Depuis 2014, je plaide pour que les coopératives soient considérées comme des modèles organisationnels efficaces pour accompagner le développement humain, dans le respect de l'environnement. Je crois en l’émergence de ce modèle socio-économique fondé sur la coopération. Selon le dictionnaire Flammarion, le coopératisme est une « théorie prônant l’extension des coopératives de production et de consommation, en vue de résoudre le problème des échanges ». Mais c'est bien plus que cela. Le coopératisme peut devenir le dénominateur commun de l’économie du partage, de l’économie circulaire et de l’économie sociale.
Le coopératisme est un régime économique mal connu qui ne relève ni du capitalisme ni du communisme. Il regroupe les coopératives et le mutuelles. Le coopératisme a une histoire et une actualité sur les cinq continents. Solidarité, fonctionnalité, circularité sont les maître-mots du coopératisme, modèle socio-économique que j'ai observé de près en Amérique du Nord, en Europe, en Afrique et en Haïti.
Ce modèle compte des atouts et des réussites indéniables comme le mouvement Desjardins au Québec. Ses potentialités sont considérables, à condition de prendre conscience de l'alternative qu'il offre à l’accumulation excessive du capital, au court-termisme, à la spéculation et au déni de la finitude des ressources. Toutefois, sans un effort de conceptualisation et de regroupement des pratiques économiques vertueuses (écologiques, numériques, fonctionnelles…), le coopératisme restera marginal, ne dépassant pas le seuil des 10% des emplois de la richesse. C’est donc à nous de le choisir, de le construire et de le promouvoir. L'objectif est bien de parvenir à une prospérité partagée, équitable et durable.
En juin 2016, face à la monté des précarités, l'Organisation pour la coopération et le développement économiques - OCDE a alerté ses 34 États-membres sur le niveau de chômage, la faible progression des salaires et l'accroissement des inégalités. En 2017, 39 millions de personnes étaient sans emploi, soit 6,5 millions de plus qu'en 2007. De surcroît, 15% des jeunes n'étaient ni scolarisés ni au travail, tandis que les aînés vivaient avec des revenus de pensions inférieurs à ce qu'ils étaient en l'an 2000. L'OCDE a constaté qu'il faudrait 70 ans aux populations de ses pays-membres pour doubler de niveau de vie, deux fois plus qu'il y a vingt ans. Face à la faiblesse des investissements et à la menace de stagnation, elle encourageait à prendre des initiatives pour doper la croissance, stimuler l'innovation et investir dans les infrastructures. (Le Devoir, 4 & 5 juin 2016, pp. C1 et C2.)
Les centaines d'initiatives écologiques, sociales et solidaires qui fleurissent sur notre territoire sont en train de constituer silencieusement un nouveau modèle socio-économique. S'il fallait lui donner un nom, nous l'appellerions Coopératisme, parce qu'il se fonde essentiellement sur l'esprit de coopération et adopte les structures traditionnelles du mouvement coopératif (coopératives, mutuelles et associations). En 2013, près de 250 coopératives ont vu le jour. Cela représente le choix de 1800 personnes de mettre en commun leurs moyens, leur intelligence et leur force de travail, en vue d'améliorer leur condition d'existence et de répondre à des besoins de société.
La COP21 peut certes aboutir à un accord mondial de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais ce sont nos modes de production et de vie qui vont décider réellement si l'augmentation de la température moyenne de la planète dépassera ou non le seuil des 2°C, au-delà duquel les conséquences en chaîne des dérèglements climatiques deviendront incontrôlables. Pour changer les comportements, les bonnes volontés individuelles ne suffisent pas; il faut reconfigurer notre logiciel économique. Trois clefs peuvent être actionnées pour entrer dans l'éconologie du XXIe siècle.
Des pratiques financières alternatives émergent et ouvrent de nouvelles perspectives. Ces pratiques, ce sont le sociofinancement / crowdfunding, l’actionnariat éthique et l’épargne solidaire. D’une certaine manière, elles indiquent la direction du changement souhaitable. Peuvent-elles se développer et, demain, révolutionner la finance ?
Elles ont osé : entreprendre, échouer, rebondir ! Vingt entrepreneures de talent ont présenté leurs projets innovants lors de la finale du concours BE A BOSS, le 21 septembre 2023. Gestion administrative simplifiée, fertilisants naturels, optimisation du vrac en magasin, valorisation des coquilles d’œuf dans une logique d'économie circulaire, traitements médicaux innovants, engagement solidaire en entreprise, planification écologique en agriculture, lutte contre l'exclusion numérique, location de jouets responsables... Ces projets entrepreneuriaux portés par des femmes répondent à des demandes de société et contribuent au dynamisme économique français. J'ai eu l'honneur de faire partie du jury national de cette finale, représentant l'association Citizen entrepreneurs et sa présidente, l'entrepreneure Areeba Rehman.
Lors de cette finale, des discussions stimulantes eurent lieu sur les agilités nécessaires pour entreprendre ainsi que sur les levées de fonds, la recherche et développement, le déploiement à l'international. Chaque entrepreneure doit rendre intelligible ce qu'elle a au fond d'elle pour être convaincante et victorieuse !
À la veille du sommet mondial des coopératives, le 9 octobre 2016, le forum G2ESC (dont je fus le président du comité d'organisation) a rassemblé des gestionnaires, des administrateurs, des professeurs et des étudiants autour du thème de la gestion et de la gouvernance des entreprises sociales et collectives. Ces organisations autonomes, économiquement viables et démocratiquement gérées répondent aux besoins de leurs membres et de la collectivité selon des valeurs de justice, de solidarité et de responsabilité. Ce forum a abordé les méthodes, les subtilités de gestion et les meilleures pratiques de gouvernance de ces organisations, dans une perspective d’innovation en sciences de la gestion.
Cet événement a été salué comme une démarche positive pour rapprocher les décideurs publics et les acteurs de l'économie sociale et collective. je remercie nos participants et nos partenaires : l'Association francophone pour le savoir (l'ACFAS, à travers le fonds René Pomerleau), la Caisse Desjardins de l'Administration et des services publiques et le Bureau des diplômés de l'ENAP.
Sommet 2016
Le 3e Sommet international des coopératives, qui portait sur le thème "Le pouvoir d'agir des coopératives", a réuni 3000 participants en provenance de 90 pays, dont plusieurs dizaines de jeunes leaders dont je faisais partie. Les nouveaux enjeux socioéconomiques, financiers, alimentaires, sanitaires, assurantiels, géopolitiques et commerciaux ont été abordés, ainsi que la contribution des coopératives à l'atteinte des objectifs de développement durable de l'ONU. Des conférenciers de renommée internationale se sont exprimés - notamment le prospectiviste Jeremy Rifkin - sur la pertinence des coopératives pour partager la valeur, lutter contre les inégalités, innover à l'ère du numérique et des plateformes de mise en relation et de partage, restructurer le système économique mondial et respecter l'environnement. Ce fut l'occasion pour moi et les autres jeunes leaders (qui bénéficiaient d'événements et de petits-déjeuners conférences dédiés) d'améliorer notre compréhension du phénomène coopératif mondial et de sa structuration en une force de changement au service du mieux-être des populations.
Sommet 2014
Rencontres, conférences, expositions, performances : ce deuxième Sommet international des coopératives fut le grand rendez-vous du monde coopératif organisé par le mouvement Desjardins et l'Alliance coopérative internationale dans la capitale nationale québécoise.
Cette deuxième édition fut un véritable succès, notamment grâce à la participation du groupe des jeunes leaders, auquel je fus partie prenante. Je remercie à cet égard l'OFQJ et témoigne de mon admiration à celles et ceux qui pensent et vivent le modèle coopératif au quotidien, partout à travers le monde. Ce modèle est porteur d'espoir. Cette année, il avait le visage de deux femmes déterminées : Dame Pauline Green et Monique Leroux.
Co-lauréat en 2014 du concours La Parole aux étudiants, j'ai été invité à m'exprimer le 4 juillet lors des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence devant un parterre de chefs d'entreprises, de responsables publics et de jeunes entrepreneurs. Mon intervention a porté sur les atouts du modèle coopératif et sur la nécessité d'un réinvestissement des citoyen dans la démocratie publique et la démocratie d'entreprise.
« La politique, disait Aristide Briand, c’est « l’art de concilier le désirable avec le possible ». Regagner notre capacité d’action, cela passe selon moi par un surcroît d’engagement citoyen et par l’impulsion d’une nouvelle orientation économique. Réinvestir le politique, c’est avant tout ne pas s’en désinvestir, se désintéresser de la démocratie et laisser le pouvoir à ceux qui n’en usent pas de façon éthique. Aujourd’hui, la politique est une boîte noire, alors qu’elle devrait être une agora où de nouveaux talents, issus du monde économique, social et culturel, accéderaient aux responsabilités. Le pouvoir doit être partagé et l’idée de Participation, chère au Général de Gaulle, reste une idée neuve.
L’engagement associatif est également une façon de s’investir dans la vie de la Cité pour prendre part à des combats collectifs : combat contre la pauvreté et l’exclusion, par exemple ; combat pour l’écologie et la biodiversité, qui n’est pas le moins important ; combat contre le racisme, etc. Le changement ne se fera pas sans la mobilisation des citoyens qui coproduiront leur destin politique.
Mon deuxième message, c’est que dans le contexte actuel, l’immobilisme est la pire des stratégies. Il en va de la responsabilité du politique de proposer et d’impulser une nouvelle orientation économique. Le système néolibéral est insatisfaisant tant sur le plan humain que sur le plan écologique. Alors il faut imaginer un autre système, conciliant prospérité, équité et durabilité. Depuis plusieurs mois, j’ai une conviction. La conviction qu’il faut généraliser le modèle des coopératives qui résiste mieux à la crise et qui répond aux aspirations contemporaines.
Ces structures économiques, fondées sur un contrat d’association, dessinent les contours d’un régime socio-économique plus juste. Le Coopératisme est le cadre conceptuel adéquat pour penser les interactions entre l’économie sociale et solidaire (ESS), l’économie du partage et l’économie circulaire.
Je voudrais dire pour finir que l’essor de ce modèle ne se fera pas sans investissements prioritaires. Des fonds d’investissements coopératifs doivent se créer ; l’épargne, aussi bien l’épargne des ménages que l’épargne salariale doit être mieux ciblée ; et des prêts plus facilement octroyés pour soutenir la création ou la reprise d’activité en coopératives. Pour donner l’exemple, j’ai proposé au Cercle des Économistes de fédérer, au sein d’une coopérative d’activité et d’emploi, les différents projets exprimés à l’occasion de ce concours par les jeunes.
En conclusion, la politique doit réinvestir le champ des propositions. Je crois avec force que le coopératisme offre un nouvel horizon de progrès socio-économique pour la République et pour l’Europe. Rien ne se fera sans nous. Et c’est ensemble que nous pourrons réussir. »
Sur le thème Réussir une mondialisation inclusive, la Conférence de Paris 2019 du FEIA a été ouverte par Angel Gurria, secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et Nicholas Rémillard, président-directeur général du Forum économique international des Amériques...
Les 4 et 5 septembre 2017, le Forum Convergences a réuni les acteurs internationaux publics et privés du développement dans le but de trouver des convergences économiques, écologiques, financières et solidaires. En plus de ma participation, j'ai apporté bénévolement un appui à la communication numérique de ce forum international.
La BRED, fondée en 1919 par Louis-Alexandre Dagot à Vincennes, est la plus importante des banques populaires françaises, au sein du groupe BPCE. Cet ensemble de caisses coopératives compte
200 000 sociétaires en 2019. J'étais présent le 12 mars 2019 au grand palais pour célébrer cette réussite coopérative française.
Tenues au théâtre Liberté, elles furent une célébration du modèle coopératif, de l'engagement citoyen et de la responsabilité sociétale et environnementale. Un expert aborda l’urgence climatique pour nous éclairer sur cet enjeu majeur pour le territoire provençal. Ensemble, nous pouvons agir sur le terrain, solidairement. C'est tout le sens des trophées qui furent remis aux acteurs associatifs de terrain par la présidente de la caisse, Catherine Barnel.
En juillet 2019, l'Université Peleforo Gon Coulibaly a accueilli la première édition du projet Horizon 2030 de Francophonie sans frontières qui vise à l'atteinte des objectifs du développement durable des Nations-Unies et plus particulièrement à stimuler l'entrepreneuriat collectif, durable et inclusif des jeunes.
En marge des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence en juillet 2021, je me suis entretenu avec le ministre sénégalais Papa Amadou Sarr. Cet entretien porta sur le soutien à l’entrepreneuriat, la francophonie économique, la circulation des personnes et les échanges internationaux. Aux mêmes rencontres économiques d'Aix, en 2014, j'avais appelé les jeunes à s'investir dans le mouvement coopératif.
Audrey Benoît préside Haricot, première plateforme de sociofinancement (francisation de crowdfunding) au Québec. Le 22 janvier 2016, elle donna à l'ENAP Montréal de bons conseils pour réussir une démarche de levée de fonds participative.
La première clef est la narration : il faut raconter une histoire, impliquer l'internaute à son projet ; à cet égard, une vidéo personnalisée, si possible avec une personne qui nous parle, multiplie par 4 les contributions.
A l'inverse, présenter un projet avec des fautes d'orthographe les divise par 2. La clef de la réussite d'un projet est son potentiel de diffusion. La présence sur le web, les blogs et dans les journaux est cruciale, de même que la mobilisation de porte-paroles.
Enfin, il convient d'attribuer des contreparties aux contributeurs, sous forme de donations, de prêts, de récompenses...
En septembre 2021, l'Abécédaire des institutions publia un article intéressant sur l'habitat coopératif à Genève.
J'ai rencontré le directeur de Caritas Suisse à Delémont, dans le Jura pour discuter de l'appel de son association pour une Suisse sans pauvreté afin de garantir une vie digne et la Sécurité sociale à toutes les personnes vivant en Suisse.
Ce pays, au PIB par habitant élevé, a les moyens de réaliser cette ambition. Il peut devenir un exemple en Europe et dans le monde en matière d'éradication de la pauvreté. Selon Caritas Suisse, cela se traduirait par la mise en place de six piliers :
Charles de Gaulle donna une traduction politique au projet de Sécurité sociale après-guerre ; il créa les comités d’entreprise en 1945, encouragea l’intéressement des salariés aux bénéfices des entreprises en 1959, puis en 1967. Cet apôtre de l’« association capital-travail » n’a malheureusement pas eu l’opportunité politique de mettre en œuvre son idée sociale la plus novatrice de participation.
Les extraits reproduits ci-dessous
proviennent de l’ouvrage De Gaulle mon père, cosigné par Philippe de Gaulle et Michel Tauriac (ce-dernier pose les questions en bleu)
« - Certains lui ont dénié la paternité de la Sécurité sociale. Ils l’ont attribuée au Comité national de la Résistance…
- En fait, c’est lui qui a été le moteur de toutes les réformes sociales lancées à la Libération, et non le CNR qui, je le rappelle, a été dissous par définition au retour du gouvernement d’Alger à Paris. Le nier est dérisoire. S’il a fait étudier l’organisation et le fonctionnement de la Sécurité sociale par d’autres, c’est lui qui en a donné l’impulsion, et il est le vrai signataire des deux décrets qui ont décidé de son exécution. […] C’était à la fin de juin 1963 […] Il commençait à préparer à cette époque la conférence de presse qu’il devait donner à l’Elysée un mois plus tard sur l’Europe, l’Alliance atlantique et la situation économique et sociale. C’est ce dernier sujet qui l’a amené à la Sécurité sociale : « Quand je l’ai créée, s’est-il souvenu, j’avais les syndicats contre moi. Fidèles à leur tactique de lutte des classes, ils refusaient ce qui était octroyé et non pas arraché. Ils craignaient en outre de perdre le monopole des assurances sociales et des mutuelles catégorielles. Le système ne devait être qu’un premier pas en faveur d’une population trop fruste économiquement pour comprendre que chacun doit cotiser contre la maladie et le chômage et pour sa retraite. Aussi ai-je d’abord obligé les patrons à assurer les inscriptions et la plus grande partie des cotisations. Puis les modalités auraient dû basculer progressivement au cours des décennies jusqu’à ce que chacun assume en totalité ses responsabilités. L’employeur couvrant de toute façon ce qui est de la sienne c’est-à-dire les assurances contre les accidents professionnels. Pour les retraites, c’est à chacun touchant la totalité de ses gains ou salaires de cotiser ce qu’il peut quand il veut à une caisse centrale d’État par exemple. » Ainsi, pensait mon père, n’aurait-on plus à discuter indéfiniment de la nature des activités de chacun ni de l’inclusion des primes ou indemnités dans la retraite. Naturellement, les chômeurs devraient être toujours secourus par l’État et les sommes versées par chacun pour sa sécurité seraient intégralement défiscalisées puisqu’elles ne sont pas des revenus disponibles. Je lui ai alors fait remarquer qu’avec ce système de responsabilité personnelle du citoyen il aurait eu un million de pauvres types qui n’auraient pas voulu, pas su ou pas pu cotiser par eux-mêmes. Il m’a répondu en laissant tomber ses grandes mains sur ses genoux d’un air las : « De toute façon, quel que soit le système, nous aurons toujours un million de pauvres types sur les bras mais on ne peut quand même pas ramener tout le monde à la minorité à la traîne. Pour celle-là, il faut, bien entendu, prendre des mesures de solidarité par répartition. » Quand il est parti, les syndicats se sont appropriés la Sécurité sociale et l’ont noyautée.
- Les syndicats n’ont pas été les seuls à lui être hostiles. Le patronat a lutté contre certaines de ses réformes sociales. Comment jugeait-il cette unanimité contre lui ?
- […] C’est vrai qu’il a été très mal vu du patronat quand il a créé, en 1945 également, les comités d’entreprise. Des membres du personnel pouvaient assister au conseil d’administration des entreprises avec possibilité de se faire entendre ! On n’avait jamais connu cela. C’était une véritable révolution. Les patrons on immédiatement crié : « Dès que nous allons amener les ouvriers au conseil d’administration, ça va être la lutte des classes. On ne pourra plus rien faire. On ne pourra plus diriger l’entreprise. On est bon pour l’anarchie. » Et ils ont pensé que mon père s’était laissé inspirer par les communistes. Ces derniers avaient des ministres dans le gouvernement de la République dont il était alors, souvenons-nous, président du Conseil. Le patronat a donc freiné des quatre fers. Mais mon père a tenu bon. […]
- Il a eu moins de chance avec l’association capital-travail, puis avec la participation…
- Peut-être a-t-il voulu aller trop loin, trop tôt. Mais il y pensait depuis si longtemps ! Depuis 1942, à Londres. Il parle alors des nouveaux rapports que l’on va devoir établir dès la Libération entre les classes sociales et d’une meilleure répartition des ressources. Le 20 avril 1943, dans un discours à la BBC, il brosse un tableau de la future société française « où les libres groupements de travailleurs et de techniciens soient associés organiquement à la marche des entreprises ». En janvier 1948, à l’époque du RPF, quand il lève le lièvre pour la première fois, c’est l’alerte rouge non seulement chez les patrons mais aussi dans les syndicats. Quel tollé après son discours de Saint-Etienne, place des Ursules ! Qu’a-t-il dit ? « La classe ouvrière voit s’offrir à elle le moyen de jouer le grand rôle qui lui revient, et que la dictature du parti que vous savez [le PC] lui refuserait, tout comme lui refusait le capitalisme d’antan, comme le lui refuse la confusion d’aujourd’hui… » Et il annonce l’association capital-travail. Je le revois à Colombey, un mois plus tard […] Il tient à s’expliquer : « Les comités d’entreprise créés en 1945, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. Ils touchent peu l’ensemble du monde du travail. Ils n’ont pas fait tache d’huile. L’association, voilà l’avenir. » Je lui rétorque alors que l’initiative est peut-être un peu trop audacieuse. Comment un patron pourra-t-il admettre que son employé ait son mot à dire sur la direction de son travail et que sa rémunération soit proportionnelle au rendement global de l’entreprise ? Il balaie mon objection […] : « Le salarié a le droit aujourd’hui à son indépendance comme tous les états professionnels. Il doit pouvoir intervenir dans ses propres affaires. C’est ça, la liberté. » […] A son retour au pouvoir, les ordonnances de janvier 1959, puis celles d’août 1967 sur l’intéressement dans l’entreprise sont lancées. Sans toutefois provoquer de raz de marée. Mais ce sont les premières pierres du gué. Mon père est optimiste. Elle couronnera mon œuvre sociale. » On sait que, criant aux Soviets dans l’entreprise, le patronat lui déclarera alors la guerre et que les syndicats acharnés à défendre leur exclusive ajouteront leurs banderilles.
- Pourquoi a-t-il abandonné l’idée de proposer la participation au cours du référendum d’avril 1969 avec la réforme du Sénat et la régionalisation, trois thèmes qui semblaient liés et dont il avait pourtant parlé dans sa conférence de presse quatre mois auparavant ?
- Parce qu’il a senti que les Français s’en désintéresseraient. […] Les événements de mai 1968 ont montré le blocage de notre société à cause de la centralisation excessive de la France. « Nous sommes, m’explique-t-il, dans un pays où le château d’eau, l’éclairage ou l’organisation scolaire d’une petite ville doivent remonter au sommet pour trouver leur solution. Cette pratique ne laisse ni assez de liberté ni assez de responsabilités aux locaux et charge excessivement l’État. Ma réforme permettra aux régions de concourir aux décisions qui les concernent dans les domaines économiques, sociaux et culturels. » D’autre part, il est bien conscient que son temps lui est, sinon politiquement, du moins humainement compté puisqu’il sera octogénaire dans les deux ans à venir. Expérience faite de la Ve République qu’il a fondée, il lui paraît donc nécessaire d’effectuer un rajustement constitutionnel avant son départ. Il s’agit de la suppression du Conseil économique et social hérité tel quel de la IVe République – pour lui, c’est tout dire ! – et de la modification du Sénat qui découle de l’instauration des régions et de la suppression dudit Conseil. […] Et la participation à laquelle il tient tant ? Pourquoi n’en parle-t-il plus ? Je me souviendrai toujours de son geste. Il lève les bras et les laisse retomber avec lassitude sur les accoudoirs de son fauteuil : « Que veux-tu ! Nous en sommes encore à 1935. J’explique aux vieux généraux et aux bidasses de 1914 ce que doit être une armée blindée. Tu connais le résultat ! Les syndicats trimballent toujours leur lutte des classes ; Pompidou, ses banquiers et le CNPF en sont encore aux chevaux et à la ligne Maginot. Je ne peux pas me séparer de Pompidou. Mais, patience. J’ai déjà commencé en instaurant les préfets de Région et les CODER [Conseils de développement économique des Régions]. Quand nous aurons fait la régionalisation, nous reparlerons de la participation. » On sait ce qu’il advint. »
Philippe de Gaulle, De Gaulle mon père, Entretiens avec Michel Tauriac, Paris, Pocket, 2005, p. 611 - 618
« Plus qu’aucune autre, la société future devra être imprégnée de charité, si l’on ne veut pas que ses progrès eux-mêmes n’écrasent, de leur poids trop lourd, des hommes insuffisamment préparés moralement à les supporter ».
Marc Sangnier (1873 – 1950) a voulu réconcilier les catholiques avec la République et les ouvriers avec l’Eglise, dans le Sillon du christianisme démocratique et social. Abandonnant l’action religieuse pour l’action politique en 1910, Marc Sangnier et ses amis s’organisèrent d’abord autour d’un quotidien, La Démocratie, puis de la Ligue de la Jeune-République (1912) qui prônait alors une IVe République dont le programme était pour le moins original et précurseur :
Marc Sangnier a toujours retenu la forme coopérative pour toutes les réalisations concrètes (restaurants, imprimerie, gestions des immeubles...) qu'il entreprit. Sa pensée est claire. Comme il l'écrivait au début du XXe siècle (La révolution sociale, extraits), « Ce que nous voulons, c’est justement […] qu’un nombre d’hommes chaque jour plus grand puisse s’élever jusqu’à la dignité du patron. Il ne faut pas qu’une toute petite élite et fatalement limitée puisse seule être consciente et responsable dans l’usine : il faut que tous ceux qui en sont capables aient le moyen de s’élever jusque-là. Or, comme l’industrie moderne nécessite des capitaux considérables qui ne peuvent pas être généralement possédés par un seul, il est donc nécessaire que les ouvriers libres et conscients possèdent en commun ces instruments de leur travail. Voilà la solution démocratique. Elle est l’inverse de la solution étatiste.
Il ne s’agit pas comme on le voit de détruire l’autorité patronale, mais bien, au contraire, d’en rendre participants un nombre toujours croissant d’ouvriers. Rien de plus légitime, de plus évidemment souhaitable que cette solution démocratique. Ceux-là seuls qui, dans leur égoïsme, ne veulent pas permettre à d’autres qu’eux de s’élever peuvent la condamner […] Nous sommes convaincus qu’il sera impossible aux hommes de bonne foi qui nous liront de ne pas approuver ce programme.
- Mais cela est trop difficile, s’écrieront-ils peut-être. Même en recourant aux forces sociales du christianisme, vous n’arriverez pas à transformer ainsi vos contemporains !
Concédons-leur un instant, s’ils le veulent, que nous ne parviendrons pas à faire une opinion publique capable d’assez d’intelligence et de vertu pour que cette transformation sociale soit universellement réalisable. Tout au moins, nous aurons utilement stimulé les énergies de quelques-uns, et, guidés par l’idéal que nous aurons fait briller devant leurs yeux, ils auront accéléré leur marche en avant […] D’ailleurs, la société évoluant sans cesse et créant chaque jour des possibilités sociales nouvelles, tout en rendant plus difficiles les équilibres et les harmonies d’autrefois, il faudra peut-être bientôt de plus héroïques vertus à un patron et à un ouvrier pour qu’ils puissent vivre en bonne intelligence malgré tous les malentendus et toutes les difficultés qui les séparent, qu’à deux coopérateurs associés dans une même entreprise.
On avouera qu’il n’y a dans tout ceci rien de subversif ni de déraisonnable. Du reste, si tant de patrons nous combattent c’est qu’ils ne nous connaissent pas. C’est aussi, sans doute, parce qu’il leur déplaît de supposer, ne serait-ce qu’un instant, que l’on puisse songer à rendre les autres capables des mêmes efforts et de la même dignité qui les honorent. Et cela est à coup sûr un mauvais sentiment. »
Marc Sangnier, Lutte pour la démocratie (Ed. 1908), Paris, Perrin, p. 13-16
Bibliographie : http://marc-sangnier.com/ouvrages.html
Anne Gaboury est une gestionnaire chevronnée du milieu coopératif. Présidente directrice générale de Développement International Desjardins (DID), la branche du Mouvement Desjardins qui s'occupe de la coopération internationale, Mme Gaboury coordonne ses équipes dans plusieurs pays comme en Haïti, où DID accompagne les coopératives d'épargne et de crédit pour leur permettre de se renforcer et de mieux rendre service à leurs membres. En effet, la mission de DID est « d'accroître l'accès aux services financiers dans les pays en développement ». La passion d'Anne Gaboury pour la psychologie humaine ainsi que sa formation académique en sciences sociales sont ce qui lui permet d'unir humanisme et développement des affaires avec autant de succès.
Nommé par le gouvernement du Québec à la présidence du comité de travail sur l’économie collaborative, Guillaume Lavoie, ex-élu municipal, a apporté une contribution significative à la connaissance de ce modèle en Amérique du Nord. Selon la firme Pricewaterhouse C., les cinq secteurs clefs de cette économie sont l'hébergement, le transport, la finance, la main-d’œuvre et le multimédia. Ils génèreront des revenus de quelque 335 milliards de dollars en 2025 dans le monde. Ce modèle prend de l'essor. La question qui se pose est comment faire en sorte que cette évolution des usages profite à tous? Régulation juridique, imposition équitable, règles du travail... l'ubérisation peut être synonyme de précarisation si l'on n'y prend garde. Guillaume a alerté tôt sur la nécessité d'encadrer ce modèle sans l'entraver.
J'ai rencontré à quelques reprises Monique Leroux. Son énergie, son exemplarité, sa personnalité forcent l’admiration. Femme à la fois puissante et accessible, idéaliste et pragmatique, rigoureuse et mélomane, elle sait manier avec une certaine maestria les chiffres, les mots et les notes de musique. De 2008 à 2016, elle a été la première femme élue à la tête du Mouvement Desjardins, 2 e institution financière la plus solide au monde avec plus de 7 millions de membres, 5000 dirigeants élus, 45 000 employés et un actif de quelque 250 milliards $.
Joseph Stiglitz a présenté le 11 octobre une synthèse de ses recherches sur la situation mondiale des inégalités. L'aggravation de celles-ci découle de choix politiques pris au tournant des années 1980 : choix de déréglementer la finance et d'abaisser les impôts sur la fortune. Cette restructuration de l'économie de marché a favorisé les 1% les plus aisés. Situation aberrante, ces 1% en haut de l'échelle sociale possèdent désormais davantage que les 99% de la population mondiale... Mais les inégalités ne se mesurent pas uniquement en termes de revenus ; elles se manifestent également en ce qui a trait à l'accès aux soins, à l'éducation de qualité, à la justice, à l'alimentation et à la retraite. Selon les mots de Stiglitz, ''an economy that does not benefit most of its citizens is a failed economy".
Cette parlementaire britannique a œuvré dans le mouvement coopératif de son pays pendant 35 ans, avant d'être élue Présidente de l'Alliance coopérative internationale en 2009 - une première pour une femme en 120 ans d'histoire de l'organisation!
J'ai eu l'occasion de la rencontrer à quelques reprises et j'ai été frappé par sa capacité d'expression et de conviction. A la tête de l'Alliance, elle fut une porte-parole efficace. Son Plan d'action pour une décennie des coopératives fut l'une de ses principales réalisations.
Engagée de longue date pour l'implication des femmes dans les coopératives financières modernes, Suzanne Maisonneuve-Benoit a accédé aux plus hautes instances du Mouvement Desjardins. Cette enseignante, cadre supérieure au gouvernement du Québec, coopératrice résolue, a mis en place un système de " marrainage " afin d'accroître la représentation des femmes au sein des conseils d'administration. Ce fut un réel plaisir de la rencontrer et d'échanger avec elle à l'occasion du lancement du livre Carnet de Rencontres auquel Suzanne Maisonneuve-Benoit a apporté son riche témoignage. Pour elle, " solidarité, responsabilité, collaboration et participation démocratique sont les éléments de base de la coopération ".