistance franco-canadienne !

Les Martres-de-Veyre, 10 décembre 2023

Aux Martres-de-Veyre, j'ai rendu hommage à l'aviateur canadien d'origine ukrainienne Peter Dmytruck, dit Pierre le Canadien, figure de la Résistance auvergnate contre l'occupant nazi. Depuis 1946, les habitants des Martres-de-Veyre célèbrent sa mémoire. Le comité France-Canada de Vichy, présidé par Monique Millet, est impliqué dans ces commémorations et a déposé une gerbe en la mémoire de ce sacrifice qui nous oblige.

La Normandie, terre de sacrifice des soldats canadiens

Juno Beach, cimetière militaire canadien de Bény-sur-mer et mémorial de Caen, janvier 2022

Les soldats canadiens payèrent un lourd tribu à la liberté de l'Europe et du monde lors de la Seconde guerre mondiale. Je me suis rendu au mémorial, sur les plages du débarquement (notamment à Juno Beach) ainsi qu'au cimetière militaire canadien de Bény-sur-mer en Normandie, en janvier 2022.

 

A partir du 6 juin 1944, ils furent 14 000 soldats canadiens volontaires à risquer leur vie en fidélité à l'ancienne patrie et à une certaine conception d'un monde plus juste et humain. Grâce à eux, aux autres forces alliées et à celles de la Résistance, nous vivons dans des sociétés libres. Prenons garde à ne pas trahir leur sacrifice en bradant cette liberté sur l'autel de la crédulité aux discours populistes, xénophobes et déclinistes.

 

L'élan de ces jeunes hommes (soutenus dans l'effort de guerre par des femmes courageuses) venus d'Outre-Atlantique pour ce qui est du front de l'Ouest nous oblige à une vigilance constante sur les facteurs qui conduisent nos sociétés au désastre, facteurs que le Mémorial de Caen décrit remarquablement. Allez-y, avec vos enfants !


La Simulation du Parlement européen Canada-Québec-Europe

Exercice de délibération parlementaire, Lille, août 2015

La SPECQUE est la plus importante simulation francophone reproduisant le fonctionnement du Parlement européen. Pendant une semaine, en août, 180 jeunes francophones venant d'Europe (France, Allemagne, Luxembourg, Belgique, Suisse), du Canada (Québec, Alberta, Nouveau Brunswick...) et d'ailleurs (notamment du Liban) revêtent le costume d'un acteur de la vie politique européenne (commissaire européen, rapporteur de commission, chef de groupe politique, eurodéputé, mais aussi journaliste ou lobbyiste). Ils amendent et débattent des projets de directives et votent des résolutions. Convié en 2015 à Lille comme eurodéputé, j'ai planché sur le détachement des travailleurs dans le cadre de la libre circulation des services ; sur l'établissement d’un système européen de gardes-frontières ; sur l’intégration des télécommunications sans-fil et la stratégie humanitaire européenne. Cette simulation, qui respecte le règlement et le protocole du Parlement européen et qui s’effectue du reste sous son haut patronage et avec le soutien de certains députés, permet de mieux appréhender le processus législatif européen et d’intérioriser le savoir-faire et le savoir être des eurodéputés.