Évolution démographique, numérisation, environnement, compétitivité… L’Europe fait face à de nombreux défis. Ces mutations lui offrent l’opportunité d’innover et de s’affirmer comme un moteur de transformation sociale face aux grandes puissances comme les États-Unis et la Chine.
Benjamin Boutin, maître de conférences associé à l’Université Jean Moulin Lyon III, conseiller stratégique et chef de projet, chercheur associé à l’Institut prospective et sécurité en Europe et président d’honneur de Francophonie sans frontières, nous apporte un éclairage sur ces enjeux et sur le rôle de l’Europe comme moteur des mutations sociales en cours.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui évoquent le rôle de l’Europe en tant qu’acteur économique et politique majeur mais elle a aussi un rôle à jouer dans la transformation sociale, comment ?
L’Union européenne peut apporter des réponses à la fois modernes et efficaces mais aussi éthiques et humanistes. Comment? En créant des équipes de chercheurs, d’enseignants et d’innovateurs, en mobilisant la recherche publique de ses États-membres et en lançant à un niveau pan-européen des appels d’offres ambitieux pour créer des grappes d’innovation publiques-privées. Ces dernières sont plus performantes lorsqu’elles sont composées de personnes issues de plusieurs pays… Oui, les innovations découlent souvent de la rencontre des cultures. Que ce soit en matière de recherche spatiale ou d’intelligence artificielle, de transition écologique comme de souveraineté numérique, on est plus fort ensemble : l’union fait la force !
On parle beaucoup des États-Unis en tant que rival « systémique » de l’Europe, quels moyens peut-elle mobiliser pour y faire face ?
Les États-Unis sont un concurrent mais aussi un partenaire. Espérons qu’ils le resteront et que l’espace transatlantique demeurera l’une des zones les plus sûres et prospères de la planète ! Si économiquement ils s’en sortent bien, c’est parce qu’ils ont misé sur la tech avec la Silicon Valley. Il faut s’inspirer de cet esprit d’entreprendre ! En Europe, nous disposons de pôles de compétitivité. Il faut les rendre plus attractifs. Face à un vieillissement démographique et à une vulnérabilité vis-à-vis des ingérences étrangères, il devient urgent de développer nos propres systèmes d’information, tout en sensibilisant la population aux tentatives de manipulation dont elle est la cible. Cela exige une Europe stratège, capable de planifier son avenir industriel, de renforcer sa souveraineté.
Malgré ces défis, il y a bien des domaines dans lesquels l’Europe se distingue ?
Bien sûr ! L’Europe dispose d’atouts importants : son cadre de vie, sa culture riche, ses infrastructures… Nous disposons d’entreprises à la pointe dans bien des secteurs comme la pharmacie, les biotechnologies et les transports. Certaines d’entre elles ont trop délocalisé leur production ces dernières années, notamment en Asie, mais nous avons encore la maîtrise de nombreux savoir-faire et la capacité à en développer de nouveaux. Sur le plan social, nous devons anticiper en Européens les effets transformateurs de l’IA sur le monde du travail et réinventer nos systèmes de retraite et de protection sociale. Même si la concurrence est rude, ne soyons jamais défaitistes! L’Europe a les moyens de nos ambitions. Ensemble, nous représentons 20% du PIB mondial.
Si les États membres ont chacun un rôle à jouer dans cette transformation sociale, les citoyens aussi. Qu’est-ce qui peut être fait?
Les citoyens peuvent rendre l’Europe plus soudée, choisir un bulletin de vote pour des partis constructifs mettant sur la table de vraies propositions. Ils peuvent se former en ONG, en cercles de réflexion et d’action, mener des projets pan-européens. Si l’avenir de l’Europe demande une volonté politique, elle exige aussi la volonté de chaque citoyen d’entreprendre. Les européens peuvent choisir ce qu’ils achètent, et c’est un pouvoir. Depuis une vingtaine d’années, nous dépensons presque tous des fortunes dans des produits à haute valeur ajoutée importés des Etats-Unis et d’Asie, comme les téléphones portables. Ces devises sortent de l’Europe ! Développer des alternatives technologiques européennes fiables devrait être l’une des priorités de l’Europe stratège.
Et la France dans tout ça ? Vous avez par ailleurs mené une étude sur la francophonie des territoires. Qu’est ce qu’elle peut apporter à l’Europe ?
Par son histoire, sa géographie, son économie, mais aussi par ses capacités militaires, la France est un pays-clé en Europe. Savons-nous suffisamment valoriser nos atouts ? Notre langue française en est un. Tout un réseau d’organisations l’enseignent et la promeuvent. La langue française est une langue-monde parlée sur cinq continents. Elle nous offre une ouverture sur le monde, une passerelle de compréhension.
Depuis pas mal d’années, on nous rabâche qu’il faut tout miser sur l’anglais. Toutefois, l’Europe tire sa force de sa diversité. La pluralité des langues, des traditions, est un atout européen ! Elle fertilise le terreau de nos innovations. Aujourd’hui, je salue tous les Européens qui promeuvent la diversité linguistique, culturelle et conceptuelle. Les Francophones sont de ceux-là, ils font du français une langue de coopération et de modernité qui se renouvelle et s’adapte aux transformations sociales et technologiques. Avec tous, nous devrions créer un Centre de la francophonie européenne pour animer nos réseaux d’entraide, d’affaire et d’innovation ! Qu’attendons-nous ?
Le 1 janvier 2025, La Pologne prend pour 6 mois la présidence du Conseil de l'Union européenne. Ce grand pays, par sa population et son histoire, est l'un des piliers de l'Europe et notamment de l'Europe de la Défense. Considérant les enjeux internationaux complexes, notamment la guerre en Ukraine, la Pologne a privilégié les thèmes suivants pour sa présidence :
La sécurité est la pierre angulaire de cette présidence. Cela inclut la défense, l'énergie mais aussi les aspects économiques… autant de domaines qui nous renvoient à l'idée d'indépendance stratégique européenne.
Jusqu'au 30 juin, la présidence polonaise va se focaliser sur la sécurité extérieure - incluant la sécurité des frontières - mais aussi sur la sécurité énergétique et économique, à l'heure de menaces de guerre commerciale. Elle sera la vitrine des innovations polonaises et s'accompagnera d'un programme culturel riche qui fera la part belle, en juin 2025, au Festival européen de musique. Une série de concerts sera organisée dans le pays. La coopération et le dialogue seront encouragés, dans l’optique de renforcer notre identité européenne commune.
Introduites en 2009 par le traité de Lisbonne, les présidences tournantes sont confiées à un Etat-membre de l'UE tous les 6 mois. Elle permet de dynamiser l'Union en fixant de nouveaux objectifs et de mieux répartir les responsabilités entre les États-membres. Dirigée par une équipe pro-européenne, pivot de l’aide à l’Ukraine et puissance militaire en pleine expansion, la Pologne semble avoir trouvé le cap vers cette « Europe géopolitique » qui malgré de réels progrès continue de se chercher, selon Pierre Buhler.
Premier acteur mondial du développement durable, écrin d'une culture et d'un patrimoine d'une grande richesse, l'Union européenne apparaît aussi comme un rempart géopolitique face à des grandes puissances parfois agressives. Quoi qu'imparfaite, la construction européenne se poursuit et s'approfondit, au rythme des négociations et des crises dépassées. L'Union européenne représente l'assurance politique suprême de tous les Européens. Il ne s'agit pas pour autant d'être euro-béat mais euro-réaliste, en reconnaissant les faiblesses de l'actuelle construction européenne et en étant résolu à les dépasser.
Les secteurs dans lesquels l'Union est devenue incontournable abondent : libre circulation des personnes et des biens, politique agricole commune, coordination
budgétaire, coopérations transfrontalières, monnaie commune, stratégies en matière de développement durable, de justice, de sécurité, de défense... Il est de notre devoir d'améliorer le
fonctionnement de l'Union pour en faire un acteur d'équilibre des relations internationales, un ensemble géopolitique protecteur, un foyer d'innovation et la première démocratie du monde
!
En Europe, l'exercice de la démocratie nécessite l'engagement des forces vives, des corps intermédiaires, des associations et de chacun d'entre nous. De grands auteurs tels que Platon, Montesquieu, Sieyès, Tocqueville ou Constant ont contribué à forger nos modèles d'organisation sociopolitiques actuels. L'évolution des préoccupations sociales implique un travail et une vigilance permanents pour garantir des équilibres satisfaisants entre implication citoyenne directe et représentation (notamment parlementaire), entre désirs de sûreté et de liberté.
La démocratie se nourrit du débat d'idées. Plus que jamais, il importe de soutenir le pluralisme politique, l'indépendance des médias, la lutte contre la
corruption, la défense des libertés et la tolérance.
La finalité de l'action publique consiste à créer les conditions de la concorde et de l'épanouissement individuel et collectif. De plus, l'engagement citoyen peut emprunter plusieurs voies. Pour moi, il passe par l'écriture d'articles d'opinion, le soutien à l'action parlementaire et au mouvement coopératif et par l'engagement associatif pour la francophonie et le dialogue des cultures. Il peut aussi prendre des formes plus variées de mise à disposition de soi dans la réserve citoyenne, militaire, éducative, mais aussi de volontariat, de service civique, d'action politique, militante, artistique... La voie de l'association et de la coopération, celle de la non-violence, mène à l'épanouissement. Comme le disait Martin Luther King, "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots". Engageons-nous !
Les 17 et 18 février 2022 se tint à Bruxelles le 6e Sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne et de l'Union africaine. Ce fut l'occasion de jeter les bases d’un partenariat renouvelé entre l’UE et l’UA fondé sur la confiance, la coopération et sur des intérêts partagés. Dans le prolongement de ce sommet, l'Organisation des jeunes pour l'Union européenne et africaine organisa au Parlement européen à Strasbourg une activité de rapprochement à laquelle je pris part. Je donnai également une entrevue à Radio Ylla, la radio panafricaine : intensifions les échanges entre les jeunesses africaines et européennes, afin d'abattre les préjugés et d'améliorer notre compréhension des défis communs !
Le centre « Europa Expérience » à Paris, situé place de la Madeleine propose une expérience immersif, pédagogique et gratuite pour mieux connaître l'action de l'Union européenne et en particulier du Parlement européen. Il est le dernier né d'un réseau de centres d'interprétation et de médiation vis-à-vis du public qui trop souvent méconnait l'action des institutions européennes.
Plus classiquement, des centres d'information, comme celui de Bologne en Italie, permettent aux citoyens et notamment aux chercheurs et aux étudiants de trouver des rapports et des brochures sur plusieurs programmes européens, de rencontrer des experts et de participer à des discussions.
Cette École d'automne fut consacrée au thème : les Parlements aux prises avec la Souveraineté et la Subsidiarité, les 23 et 24 septembre 2021. À l'initiative du Professeur Philippe Poirier, avec l'aide de toutes celles et de tous ceux qui ont concouru à ce riche moment de partage - dont M. Stéphane Garon & Mme Laura Gil Besada -, cette école d'automne fut un véritable succès ! Parlementaires, universitaires, administrateurs, doctorants ont apporté des regards complémentaires sur un sujet qui touche directement nos démocraties et organisations fédérales.
Emmanuel Dupuy, président de l'IPSE et Catherine Morin Desailly, sénatrice française, organisèrent en mars 2021 un échange en visioconférence avec Hakima El Haite qui agit aujourd'hui pour défendre la démocratie, les libertés et les droits.
Alors que les thèses illibérales menacent nos organisations démocratiques et in fine nos libertés, l'ancienne ministre marocaine proposa de s'attaquer aux causes profondes du populisme, de déconstruire les discours.
La Commission européenne a ouvert deux enquêtes sur la conformité d'Apple aux règles de concurrence européennes. Le géant américain du numérique imposerait des conditions illégales aux développeurs dans l'App Store et dans le service de paiements Apple Pay. Une commission de 30% est prélevée, captant une grande partie des marges économiques des acteurs de la diversité culturelle (livres, musiques, films...). Au-delà des aspects techniques et d'un probable abus de position dominante, l'Union européenne est dans son bon droit en demandant le respect des règles qui découlent de ses choix de société.
🔶 Les GAFA, par l'optimisation fiscale, ne paient en moyenne que 9% d'impôts dans l'UE (contre 23% en moyenne pour les autres entreprises). La Commission européenne a d'ailleurs imposé il y a 4 ans une amende de 14 milliards d'euros à Apple, lui intimant de reverser à l'Irlande des avantages fiscaux indus. Elle a également prélevé à Google 8,2 milliards d'euros en sanction de pratiques abusives dans la vente et la publicité en ligne. On est loin des idéaux des pionniers de la Toile qui rêvaient d'un espace de liberté et de collaboration...
Dans le contexte des élections européennes, les larmes de la Première ministre britannique démissionnaire m'interpellent.
1 - D'une part parce qu'elles signifient que le navire Britannia s'éloigne un peu plus des côtes européennes, alors que le destin du Royaume-Uni est insécable de celui de l'Europe.
2 - Parce que ces larmes symbolisent l'impasse dans laquelle se trouve un grand pays, une démocratie ancienne, aujourd'hui rongée par des forces réactionnaires souhaitant faire de Londres une place financière offshore, en laissant le reste du pays en proie à l'appauvrissement et au délitement des services publics.
3 - Parce qu'elles nous avertissent de la dangerosité des populistes qui, par la désinformation et le mensonge, orientent les votes des citoyens en agitant le miroir aux alouettes.
4 - Parce qu'arrimé à l'Europe, le Royaume-Uni peut contribuer significativement à notre défense collective...
5 - D'autre part, ces larmes me touchent venant d'une femme politique issue de la classe moyenne, orpheline de ses deux parents à vingt-six ans, ayant gravi tous les échelons du cursus honorum d'outre-manche (la seule avec Margaret THATCHER). Non, Theresa MAY n'a pas démérité, mais elle s'est heurtée au mur de l'intransigeance de ses rivaux politiques, guidés par leur agenda personnel et un manque criant de sens public.
Que de temps, d'énergie et de ressources perdues pour les Britanniques ! Et pour l'UE... En définitive, la sincérité et l'émotion de Theresa MAY, lorsqu'elle affirme avoir son pays chevillé au cœur, ne fait pour moi aucun doute. Mais ce patriotisme national n'est aucunement incompatible avec l'appartenance européenne, de la même façon qu'un parent peut aimer ses deux enfants, sans enlever à l'un ce qu'il donne à l'autre...
Le 25 janvier 2019, je participai à un débat organisé par le collectif "L’éthique plutôt que l’étiquette" à Paris, place Saint-Germain-des-près intitulé "2O ans en 2020 en Europe". L'accueil et l'animation de ce débat furent assurés par Françoise Cauwel, fondatrice de l’Éthique plutôt que l’étiquette ainsi que par Olivier Mousson, président de la Société d’Encouragement pour l’Industrie. S'exprimèrent également Bertrand Vitu, Catherine Sexton, Laurent Bochet, Albert Jean Mougin, Vincent Antoine, Dominique Bertrand.
J'axai son intervention sur le thème de l'initiation à la mobilité, à la citoyenneté et à l'interculturalité, rappelant par exemple que le programme Erasmus, très populaire parmi ses anciens participants (90% d'opinions favorables) avait concerné depuis 1987 quatre millions de jeunes européens, dont 675 000 Français ; qu'il existait également des dispositifs bilatéraux, à l'exemple de l'Office franco-allemand pour la jeunesse (neuf millions de participants de 3 ans à 30 ans depuis le traité de l’Élysée de 1963).
Afin de donner la possibilité aux jeunes d'être davantage partie prenante de la construction européenne, je préconise la création d'un service civique européen
(projet porté par plusieurs collectifs), d'un Erasmus militaire ainsi qu'une plus grande ouverture des institutions européennes aux visites et aux stages. Chaque européen devrait à mon sens être
en mesure de parler au moins trois langues, de bénéficier de stages linguistiques et d'un renforcement de ses compétences interculturelles. Selon Dominique Wolton, "dans un monde ouvert, le
respect et la gestion des différences culturelles sont un facteur direct de paix" .
L’Office franco-allemand pour la Jeunesse / Deutsch-Französisches Jugendwerk est une organisation au service de la coopération franco-allemande qui a pour mission d’encourager les relations entre les jeunes des deux pays, de renforcer leur compréhension et, par là, de faire évoluer les représentations du pays voisin. Depuis 1963, l'OFAJ a permis à près de 9 millions de jeunes Français et Allemands de participer à 360 000 programmes d’échanges. Il subventionne en moyenne chaque année 9 000 échanges auxquels environ 130 000 jeunes ont participé en 2019.
La cheffe de la diplomatie européenne Frederica Mogherini, en visite à Cuba, promeut une politique internationale antinomique de celle du président américain, Donald Trump.
La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Frederica Mogherini, est à La Havane mercredi 3 et jeudi 4 janvier, afin de rassurer ses interlocuteurs cubains sur le maintien de l’attitude d’ouverture européenne. Il est prévu qu’elle rencontre le président du Parlement, ainsi que les ministres du Commerce extérieur et des Affaires étrangères.
Cette « relation forte entre l’UE et Cuba », réaffirmée par la cheffe du Service européen pour l’action extérieure, s’appuie sur une position commune des États membres de l’UE. « Nous développerons l’accord de dialogue politique et de coopération avec Cuba, et nous investirons dans des relations socio-économiques plus approfondies avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes », indique en effet la Stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne.
Le rapprochement entre Cuba et l’Europe – qui est l’un de ses principaux partenaires commerciaux – a été scellé par l’accord de dialogue politique et de coopération, conclu en décembre 2016 et entré provisoirement en vigueur le 1er novembre 2017 (en attendant sa ratification par l’ensemble des États membres de l’UE). Cuba était jusqu’alors le seul pays d’Amérique latine et des Caraïbes avec lequel l’UE n’avait pas conclu de traité bilatéral.
Bruxelles se démarque de Washington
La poursuite de ce rapprochement euro-cubain va à contre-courant du récent « durcissement » américain envers Cuba, qui représente une volte-face au processus d’ouverture. Ce processus partait du principe que l’intensification des échanges avec l’île, notamment des échanges commerciaux, entraînerait davantage de changements positifs que la coercition et la force.
Le basculement de politique américaine envers Cuba, qui avait été impulsé par le président américain Barack Obama en 2014, procédait ainsi d’une démarche plus libérale et pragmatique. À l’évidence, le président américain Donald Trump ne partage pas ces vues. Sur ce dossier comme sur d’autres, il est prompt à vouloir se démarquer de son prédécesseur.
L’Union européenne poursuit donc le processus de normalisation de ses relations avec Cuba, malgré le recul américain. Le déplacement de Frederica Mogherini témoigne d’une certaine manifestation de volonté politique européenne. « L’UE souhaite calmer les choses, réduire les zones de tension. Elle se pose en pacificatrice des relations internationales, à l’opposé de la logique d’affrontement de Donald Trump », explique Philippe Moreau Défarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Les États-Unis ont tendance à « considérer Cuba comme son arrière-cour », rappelle-t-il. Le pays abrite une forte communauté cubaine, dont certains éléments désapprouvent radicalement la démarche d’ouverture envers Cuba. L’un de ces groupes anti-castriste, basé à Miami, le Forum des droits et libertés (ForoDyL), a d’ailleurs dénoncé la visite de la Haute représentante européenne qui n’adopte pas cette ligne dure.
Changement d’exécutif à Cuba en avril
Pendant des années, « les États-Unis ne supportaient pas ce régime crypto-communiste qui lui résistait », rappelle Philippe Moreau Defarges. D’autres considèrent, comme le géopolitologue Dominique Moïsi, qu’avec l’ouverture internationale, « le régime de Raoul Castro veut simplement gagner du temps, retrouver un peu d’oxygène économique pour éviter une explosion sociale. À court terme, le régime cubain peut sembler gagnant. En réalité, le temps ne joue pas pour lui ».
En effet, après dix années au pouvoir, Raul Castro cédera son siège de président le 19 avril. Son frère, Fidel Castro, le « père de la révolutioncubaine » avait dirigé l’île de 1959 à 2006. La mort du « Líder máximo » le 25 novembre 2016 et le départ prochain de son frère de la présidence de la République socialiste semblent tourner la page d’un régime castriste qui a suscité une aussi forte dose d’adhésion que d’aversion.
« Le changement de génération prévu au gouvernement dans les prochains mois » ne devrait guère changer fondamentalement le processus d’ouverture, estime Eduardo Perera, professeur à l’Université de La Havane. C’est en tout cas le pari que fait l’Union européenne. Après 23 mois de négociations pour aboutir à un « accord historique », à un « cadre juridique nouveau » prévoyant « un dialogue politique renforcé, une coopération bilatérale améliorée et le développement d’une action commune dans les enceintes multilatérales », on comprend que Bruxelles ne veuille pas faire machine arrière.
En Autrice, six ministères fédéraux sur treize seront dirigés par des politiciens issus du parti d’extrême droite FPÖ. Qui sont ces ministres dotés des principaux leviers de l’État ?
1. Heinz-Christian Strache, vice-chancelier, ministre de la fonction publique et des sports. À 48 ans, ce prothésiste dentaire de formation au physique de gendre idéal est à l’aise aussi bien dans les boîtes de nuit et sur les réseaux sociaux que dans les arcanes partisans. Amateur d’échecs, « remarquable communiquant, il se distingue par son sens de la formule et par son talent d’appareil, estime Patrick Moreau, spécialiste de l’extrême droite au CNRS à Strasbourg. Il a progressivement adapté son discours au jeu démocratique, en choisissant des termes plus neutres et acceptables ».
Situé à Bazoches sur Guyonne, la Maison Jean Monnet, berceau historique de la construction européenne et propriété du Parlement européen, est un lieu régulier d'échanges et de travail pour les eurodéputés et fonctionnaires du Parlement européen. Ils y organisent des réunions internes mais également des rencontres avec le grand public afin de débattre des enjeux de la construction européenne. Dans le cadre des activités pédagogiques qu'elle réalise auprès de 7000 jeunes chaque année, l'Association Jean Monnet a lancé un cycle de rencontres sous la forme d'un "dialogue structuré" entre un acteur politique et la jeunesse. A cette occasion, je participai le 26 mai 2017 avec Monica Radu à une conférence sur les grandes questions européennes et une visite de la maison de Jean Monnet, en présence du député européen Philippe Juvin.
J'eus également la chance de visiter la Maison de Robert Schuman qui se trouve près de Metz. Le 9 mai 1950, le ministre français proposait la mise en commun du charbon et de l'acier pour dépasser les antagonismes. Un texte fondateur de la construction européenne !
Le chef de l'Église catholique a reçu le prix Charlemagne, qui récompense depuis 1948 les personnes « ayant œuvré pour l'unification européenne ». Il a livré un vibrant plaidoyer pour un nouvel humanisme européen, bienveillant à l'égard des migrants. Au Vatican, dans l'immense salle Regia, antichambre de la chapelle Sixtine, devant un parterre de dignitaires comprenant la chancelière allemande Angela Merkel, le premier ministre italien Matteo Renzi, le roi d'Espagne Felipe VI et les présidents des institutions de l'Union européenne, le souverain pontife a fustigé une Europe repliée sur elle-même, en train de « se retrancher », rappelant son discours Parlement européen.
« Que t'est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l'homme, de la démocratie et de la liberté? Que t'est-il arrivé, Europe terre de poètes, de philosophes, d'artistes, de musiciens, d'hommes de lettres? Que t'est-il arrivé, Europe mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et de grandes femmes qui ont su défendre et donner leur vie pour la dignité de leurs frères? »
Le pape argentin a fait part de ses idéaux européens, exhortant les dirigeants à dépasser les égoïsmes nationaux pour « construire des ponts et abattre des murs ». Alors que le projet politique d'unité européenne semble s'étioler, il a estimé que ceux qui voulaient ériger des barrières entre les pays trahissaient le rêve des pères fondateurs de l'Europe moderne. « Les projets des Pères fondateurs, hérauts de la paix et prophètes de l'avenir, ne sont pas dépassés : ils inspirent, aujourd'hui plus que jamais, à construire des ponts et à abattre des murs ». L'Europe, « encore riche d'énergie et de potentialités », doit « oser » un changement radical de modèle économique, non orienté « vers le service d'un petit nombre, mais au bénéfice des gens et de la société », a-t-il expliqué. Le pape François a dénoncé la « spéculation », la « culture du profit » et « la corruption », prônant le passage d'une économie basée sur la finance à une « économie sociale ». Le pape François, au Vatican, dans l'immense salle Regia, devant un parterre de dignitaires.
Plaidoyer pour les migrants
La crise migratoire divise les États membres de l'Union européenne. Face à la montée des populismes sur l'ensemble du continent, le pape a tenu à adresser un message d'ouverture : « l'identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle », capable d'intégrer les « cultures les plus diverses et sans lien apparent entre-elles », a-t-il martelé. Il estime qu'il faut « regarder l'étranger, le migrant, celui qui appartient à une autre culture comme un sujet à écouter, à considérer et à apprécier ».
« Je rêve d'une Europe qui prend soin de l'enfant, qui secourt comme un frère le pauvre et celui qui arrive en recherche d'accueil parce qu'il n'a plus rien et demande un refuge. [...] Je rêve d'une Europe où être migrant ne soit pas un délit »
Lors de son déplacement en Grèce le mois dernier, le chef du Vatican avait attiré l'attention médiatique sur la « crise humanitaire » touchant l'île de Lesbos, dont le camp de transit pour
réfugiés et migrants était devenu un camp de rétention. Symbole marquant de son pontificat, François était reparti avec trois familles syriennes, soit 12 personnes, accueillies au Vatican. «
Quand vous prenez 12 réfugiés syriens, en proportion de la population du Vatican, c'est plus que pour aucun État membre de l'Union européenne », a souligné le président de la Commission
européenne, Jean-Claude Juncker, qui a eu ces mots pour remercier le pape : « Vous remplissez nos cœurs d'un nouveau courage ». « Je rêve d'une Europe dont on ne puisse pas dire que son
engagement pour les droits de la personne a été sa dernière utopie », a conclu le pape François.
Plus importante simulation francophone reproduisant le fonctionnement du Parlement européen, la SPECQUE réunit environ 180 jeunes francophones venant d'Europe, du Canada et d'ailleurs.
En 2015, j'endossai le costume d'eurodéputé pour débattre du détachement des travailleurs dans le cadre de la libre circulation des services ; de l'établissement d’un système européen de
gardes-frontières ; de l’intégration des télécommunications sans-fil et de stratégie humanitaire européenne. Cette simulation, qui respecte le règlement et le protocole du Parlement
européen et qui s’effectue du reste sous son haut patronage et avec le soutien de certains députés, permet de mieux appréhender le processus législatif européen.
Les valeurs du centre s'enracinent dans le terreau du libéralisme philosophique et de la démocratie d'inspiration chrétienne.
A l'heure où l'excessive bipolarisation de la vie politique ne répond plus à l'exigence démocratique de représentativité pluraliste de l’opinion des citoyens, les valeurs centristes apparaissent comme des remparts face à la montée des extrémismes – notamment de l’extrême droite – et tracent une voie alternative aux politiques alternées de droite et de gauche. L’affirmation du centre participe ainsi à l'élargissement d'une offre politique bien trop contractée.
La liberté est au cœur du système de valeurs centriste
Dans une société, la liberté individuelle est gage de progrès collectif. Elle est la condition sine qua non du fleurissement des arts, des lettres, des sciences et des lois justes. Les hommes naissent libres, et doivent le rester. Libres de s'exprimer selon leur conscience. Libres de choisir leur culte et de le pratiquer. Libres de choisir leur vie et leurs partenaires. Libres d'entreprendre et de s'associer. Libres de prendre part aux décisions politiques dans les territoires de la République. La liberté est le combat permanent des centristes parce que celle-ci n'est jamais acquise, qu'il peut y avoir des retours en arrière et que, comme l'a dit Périclès, "il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage". Du point de vue de l'organisation de l’État, la liberté est mieux garantie s'il existe un système de contrôle constitutionnel indépendant, une séparation équilibrée des pouvoirs, une juste représentation des corps intermédiaires et une décentralisation qui permet de lutter contre le désintéressement des citoyens à l’égard de l’engagement public.
La forme républicaine du régime politique
Les centristes, notamment les radicaux, ont beaucoup œuvré pour que les valeurs républicaines s'imposent dans la conception générale de l'intérêt public. Attachés au rôle majeur de l'Ecole, intransigeants vis-à-vis d'un Etat qu'ils veulent impartial - c'est-à-dire ne confondant pas les intérêts publics, privés et partisans, composé d'institutions neutres et d'un pouvoir judiciaire indépendant -, ils refusent toute forme de discrimination, fidèles au préambule de la constitution de 1946 selon lequel "nul ne peut être lésé [...] en raison de ses origines, de ses opinions, de ses croyances". Pour eux, la laïcité est un principe fondamental sur lequel nul ne saurait transiger. La loi de 1905 concernant la séparation de l’Eglise et de l’Etat est claire : « La République assure la liberté de conscience et elle garantit la liberté de culte ». Dans la République, l'égalité des chances doit également être garantie, conformément à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 posant que « tous citoyens étant égaux [aux yeux de la loi], ils sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».
La tolérance
Accueillant la diversité comme une richesse, rejetant la démagogie, le centre ne cherche à stigmatiser ni exclure aucune catégorie d'individus pour d'hypothétiques succès électoraux. A l'inverse des extrêmes qui utilisent cette technique de l'exclusion pour fédérer les peurs et susciter une adhésion "par la négative" à leurs discours, le centre est inclusif et souhaite associer chacun au dessein national et européen de prospérité collective. Il s'oppose également aux fanatismes idéologiques et religieux en prônant une coexistence pacifique des cultures et des religions.
La solidarité
La préoccupation sociale, qui imprègne l'univers mental des centristes, favorise l'idée selon laquelle la démocratie doit être solidaire. La solidarité, ce sens de l'entraide, de la cohésion, de la coopération, est une valeur que le centre partage sans doute avec la gauche. Pour les centristes, elle doit être mise en œuvre non seulement par l'Etat, mais aussi par les corps intermédiaires telles que les associations, les syndicats, les églises, les familles, les mutuelles et les coopératives. Si la démocratie se doit d’être solidaire, l'économie doit aussi être au service de l'homme, concourir à la satisfaction des besoins humains, dans le respect de l'environnement.
L’écologie
Une montée en puissance de la préoccupation écologique parmi les cercles de pensée centristes s’observe depuis les années 1970, corrélativement à une tendance générale de la société française. Les centristes considèrent que le combat pour le développement durable ne saurait être l’apanage d’un parti écologiste, qui plus est rangé à gauche. L’UDI et le Modem sont des partis qui développent une vision et des prises de positions politiques responsables sur le plan environnemental. Fondateur de l’UDI, Jean-Louis Borloo incarne cette conscience centriste de l’écologie responsable.
L'Europe comme projet de civilisation
Historiquement, la construction européenne s'est faite dans l'intérêt de la paix. Dès l'entre-deux-guerres, les démocrates chrétiens Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi nouent des contacts utiles au sein du Secrétariat international des partis démocratiques d'inspiration chrétienne, créé à Paris en 1925. Pendant la guerre, les centristes s’engagent en nombre dans la Résistance, à l'exemple de Gilbert Dru, mort fusillé par la Gestapo, ou de Georges Bidault, président du Conseil national de la résistance et fondateur du Mouvement républicain populaire (MRP, parti majoritaire en France en 1946). C'est à Georges Bidault et Robert Schuman que l'on doit l'initiative de la réconciliation franco-allemande et le lancement du Conseil de l'Europe à Strasbourg en mai 1949 puis de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) le 9 mai 1950. D'après René Rémond, "c'est l'Europe unie qui fut - et reste pour l'histoire - la plus grande gloire du MRP, héritier de la Résistance au nazisme. C'est une sorte de miracle que ce moment de l'Histoire, au début des années 1950, où se concentraient trois grands démocrates européens (Schuman, Adenauer, de Gasperi) pour construire, sous l'inspiration de Jean Monnet, une Communauté européenne du Charbon et de l'Acier, prototype de l'Union européenne". Plus tard, ce sera un autre centriste, Valéry Giscard d'Estaing qui, avec Raymond Barre comme premier ministre, inventera le Conseil européen et décidera de l'élection des députés européens au suffrage universel direct.
A présent, les centristes appellent de leurs vœux une Europe politique, économique, sociale et culturelle capable de porter un espoir pour la jeunesse dans une mondialisation caractérisée par une reconfiguration géopolitique de la puissance des nations et des ensembles régionaux. La construction européenne, qui fait partie du "rêve centriste", reste un grand projet collectif permettant de mutualiser des moyens de production (industriels, énergétiques, artistiques...), de lancer des programmes de recherche et de développement d’envergure internationale, de gérer les grands enjeux régionaux (immigration, environnement, sécurité, défense...) et de peser davantage sur la scène mondiale.
Pour autant, loin d'être satisfaits par l'organisation actuelle de l’UE, les centristes travaillent, en particulier de façon assidue au Parlement européen, à ce que leur rêve d'union démocratique et sociale des peuples européens, véritable projet de civilisation, devienne une réalité au XXIème siècle.
La première université de rentrée de l'Union des Démocrates et Indépendants eut lieu à Poitiers les 14 et 15 septembre 2013. Une occasion de faire le point sur la première année de ce mouvement fondé par Jean-Louis Borloo et de prendre part à de nombreux ateliers thématiques stimulants. A cette occasion, je participai à des ateliers destinés à élaborer le projet européen de l'UDI. Quelques mois plus tard, ces propositions furent mises en forme et nourrirent le programme politique des élections européennes.
Voici quelques unes des propositions formulées par l'UDI et le Modem à l'occasion des élections européennes de 2014 :
La France souffre d'une offre politique trop contractée. Les médias accordent une place insuffisante aux discours et aux
propositions des partis minoritaires, notamment centristes et écologistes. Inaudibles parce qu'on ne leur accorde pas la parole, ils ne sont pas en mesure de
proposer aux Français une alternative
Lors de la campagne des Européennes en France en 2014, les Jeunes Démocrates et les Jeunes UDI des départements franciliens, militants pro-Européens, allèrent manifester leur mécontentement contre les médias (LCI, Europe 1 et Le Figaro) qui organisaient l'Eurodébat entre les trois "gros partis", PS, UMP et Front national, sans permettre à un vrai parti européen de le contredire. Cette action fut relayée sur les réseaux sociaux et par le Huffington Post.
A l’occasion d’une conférence que je co-animai à Sciences Po le 26 mars 2014, le philosophe et historien Marcel Gauchet partagea sa conception de « la crise de l’identité française ». Élève de Claude Lefort et admirateur de Pierre Clastres, rédacteur-en-chef de la revue Le Débat, Marcel Gauchet était l’auteur de plusieurs ouvrages de référence (Le Désenchantement du monde, 1985 ; La condition historique, 2003 ; L’avènement de la démocratie, t. 1, 2, 3, 2007 – 2010). Selon lui, la France négocia mal le tournant des années 1970, marquées par le choc pétrolier de l’automne 73, les réformes néolibérales et libre-échangistes, l’extraversion des économies et l’individualisation des sociétés.
« La France est mal à l’aise dans ce changement de monde qui contrevient à son identité », a-t-il soutenu. Il a comparé cette situation avec celle des Trente Glorieuses, durant lesquelles la France était « à l’aise ou à peu près… », tandis que l’action d’un État social et régulateur organisait la reconstruction et la modernisation du pays et que le contexte international de la Guerre Froide permettait à la France de rayonner par une politique d’indépendance.
Au tournant des années 1975, la conception du rôle de l’État a changé. L’économie a pris le pas sur le politique, le contrat sur la loi, le commerce sur l’ingénierie, le privé sur le public, les sciences appliquées sur les sciences pures, tous domaines où les Français excellaient. Ceux-ci ont vécu la mondialisation, ce nouvel univers culturel, comme une défaite, d’où le malaise actuel, toujours selon Marcel Gauchet.
Le mirage de la société post-industrielle a conduit à la désindustrialisation française ; on s’est imaginé que l’on pouvait, avec la répartition internationale des tâches, se réserver la R&D et « laisser aux pauvres la production industrielle ». L’Allemagne a vu le caractère factice de cette théorie. La « malheureuse Allemagne des années 1990 » a pris un avantage compétitif. Dans le même temps, Marcel Gauchet juge que l’élargissement européen a été une « fuite en avant » et un « enlisement », preuve de l’incapacité des pays européens à se projeter.
La financiarisation de l’économie et l’explosion des nouveaux outils financiers ont mené à la catastrophe de 2008. Après avoir énoncé sa lecture de l’histoire récente, l’intellectuel a dénoncé de la déroute des élites dirigeantes du pays, dont le bilan est, selon lui « accablant ». Ces élites politiques ont divorcé avec le peuple. Il y a eu une fracture et la montée des protestations et du FN traduisent un désespoir politique. Pour surmonter la crise actuelle, il faut d’abord être lucide sur l’état des lieux. Croyant qu’« aucun pays n’abandonne ce qu’il est », le philosophe a appelé les jeunes à élaborer « un nouveau projet, adapté à la France et à son héritage historique ».
Le texte ci-dessous explique bien, dans une langue accessible, les principaux ressorts de l'extrême droite et les éléments qui étayent son discours. Ces extraits sont issus de l'ouvrage de François Reynaert et Vincent Brocvielle, Nouveau manuel de culture générale, Paris, JC Lattès, 2012, p. 260-263
Successivement diplomate, secrétaire général de l’Élysée, ministre des Affaires étrangères, ministre de l'Intérieur et Premier ministre, Dominique de Villepin s'illustra dans sa défense de la France et de la paix. Il fonda en 2010 le mouvement République solidaire.
J'aimais son panache, sa hauteur de vue, sa verve républicaine ! Il incarnait l'espoir d'une France réconciliée, dotée d'un gouvernement d'union nationale. A Aix-en-Provence, aux rencontres des écrivains du Sud, il avait livré un discours stupéfiant sur la poésie et m'avait dédicacé l'un de ses ouvrages avec une citation de Fernando Pessoa : Ce que tu fais, fais-le suprêmement ! Tout un programme...
Extrait de son livre programmatique Seul le devoir nous rendra libres, éditions du Cherche-Midi, 2012 /
Au bout de ce chemin du devoir, il y a l'indépendance retrouvée, une indépendance regagnée par une refondation européenne et une vraie souveraineté partagée. Voilà un véritable « trésor national » que nous devons conserver et faire fructifier. La première grande politique à mener, c'est celle d'une vaste relance de la construction européenne : les sujets ne manquent pas, qu'il s'agisse des transferts budgétaires, de l'Union fiscale, des euro-obligations, du programme Erasmus, permettant à nos jeunes un an de vie dans un autre pays européen. […]
Quel est le sens de ce projet ? La réconciliation que nous cherchons depuis des siècles entre l'individu et la société, entre chaque Français et le pouvoir. Nous l'avons poursuivie, parfois approchée lorsqu'il ne semblait que l’État, la politique, la nation reconnaissaient et soutenaient les talents, les aidaient à trouver leur voie, ne négligeaient pas leur épanouissement. Souvent, au contraire, nous avons pensé que tout ce qui était collectif agissait contre notre liberté.
C'est le cas aujourd’hui, car chacun a le sentiment d'être bridé, que sa réalisation se fera contre et non avec les puissances établies, la société, la nation. Réconcilier dans l'esprit de chaque Français l'individuel et le collectif, c'est le sens de mon combat et c'est aussi la condition de notre réussite collective. Le devoir a un grand rôle à jouer dans cette réconciliation. C'est quand chacun, à sa place dans la société et dans l’État, se pose la question de savoir où est son devoir qu'il devient un citoyen, parce qu'il pose en même temps la question de son devenir et celle du devenir commun. L'esprit de citoyenneté nous sauvera. Une société de citoyens est une société libre. Faisons notre devoir, et nous verrons notre pays se redresser et progresser sur le chemin de la liberté.